Réponse à "Chez le psychologue/psychiatre"
Le lendemain, j'arrivai chez mon psy avec un peu de retard. Je ne suis pas très chaud pour me rendre au rendez-vous, même si je pense qu'il me voit avec un regard bienveillant.
Je n'aime pas trop m'ouvrir le cœur et le ventre. Je crains son jugement, celui de ma mère quand je me livrais au plaisir solitaire.
« Et donc, quand vous êtes dans les groupes, vous n'avez pas l'impression d'y être inclus ? Vous ressentez un manque de reliance ? »
- C'est ça, être présent, mais n'avoir pas l'impression d'être membre du groupe. Je pense que ma façon d'envisager la réalité joue un rôle.
Je vais expliquer cela : ce matin, en déjeunant, je lisais un article sur les crypto-monnaies et je me suis rappelé ce vieux monsieur, qui, lorsque j'avais sept ans, habitait ma rue. Il était numismate. Très gentil, quand il me rencontrait, il me demandait toujours si je m'amusais bien.
Au moment du passage à l'Euro, il n’arrêtait pas de me demander si je n'avais pas dans ma tirelire des pièces venant d'un autre pays et me les échangeait pour des Euros frappés en Belgique.
Je cédais à ses demandes mais, au fond de moi, informulé, je trouvais cette passion vaine et un peu ridicule. Je dois reconnaître que c'était une forme de jugement, précoce. »
« J'ai, actuellement, ce même regard, un peu moqueur, quand je vois les gens s'échiner sur des machines tarabiscotées, enfermés tous ensemble, suant et soufflant, pour se sculpter un corps de « rêve ».
Ou ces foules compactes, écrasées par les sons, se trémoussant devant un « artiste » quelconque.
Non que je me considère comme supérieur aux autres. Mais je ne peux assister à la marche du monde sans analyser, sans m'efforcer à comprendre les tenants et les aboutissants, les motivations des individus, aller au-delà de la façade sociale. Et tamiser leurs actions à l'aune de l'intérêt qu'il y a à les accomplir. »
« Je me livre souvent à un petit jeu, en observant dans le métro, j'invente aux personnes des histoires ou bien imagine leur vie personnelle ou de couple. Je m'efforce d'avoir un regard attendri sur ces péripéties imaginaires. Mais je reconnais un fond de cynisme : quand on prend de la hauteur, combien banale paraît le quotidien des hommes. »
« J'ai aussi gardé un questionnement de jeune enfant face au monde.
Un jour pendant des vacances chez mon grand-père, nous nous promenions sur la plage, quand nous vîmes, ce que je sus plus tard s'appeler, une limule. Étrange bête : une carapace de tortue avec une longue queue !
Rentré chez moi je n'eus de cesse de demander à mon père de ramener de la bibliothèque de son bureau des livres sur cet animal. Afin d'en apprendre plus et comprendre ce qu'il faisait là échoué sur une plage. D'autant que c'était la première fois que grand-père en voyait.
Pendant plusieurs semaines je me suis intéressé à ces arthropodes marins ainsi qu'à d'autres invertébrés que l'on trouve sur les plages.
Un mois plus tard, j'avais découvert avec un copain un nid de lérot et mon intérêt se porta sur eux. C'est ainsi que je découvris l'ornithologie, les lérots faisant souvent leur nid dans ceux des oiseaux.
Vu ces changements fréquents de centre d'intérêts, on aurait pu considérer que j'étais inconstant dans mes intérêts, mais pour moi, ce n'était que le reflet de ma passion de savoir.
Depuis tout petit, l'origine des choses me fascinait : le pourquoi et la manière qu'ont les choses de venir à l'existence.
J'ai ainsi, très tôt et sans vraiment le décider, adopté une attitude détachée et analytique de la vie.»
« En conséquence, sans jamais être tout à fait immergé, participant à cent pour cent. »
***
Le lendemain, j'entrai dans le cabinet qui était bleu de fumée, et me laissai tomber dans le fauteuil avachi par les nombreux derrières en recherche du sens de leur vie.
Ses yeux mi-clos, pour supporter la fumée de sa pipe :
« Je vous prie de m'excuser, je pensais que vous veniez plus tard. »
En soupirant , je me lançais : «Je vous le disais la semaine passée que le regard que je jette sur le monde, affûté, détaché, et à la marge, je me l'applique aussi à moi-même.
Je n'envisage jamais un événement quelconque sans d'abord analyser mon humeur, l'apport amené par ma participation et surtout la conformité à ce que j'en attends. Et, souvent, je mesure un écart par rapport à mes désirs. »
« J'ai, c'est vrai, une certaine réticence à accepter la banalité du quotidien.
Comme dit Verlaine : « La vie humble aux travaux ennuyés et faciles ... ».
Je supporte difficilement une conversation portant sur les résultats sportifs ou sur les actions des hommes politiques, surtout face aux enjeux actuels. Il y a plein de choses qui me révoltent dans la société actuelle. Tenez, par exemple, les courses automobiles en ces temps de réchauffement climatique. Je ne suis ni un conquistador, ni un monarque, ni un créateur, mais je souhaiterais que le monde change.
J'ai gardé un désir de grandeur, sans exhibition. Laisser sa marque ! Apporter sa pierre. »
J'entendais souvent dans ma famille :« Le monde appartient à ceux qui se lève tôt. »
J'en ai probablement déduit qu'on devait prendre sa vie en main. Qu'il fallait la construire, la garder sous contrôle.
Ne pas se laisser aller. Donner de la valeur à chaque acte.
Difficile ainsi de me sentir léger, à être spontané. A me laisser porter par le courant de l'existence. Il me semble que je doive toujours donner un sens profond à ce que j'accomplis. Je pense que le sérieux de l'existence s'est imposé tôt dans mon esprit. »
« Je pense que, pour vous,cet auto-positionnement, à la marge des événements, dans un mental évaluatif et analytique doit être assurément frustrant .
- C'est vrai ce mode de fonctionnement, particulier, est source d'insatisfactions. La perpétuelle confrontation entre ce que j’obtiens de la vie et ce que j'en espère est frustrant.
La position d'observateur me met en décalage et surtout me fait me sentir différent. Car ce regard surplombant peut me faire paraître, aux yeux des autres, comme hautain , irréaliste, inadapté, rêveur, exigeant, capricieux … Vous voyez la liste est longue !
- Vous n'êtes pas heureux de ce que vous êtes ?
- J'éprouve trop la séduction de l'esprit, et cela me plaît d'avoir une vue distancée des choses. Toujours ce questionnement des origines !
Je voudrais quitter ma cime, entrer dans la situation comme dans un bain chaud, retrouver la joie de l'enfant qui s'ébat dans la mer. Ressentir le plaisir éprouvé quand, nu, on se laisse enlacer par le soleil. Avoir la jouissance du parfait fonctionnement de mon corps et de ses organes, respirer, se mouvoir, penser.
Je ne suis pas heureux de m'être construit ainsi. Je me sens ligoté à mon personnage. »
-Mais on ne se construit pas !
Vous pouvez choisir les valeurs et idéaux, vos goûts, les actions à accomplir, mais il y a toujours quelque chose qui échappera à votre contrôle.
Cette croyance en cette possibilité d'être le créateur de votre vie est injustifiée.
Votre volonté de comprendre les choses est simplement le signe d'une volonté de maîtrise.
Avez vous peur que l'eau de la vie vous emporte ? »
« Mais tout cela sera pour la prochaine fois, nous arrivons en fin de séance.
Ne restez pas sur le seuil de la porte, tissez du lien.
Abandonnez le microscope, soyez plus spontané ! »
***
Table des matières
En réponse au défi
Chez le psychologue/psychiatre
Votre personnage de votre récit (ou un personnage inventé) se rend chez le psychologue/psychiatre. Pour quelle(s) raison(s) ? Dans quel état d'esprit est votre personnage ?
- Forme libre (nouvelle, roman, poésie, essai...)
- Genre littéraire libre
- Pas de longueur minimum ou maximum
- Description mise sur les émotions ou l'état d'esprit de la personne
Bonne écriture et lecture !
P.S. : n'oubliez pas de lire les commentaires, certain.e.s auteur.ice.s mettent leur lien dedans :)
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