Yesterday's World

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Chapitre 1 : Le monde d'hier

Prologue

Le blanc.

Un blanc infini.

Sans ciel.

Sans sol.

Sans horizon.

Seulement du blanc.

Une jeune femme se tenait seule au milieu de ce vide.

Son visage était flou.

Impossible à distinguer.

Des larmes coulaient le long de ses joues.

Elle semblait tenir quelqu'un dans ses bras.

Ou plutôt...

Elle essayait.

Car il n'y avait personne.

Ses bras entouraient le vide.

Comme si elle refusait de lâcher quelqu'un qui avait déjà disparu.

Sa voix trembla.

— Pourquoi tu as encore fait ça... ?

Le silence engloutit ses mots.

Elle baissa la tête.

Puis murmura :

— Adieu...

Un cri déchirant retentit.

Et tout devint noir.

Partie 1

Le réveil sonna.

Yûto Akiyama grogna.

Sans ouvrir les yeux, il tendit la main vers son bureau et frappa l'appareil.

Silence.

Trois secondes plus tard, il recommença.

— Meurs...

Avec toute la motivation d'un lycéen en vacances, Yûto se redressa lentement.

La lumière du soleil traversait les rideaux.

Une magnifique journée d'été.

Une journée parfaitement normale.

Du moins, c'est ce qu'il croyait.

Une voix retentit dans le couloir.

Mina

— YÛTO ! DEBOUT !

Yûto enfouit sa tête dans son oreiller.

— Mina...

La porte s'ouvrit brusquement.

Sa petite sœur apparut.

Bras croisés.

Sourire moqueur.

Mina

— Maman a dit que le petit-déjeuner est prêt.

Yûto

— Dis-lui que j'arrive dans cinq minutes.

Mina

— Tu as dit ça il y a dix minutes.

Yûto

— Ah bon ?

Mina

— Oui.

Yûto

— Alors dis-lui que j'arrive dans cinq minutes.

Mina le fixa quelques secondes.

Puis sourit.

Mina

— MAMAN ! IL FAIT ENCORE SEMBLANT DE DORMIR !

Yûto

— TRAÎTRESSE !

Le rire de Mina résonna dans l'escalier.

Quelques minutes plus tard, Yûto descendit enfin.

L'odeur du petit-déjeuner remplissait la maison.

Haruka Akiyama terminait de préparer les derniers plats.

Kenta Akiyama, lui, était déjà prêt pour le travail.

Costume.

Cravate.

Mallette.

Comme chaque matin.

Haruka

— Bonjour, Yûto.

Yûto

— Bonjour.

Kenta

— Tu es en retard.

Yûto

— Je suis en vacances.

Kenta

— Ce n'est pas une excuse.

Yûto

— Bien sûr que si.

Kenta

— Cette génération est condamnée.

Yûto

— Je suis juste là.

Kenta

— Je sais.

Mina éclata de rire.

Yûto lui lança une serviette.

Elle la lui renvoya immédiatement.

La guerre venait officiellement de commencer.

Ils prirent leur petit-déjeuner ensemble.

Comme tous les jours.

Comme ils l'avaient toujours fait.

Sans imaginer que cette routine pouvait un jour disparaître.

Partie 2

Pendant le repas, Kenta consulta sa montre.

Puis se leva.

Yûto

— Tu pars déjà ?

Kenta

— Malheureusement.

Haruka

— Tu travailles beaucoup trop.

Kenta

— J'ai des responsabilités.

Haruka

— Tu dis toujours ça.

Kenta

— Parce que c'est vrai.

Avant de partir, il posa une main sur la tête de Mina.

Elle repoussa immédiatement son bras.

Mina

— Papa !

Kenta

— Quoi ?

Mina

— Arrête !

Kenta rit.

Puis regarda son fils.

Kenta

— Prends soin de ta sœur.

Yûto

— Pourquoi c'est toujours mon boulot ?

Kenta

— Parce qu'elle t'écoute.

Yûto

— Elle ne m'écoute jamais.

Mina

— Exact.

Kenta

— Exact.

Yûto leva les yeux au ciel.

Son père sourit.

Kenta

— À ce soir.

Yûto

— À ce soir.

La porte se referma.

Et Kenta partit travailler.

Après le petit-déjeuner, Haruka rangeait la cuisine.

Mina était remontée dans sa chambre.

Yûto était toujours assis.

Principalement parce qu'il était trop paresseux pour bouger.

Haruka

— Tu t'ennuies.

Yûto

— Non.

Haruka

— Tu t'ennuies.

Yûto

— Peut-être un peu.

Sa mère sourit.

Puis continua la vaisselle.

Le bruit de l'eau remplissait la pièce.

Un silence simple.

Familier.

Confortable.

Yûto

— Tu travailles aujourd'hui ?

Haruka

— Oui.

Yûto

— Jusqu'à tard ?

Haruka

— Pas trop.

Yûto

— Dommage.

Haruka leva un sourcil.

Haruka

— Dommage ?

Yûto

— J'espérais que tu ferais du curry ce soir.

Sa mère éclata de rire.

Haruka

— C'est ça qui t'inquiète ?

Yûto

— Évidemment.

Haruka

— Pas le fait que ta mère travaille ?

Yûto

— Non.

Haruka

— Juste le curry ?

Yûto

— Juste le curry.

Haruka secoua la tête.

Haruka

— Tu ressembles vraiment à ton père.

Un léger sourire apparut sur le visage de Yûto.

Yûto

— Tu en feras demain ?

Haruka réfléchit quelques secondes.

Puis répondit :

Haruka

— D'accord.

Demain.

Un mot tellement banal.

Quelques minutes plus tard, Mina redescendit les escaliers en trombe.

Mina

— Maman !

Haruka

— Oui ?

Mina

— Je trouve plus mon chargeur !

Haruka

— Tu as regardé dans ta chambre ?

Mina

— Oui !

Haruka

— Correctement ?

Mina

— ...

Haruka

— Va regarder correctement.

Mina grogna.

Puis pointa Yûto du doigt.

Mina

— C'est lui qui l'a pris.

Yûto

— Je viens littéralement de me réveiller.

Mina

— Ça ressemble exactement à ce qu'un voleur dirait.

Yûto

— Maman.

Haruka

— Oui ?

Yûto

— On peut la vendre ?

Haruka

— Non.

Yûto

— J'aurais essayé.

La matinée passa tranquillement.

Des plaisanteries.

Des petites disputes.

Des moments ordinaires.

Le genre de moments que personne ne remarque.

Parce qu'on croit qu'ils seront toujours là.

Finalement, Yûto enfila ses chaussures.

Yûto

— Je sors.

Haruka

— Avec Ren ?

Yûto

— Probablement.

Haruka

— Fais attention à toi.

Yûto

— Promis.

Haruka

— Ne rentre pas trop tard.

Yûto

— Je suis en vacances.

Haruka

— Ce n'est toujours pas une réponse.

Yûto

— Bien sûr que si.

Haruka rit.

Puis lui fit un signe de la main.

Haruka

— Amuse-toi bien.

Yûto

— À plus tard, maman.

Puis il franchit la porte.

Sans savoir que son monde était déjà en train de s'effondrer.

Partie 3

Le soleil de l'après-midi baignait la ville d'une lumière chaleureuse.

Yûto marchait tranquillement dans les rues.

Les vacances d'été avaient quelque chose de particulier.

Les journées semblaient plus longues.

Plus légères.

Comme si rien de grave ne pouvait arriver.

Son téléphone vibra.

Un message.

Ren

T'es où ?

Yûto

Dehors.

Ren

Très précis.

Yûto

Merci.

Ren

Gare dans 20 minutes.

Yûto

Pourquoi ?

Ren

Affaires importantes.

Yûto

Ça fait peur.

Vingt minutes plus tard, Yûto arriva près de la gare.

Ren l'attendait déjà.

Bras croisés.

Expression sérieuse.

Beaucoup trop sérieuse.

Ren

— Tu es en retard.

Yûto

— Je suis littéralement à l'heure.

Ren

— Toujours en retard.

Yûto

— Ça n'a aucun sens.

Ren

— Pour moi si.

Yûto

— Tes notes de maths expliquent beaucoup de choses.

Ren

— Ma prof me déteste.

Yûto

— Tout le monde te déteste.

Ren

— Toi aussi ?

Yûto

— Surtout moi.

Ren Takahashi.

Son meilleur ami.

Ils se connaissaient depuis tellement longtemps que la moitié de leurs conversations ressemblaient à des disputes.

L'autre moitié aussi.

Yûto

— Bon. C'est quoi tes affaires importantes ?

Ren se tourna lentement.

Puis pointa du doigt un bâtiment.

Une salle d'arcade.

Yûto

— Non.

Ren

— Si.

Yûto

— Tu m'as fait venir pour ça ?

Ren

— Exactement.

Yûto

— Je te déteste.

Ren

— Je sais.

Une heure plus tard.

Ren avait perdu beaucoup trop d'argent.

Ren

— Cette machine est truquée.

Yûto

— Tu dis ça depuis vingt minutes.

Ren

— Parce que c'est vrai.

Yûto

— Non.

Ren

— Elle me vole.

Yûto

— Tu lui donnes ton argent volontairement.

Ren

— Sous la contrainte.

Dans la machine se trouvait une petite peluche blanche en forme de chat.

Toujours au même endroit.

Toujours inaccessible.

Ren

— Je vais l'avoir.

Yûto

— Non.

Ren

— Regarde.

Yûto

— Ren.

Ren

— Regarde.

Yûto

— Ren.

Ren

— Fais-moi confiance.

Yûto

— C'est précisément le problème.

Trois tentatives plus tard.

La peluche n'avait toujours pas bougé.

Ren

— C'est personnel maintenant.

Yûto

— Pour elle aussi visiblement.

Ren

— Elle m'a regardé.

Yûto

— C'est une peluche.

Ren

— Elle sait.

Yûto éclata de rire.

Un vrai rire.

Simple.

Naturel.

Le reste de l'après-midi passa rapidement.

Ils marchèrent dans les rues.

Parlèrent de football.

De films.

Des vacances.

De tout et de rien.

Comme ils l'avaient toujours fait.

Le soleil commençait à se coucher lorsqu'ils s'assirent quelques minutes près de la rivière.

La ville baignait dans une lumière orangée.

Le vent soufflait doucement.

Ren

— Tu veux faire quoi plus tard ?

Yûto

— Plus tard quand ?

Ren

— Dans la vie.

Yûto réfléchit quelques secondes.

Puis haussa les épaules.

Yûto

— Je sais pas.

Ren

— Réponse incroyable.

Yûto

— Merci.

Ren

— Moi je vais devenir riche.

Yûto

— Comment ?

Ren

— Je trouverai plus tard.

Yûto

— Plan solide.

Ren

— Je sais.

Ils restèrent silencieux quelques instants.

Un silence confortable.

Le genre de silence qui n'existe qu'entre des amis de longue date.

Ren

— On devrait refaire ça la semaine prochaine.

Yûto

— Perdre ton argent ?

Ren

— Exactement.

Yûto

— Excellente idée.

Ren

— Je savais que tu comprendrais.

Finalement, ils arrivèrent à une intersection.

Le moment de se séparer.

Comme des centaines de fois auparavant.

Ren

— À demain.

Yûto

— À demain.

Ren sourit.

Puis leva la main.

Ren

— Essaie de ne pas mourir.

Yûto

— Toi aussi.

Ren éclata de rire.

Puis s'éloigna.

Peu à peu.

Il disparut dans la foule.

Yûto le regarda partir quelques secondes.

Puis reprit sa route.

Sans le savoir...

C'était la dernière fois qu'il voyait son meilleur ami.

Partie 4

Le trajet du retour lui sembla étrangement calme.

Pourtant, rien n'avait changé.

Les voitures circulaient toujours.

Les passants discutaient toujours.

Les commerces étaient toujours ouverts.

La ville continuait de vivre.

Alors pourquoi cette étrange sensation refusait-elle de disparaître ?

Yûto accéléra légèrement le pas.

Au loin, il apercevait déjà sa rue.

Encore quelques minutes et il serait chez lui.

Peut-être que Mina avait finalement retrouvé son chargeur.

Peut-être que sa mère était déjà partie travailler.

Peut-être que son père était encore coincé au bureau.

Une journée normale.

Puis il tourna au coin de la rue.

Et s'arrêta net.

Son sourire disparut.

Quelque chose clochait.

Sa maison était là.

Le portail aussi.

Le jardin aussi.

Mais la plaque près de l'entrée n'affichait pas le nom "Akiyama".

Yûto fronça les sourcils.

— Hein... ?

Il s'approcha.

Relut.

Puis relut encore.

Ce n'était pas une erreur.

Le nom était différent.

Son cœur accéléra.

Une mauvaise blague ?

Mina ?

Oui.

Ça ressemblait totalement à quelque chose que Mina pourrait faire.

Yûto poussa le portail.

S'avança jusqu'à la porte.

Puis son regard se posa sur les fenêtres.

Les rideaux étaient différents.

Les pots de fleurs aussi.

Même le vélo devant la maison n'était pas le leur.

Le malaise grandit immédiatement.

Non.

Ça n'avait aucun sens.

Il sonna.

Une fois.

Deux fois.

Trois fois.

Des pas approchèrent.

La porte s'ouvrit.

Une femme inconnue apparut.

Femme

— Oui ?

Yûto resta figé.

Yûto

— Où est ma famille ?

La femme cligna des yeux.

Femme

— Pardon ?

Yûto

— La famille Akiyama.

Un silence s'installa.

Femme

— Je crois que vous vous trompez d'adresse.

Yûto

— Non.

Femme

— Si.

Yûto

— Non.

Sa voix tremblait.

Yûto

— Mes parents vivent ici.

Ma sœur vit ici.

Je vis ici.

La femme sembla de plus en plus mal à l'aise.

Puis elle répondit :

Femme

— Je suis désolée...

Mais il n'y a jamais eu de famille Akiyama ici.

Le monde sembla s'arrêter.

Yûto recula d'un pas.

Puis de deux.

— Non...

Il sortit immédiatement son téléphone.

Maman.

Appel.

Aucune réponse.

Papa.

Aucune réponse.

Mina.

Aucune réponse.

Encore.

Et encore.

Et encore.

Rien.

Sa respiration devint irrégulière.

Yûto

— Répondez...

Le soleil continuait de se coucher.

Les gens continuaient de marcher.

Le monde continuait de tourner.

Comme si rien n'était arrivé.

Comme si sa famille n'avait jamais existé.

Non.

Il devait y avoir une explication.

Une erreur.

Un malentendu.

Quelque chose.

N'importe quoi.

Ses doigts tremblaient lorsqu'il ouvrit Internet.

Kenta Akiyama.

Aucun résultat.

Haruka Akiyama.

Aucun résultat.

Mina Akiyama.

Aucun résultat.

Le vide.

Comme s'ils n'avaient jamais existé.

Puis une idée lui traversa l'esprit.

Ren.

Bien sûr.

Ren allait comprendre.

Ren allait lui dire que tout ça était une énorme blague.

Ren allait l'aider.

Comme toujours.

Yûto ouvrit ses contacts.

Son sourire disparut.

Le numéro de Ren n'était plus là.

— Hein... ?

Il vérifia une deuxième fois.

Puis une troisième.

Toujours rien.

Son cœur rata un battement.

Il ouvrit immédiatement son navigateur.

Ren Takahashi.

Résultats trouvés.

Yûto souffla de soulagement.

Puis il ouvrit le premier lien.

Et se figea.

Un article.

Ancien.

Très ancien.

Ses yeux parcoururent les premières lignes.

Puis s'arrêtèrent.

Ren Takahashi.

Décédé il y a plusieurs années.

Le téléphone glissa presque de ses mains.

— Non...

Il relut.

Encore.

Puis encore.

Les mots ne changèrent pas.

Décédé.

Décédé.

Décédé.

Yûto

— C'est pas drôle...

Personne ne répondit.

Yûto

— C'est pas drôle !

Les passants se retournèrent.

Yûto ne les voyait même plus.

Yûto

— REN N'EST PAS MORT !

Sa voix se brisa.

Le monde continua de tourner.

Comme si rien n'avait d'importance.

Comme si lui seul se souvenait.

Les heures passèrent.

Ou peut-être seulement quelques minutes.

Yûto marcha.

Sans réfléchir.

Sans direction.

Jusqu'à ce que ses jambes l'amènent quelque part.

Un parc.

Silencieux.

Vide.

Deux balançoires.

Il s'assit sur l'une d'elles.

Son téléphone reposait dans sa main.

Écran noir.

Comme le reste de son monde.

Sa famille avait disparu.

Ren était mort.

Sa maison n'était plus sa maison.

Et il ne comprenait rien.

Absolument rien.

Le vent souffla doucement.

Les chaînes de la balançoire grinçèrent légèrement.

Puis une voix retentit.

— Que fais-tu ici tout seul... ?

Yûto releva lentement la tête.

Une fille se tenait devant lui.

De longs cheveux noirs.

Un regard doux.

Un uniforme scolaire.

Une inconnue.

Et pourtant...

Pour une raison qu'il ne pouvait pas expliquer...

Il eut l'impression que cette rencontre allait changer sa vie.

Fin du Chapitre 1

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