Léo et le mystère de la forêt
Chapitre 1 : Le garçon et la lisière
Léo n’aimait pas la forêt.
Du moins, c’est ce qu’il répétait chaque fois que quelqu’un lui demandait pourquoi il ne s’en approchait jamais. Pourtant, tous les matins, en allant à l’école, ses pas le menaient toujours jusqu’à la lisière, là où les arbres formaient un mur sombre et silencieux. Il s’arrêtait alors quelques secondes, son sac sur l’épaule, observant les troncs immenses et les branches emmêlées comme si elles chuchotaient entre elles.
La forêt de Valombre entourait le village depuis toujours. Les anciens disaient qu’elle était plus vieille que les maisons, plus vieille même que les chemins. On racontait aussi qu’on s’y perdait facilement, même en plein jour, et que certains sentiers disparaissaient sans prévenir.
Léo avait douze ans et vivait seul avec sa mère depuis la disparition de son père, trois ans plus tôt. Officiellement, on disait que son père était parti travailler loin. Officieusement, tout le monde savait qu’il avait été vu pour la dernière fois… près de la forêt.
Ce matin-là, quelque chose était différent.
Léo sentit un frisson lui parcourir l’échine. Le vent s’était levé sans bruit, faisant onduler les feuilles comme une vague verte. Puis il entendit un craquement. Pas celui d’une branche qui tombe, non. C’était un pas. Lent. Précis.
— Il y a quelqu’un ? murmura-t-il, la voix presque étouffée par le silence.
Aucune réponse.
Pourtant, entre deux troncs, il aperçut une lueur étrange, bleutée, qui semblait pulser doucement, comme un cœur. Léo fit un pas en arrière. Il savait qu’il devrait partir, courir vers l’école, oublier ce qu’il venait de voir.
Mais quelque chose en lui — une curiosité plus forte que la peur — le poussa à avancer.
À cet instant précis, un corbeau surgit des arbres en croassant violemment. Léo sursauta et recula d’un bond. Quand il regarda de nouveau vers la forêt, la lumière avait disparu.
Le silence était revenu.
Le cœur battant, Léo tourna les talons et partit en courant. Mais toute la journée, une seule question tourna dans son esprit :
Et si la forêt essayait de lui parler ?
Sans le savoir, Léo venait de franchir la première étape d’un mystère qui changerait sa vie à jamais.
Chapitre 2: Le carnet oublié
Léo arriva en retard à l’école ce matin-là, ce qui ne lui arrivait presque jamais. Assis à sa place, près de la fenêtre, il regardait sans vraiment voir les lignes tracées au tableau. Son esprit était resté à la lisière de la forêt, là où la lumière bleutée avait apparu — ou cru apparaître.
— Léo ? répéta la maîtresse pour la troisième fois.
Il sursauta.
— Pardon, madame.
Quelques rires étouffés parcoururent la classe. Léo baissa les yeux, honteux. Il sortit son cahier, mais ses mains tremblaient légèrement. Il n’arrivait pas à se débarrasser de cette sensation étrange, comme si quelque chose l’observait encore.
À la récréation, son meilleur ami Hugo le rejoignit.
— T’as une tête bizarre, dit-il en croquant dans une pomme. T’as encore mal dormi ?
Léo hésita. Il n’avait jamais parlé à personne de ce qu’il ressentait à propos de la forêt. Mais Hugo était son ami depuis la maternelle. S’il devait en parler à quelqu’un, c’était bien à lui.
— J’ai vu quelque chose ce matin, murmura Léo. Dans la forêt.
Les yeux d’Hugo s’agrandirent.
— Tu plaisantes ? Ma grand-mère dit qu’il ne faut jamais s’en approcher.
— Je sais… mais c’était comme une lumière. Bleue. Elle bougeait.
Hugo fronça les sourcils.
— Peut-être des chasseurs. Ou des lampes.
Léo hocha la tête sans conviction. Il savait que ce n’était pas ça.
L’après-midi passa lentement. Quand la cloche sonna enfin, Léo traîna volontairement. Il prit le chemin le plus long pour rentrer, celui qui longeait les vieux chênes. Arrivé près de la lisière, son regard fut attiré par quelque chose au sol.
Un carnet.
Il était à moitié recouvert de feuilles mortes, relié de cuir sombre, usé par le temps. Léo se pencha et le ramassa. Sur la couverture, aucun nom. Juste un symbole gravé : un cercle traversé par une ligne ondulée.
Un frisson le traversa.
Il ouvrit le carnet. Les pages jaunies étaient couvertes d’une écriture serrée, presque fébrile. Certaines phrases étaient soulignées, d’autres barrées avec colère.
« La forêt change. Les chemins ne mènent plus là où ils devraient. La lumière apparaît quand elle le décide. »
Léo sentit son souffle se bloquer.
Plus loin, une date attira son attention. Elle datait d’il y a trois ans.
Trois ans jour pour jour.
Son cœur se mit à battre plus vite lorsqu’il tourna la page suivante. L’écriture lui sembla soudain… familière.
Et au bas de la page, il reconnut l’initiale griffonnée qu’il avait vue mille fois sur les papiers de la maison.
C’était l’écriture de son père.
Au même instant, une bourrasque traversa la lisière, faisant claquer les pages du carnet. Léo releva la tête.
La forêt venait de s’animer.
Chapitre 3 : Les murmures entre les arbres
Léo referma brusquement le carnet et le serra contre lui, comme s’il craignait qu’on le lui arrache. Son cœur battait si fort qu’il avait l’impression que la forêt entière pouvait l’entendre.
— C’est impossible…, murmura-t-il.
Son père n’avait jamais parlé de la forêt. Jamais. Et pourtant, ces mots, cette écriture… Léo en était sûr maintenant. Le carnet lui appartenait.
Un craquement résonna à sa droite.
Léo sursauta et fit un pas en arrière. Les arbres semblaient se pencher légèrement, leurs branches s’entrechoquant dans un bruissement inquiet. Le vent sifflait entre les troncs, mais au milieu de ce vacarme naturel, Léo crut distinguer autre chose.
Des voix.
Elles étaient faibles, presque effacées, comme des murmures portés par les feuilles.
— Non…, souffla Léo en secouant la tête.
Il recula encore, jusqu’à sentir un tronc contre son dos. Le carnet vibra légèrement entre ses mains. Surpris, Léo baissa les yeux. Une faible lueur bleutée s’échappait désormais des pages, filtrant à travers la couverture de cuir.
— Qu’est-ce que tu me veux ? demanda-t-il, sans vraiment savoir à qui il s’adressait.
À cet instant, le symbole gravé sur le carnet s’illumina, identique à la lumière qu’il avait vue le matin même. Les murmures devinrent plus clairs, plus insistants.
— Léo…
Il sursauta.
Son prénom. Quelque chose venait de prononcer son prénom.
Pris de panique, Léo tourna les talons et se mit à courir. Les branches semblaient vouloir l’attraper, griffant l’air autour de lui. Il ne s’arrêta qu’une fois hors de portée des arbres, haletant, les jambes en feu.
La forêt retrouva aussitôt son calme, comme si rien ne s’était passé.
Le soir venu, Léo s’enferma dans sa chambre. Il posa le carnet sur son bureau et l’observa longuement. La lumière avait disparu, laissant place à un objet banal… trop banal.
Il prit son courage à deux mains et l’ouvrit de nouveau. Cette fois, une page était marquée par un coin replié. Il ne se souvenait pas de l’avoir fait.
Sur cette page, un dessin représentait une carte grossière de la forêt. Certains chemins étaient tracés, d’autres barrés. Au centre, un point noir était entouré d’un mot écrit en majuscules :
LE CŒUR
Sous le dessin, une phrase glaça le sang de Léo :
« Si quelqu’un lit ceci, c’est que je n’ai pas réussi à revenir. La forêt choisit ceux qu’elle garde. »
Léo referma lentement le carnet.
Il comprenait maintenant une chose essentielle.
La disparition de son père n’était pas un accident.
Et la forêt n’en avait pas fini avec lui.
Chapitre 4 : Le secret de la mère
Léo ne dormit presque pas de la nuit. Chaque fois qu’il fermait les yeux, il revoyait la carte, le point noir au centre de la forêt, et ce mot inquiétant : LE CŒUR. Le carnet était posé sous son oreiller, comme s’il craignait qu’il disparaisse s’il le quittait trop longtemps.
Au petit matin, un bruit de vaisselle le tira enfin de son demi-sommeil. Sa mère était déjà levée.
Léo descendit les escaliers lentement. Il s’arrêta sur la dernière marche et observa sa mère. Elle avait l’air fatigué, plus encore que d’habitude. Une mèche de cheveux gris s’échappait de son chignon, et ses gestes semblaient mécaniques.
— Tu es levé tôt, dit-elle sans se retourner.
Léo hésita. Le carnet semblait peser une tonne dans son sac.
— Maman… il faut que je te montre quelque chose.
Elle se figea. Juste une seconde. Mais Léo le remarqua.
Ils s’assirent à la table de la cuisine. Le soleil matinal entrait par la fenêtre, contrastant étrangement avec le poids de ce qu’il allait révéler. Léo sortit le carnet et le posa entre eux.
Sa mère pâlit aussitôt.
— Où as-tu trouvé ça ? demanda-t-elle d’une voix basse.
— Près de la forêt. Et… c’est à papa, n’est-ce pas ?
Elle ne répondit pas tout de suite. Ses doigts tremblaient lorsqu’elle effleura la couverture usée.
— Je t’avais promis de ne jamais te parler de ça…, murmura-t-elle.
— De quoi ? insista Léo.
Elle inspira profondément.
— Ton père n’a pas disparu par hasard. Il étudiait la forêt. Il disait qu’elle n’était pas… normale. Qu’elle changeait, qu’elle observait.
Le cœur de Léo se serra.
— Pourquoi tu ne me l’as jamais dit ?
— Parce que j’avais peur, répondit-elle simplement. Peur que tu fasses comme lui.
Elle ouvrit le carnet à une page précise.
— Il a commencé à entendre des voix. À parler d’une lumière bleue. Exactement comme toi.
Léo sentit un frisson glacé lui parcourir l’échine.
— Il est encore en vie ? demanda-t-il.
Sa mère baissa les yeux.
— Je ne sais pas. Mais la dernière chose qu’il m’a dite, c’est qu’il devait atteindre le Cœur de la forêt avant qu’il ne soit trop tard.
Un silence lourd s’installa.
— Tu ne dois jamais y aller, Léo, dit-elle en le regardant droit dans les yeux. Promets-le-moi.
Léo ouvrit la bouche… puis la referma.
Il voulait promettre. Vraiment. Mais au fond de lui, il savait déjà que c’était impossible.
Car cette nuit-là, alors qu’il était censé dormir, le carnet s’illumina de nouveau sous son oreiller.
Et une phrase apparut lentement sur une page blanche, comme écrite par une main invisible :
« Le temps presse. »
Chapitre 5 : Le pacte
Léo fixa la phrase inscrite sur la page blanche jusqu’à ce que la lumière disparaisse. Les mots restèrent gravés, immobiles, comme s’ils avaient toujours été là.
Le temps presse.
Il sut alors qu’il ne pourrait plus faire semblant.
Le lendemain à l’école, il retrouva Hugo près du vieux préau. Son ami remarqua aussitôt son air grave.
— D’accord, lança Hugo. Là, tu me racontes tout. Vraiment tout.
Léo hésita encore quelques secondes, puis sortit le carnet de son sac. Il le lui montra, page après page, lui parla de la lumière, des murmures, de son père.
Hugo ne se moqua pas. Il ne rit pas non plus.
— Ma grand-mère disait que la forêt choisit ses gardiens, murmura-t-il. Peut-être que ton père en faisait partie.
— Ou peut-être qu’elle l’a piégé, répondit Léo.
Ils se regardèrent longuement.
— Je veux y retourner, dit Léo. Trouver le Cœur. Comprendre.
Hugo avala sa salive.
— Alors tu n’iras pas seul.
Ils se serrèrent la main. Sans le savoir, ils venaient de conclure un pacte qui les dépasserait largement.
Chapitre 6 : Le premier sentier
Ils entrèrent dans la forêt le samedi matin, à l’aube. Le carnet indiquait un ancien sentier à peine visible, dissimulé derrière des fougères épaisses.
Dès qu’ils franchirent la lisière, l’air changea. Plus frais. Plus lourd. Le bruit du village s’éteignit comme s’il n’avait jamais existé.
— Tu sens ça ? murmura Hugo.
Léo hocha la tête. La forêt respirait.
Ils suivirent les indications du carnet. Pourtant, après quelques minutes, le chemin sembla se modifier. Un arbre qu’ils avaient déjà dépassé se dressait de nouveau devant eux.
— On tourne en rond…, dit Hugo, inquiet.
Le carnet vibra légèrement. Une flèche apparut sur la page, se dessinant lentement.
— Elle nous guide, souffla Léo.
Ils avancèrent encore, jusqu’à atteindre une clairière circulaire. Au centre, une pierre dressée portait le même symbole que le carnet.
Quand Léo posa la main dessus, une vision le traversa.
Il vit son père. Plus jeune. Plus fatigué. Il parlait à la pierre.
— Si quelqu’un vient après moi…, disait-il, qu’il soit prêt.
Léo tomba à genoux, le souffle coupé.
— Elle teste ceux qui entrent, murmura-t-il. La forêt teste.
Chapitre 7 : Ce qui veille dans l’ombre
La vision s’évanouit aussi brusquement qu’elle était apparue. Hugo aida Léo à se relever.
— On n’est pas seuls, dit-il soudain.
Un bruit sourd résonna derrière eux. Lent. Régulier.
Entre les arbres, quelque chose bougeait.
Une silhouette immense se détacha de l’ombre. Elle semblait faite de bois et de racines, ses yeux brillant d’une lueur bleutée. Chaque pas faisait vibrer le sol.
— Un… gardien ? murmura Hugo, paralysé.
La créature s’arrêta à quelques mètres d’eux. Elle pencha la tête, comme pour les observer.
Une voix grave, ancienne, résonna directement dans leur esprit :
— L’enfant du disparu est revenu.
Léo sentit une force invisible peser sur sa poitrine.
— Je veux retrouver mon père, dit-il, rassemblant son courage.
Un long silence suivit.
— Alors il te faudra choisir, répondit la voix. Car le Cœur ne rend jamais ce qu’il prend… sans contrepartie.
La créature s’écarta lentement, laissant apparaître un passage étroit entre les arbres, obscur et sinueux.
Le chemin vers le Cœur venait de s’ouvrir.
Et Léo comprit que plus rien ne serait jamais simple.
Chapitre 8 : Le passage interdit
Le passage laissé par le gardien semblait respirer. Les arbres se rapprochaient, leurs racines sortant du sol comme des serpents figés.
— On peut encore faire demi-tour…, murmura Hugo.
Léo regarda le carnet. Le symbole brillait faiblement, comme une invitation.
— Non, répondit-il. C’est maintenant.
Dès qu’ils s’engagèrent dans le passage, la lumière changea. Le ciel au-dessus d’eux prit une teinte gris-bleutée, et le silence devint oppressant. Chaque pas semblait résonner trop fort.
Soudain, le sentier se referma derrière eux.
— Léo…, souffla Hugo.
Le carnet s’ouvrit tout seul à une nouvelle page :
- « Ceux qui hésitent sont perdus. Avancez. »
Ils obéirent.
Chapitre 9 : Les souvenirs volés
La forêt se transforma autour d’eux. Les arbres disparurent, laissant place à des scènes familières.
Léo reconnut sa maison. Sa mère dans la cuisine. Son père qui riait.
— Ce n’est pas réel…, murmura-t-il.
Pourtant, la douleur était bien réelle lorsqu’il entendit son père dire :
— Si j’entre dans la forêt, c’est pour te protéger.
Hugo, lui, voyait autre chose. Il recula brusquement.
— Elle me montre des choses que j’ai oubliées…, dit-il, tremblant.
Une voix murmura dans l’air :
— Offrez vos souvenirs… et passez.
Léo serra les poings.
— Prends-les, dit-il. Mais pas tous.
La forêt sembla hésiter. Puis le chemin réapparut.
Quand ils repartirent, Léo sentit qu’un détail de son enfance venait de lui échapper… sans savoir lequel.
Chapitre 10 : Le lac sans reflet
Ils arrivèrent devant un lac parfaitement immobile. L’eau était noire, sans reflet.
— Regarde…, dit Hugo.
Léo se pencha. Son visage n’apparaissait pas.
À la place, il vit son père, debout au milieu de l’eau.
— Papa ! cria-t-il.
— Si tu me rejoins, tu devras rester, dit la vision. Le Cœur ne laisse repartir que ceux qui acceptent de perdre.
Le carnet vibra violemment.
- « La vérité est un choix. »
Léo recula, les larmes aux yeux.
— Pas encore…, murmura-t-il.
Le lac s’effaça lentement, comme un mauvais rêve.
Chapitre 11 : La trahison du chemin
Le sentier se divisa en deux.
— Lequel ? demanda Hugo.
Le carnet resta muet.
Léo choisit à l’instinct. Mauvais choix.
Le sol s’effondra sous leurs pieds. Ils roulèrent dans une pente abrupte, s’écrasant dans une fosse tapissée de racines.
— Le carnet nous a menti ! cria Hugo.
— Non…, répondit Léo en se relevant. Il nous teste.
Une inscription apparut sur les racines :
« Fais confiance, même dans l’erreur. »
Un passage s’ouvrit lentement.
Chapitre 12 : La promesse brisée
Ils sortirent de la fosse à la tombée de la nuit. L’air était plus lourd, presque vivant.
Léo sentit quelque chose changer en lui. Une certitude douloureuse.
— Hugo…, dit-il doucement. Je crois que je ne pourrai pas tous vous ramener.
— Qu’est-ce que tu racontes ?
Le carnet s’ouvrit une dernière fois pour cette journée :
- « Le Cœur exige un gardien. »
Léo comprit alors ce que son père avait affronté.
Et que la forêt ne demandait pas seulement du courage.
Elle demandait un sacrifice.
Chapitre 13 : Le seuil du Cœur
La forêt changea encore. Les arbres devinrent plus rares, plus tordus, comme s’ils avaient grandi sous une pression invisible. Léo sentait une chaleur étrange dans sa poitrine, en écho au carnet.
— On s’approche, murmura-t-il.
Devant eux se dressait une arche naturelle formée de racines entremêlées. Au-delà, une lueur bleutée pulsait lentement.
— Le Cœur…, souffla Hugo.
Chapitre 14 : Ceux qui sont restés
Ils n’étaient pas seuls.
Des silhouettes humaines apparurent entre les arbres. Des hommes, des femmes, immobiles, leurs yeux brillants de la même lumière bleue.
— Ils vivent encore…, dit Hugo avec effroi.
— Ou autre chose les fait vivre, répondit Léo.
Une voix collective murmura :
— Nous avons choisi de rester.
Chapitre 15 : Le journal du père
Dans une clairière, Léo trouva une sacoche abandonnée. À l’intérieur : des pages arrachées du carnet de son père.
- « Le Cœur maintient l’équilibre. Sans gardien, la forêt dévorera le village. »
Léo sentit le poids de cette vérité s’abattre sur lui.
Chapitre 16 : La peur d’Hugo
Hugo ralentissait.
— Et si on ne sort jamais ? demanda-t-il.
— Tu sortiras, répondit Léo sans hésiter.
Mais au fond de lui, un doute terrible naissait.
Chapitre 17 : L’épreuve du courage
La forêt les força à se séparer. Léo dut avancer seul, affrontant ses peurs : la solitude, la disparition de son père, l’oubli.
Quand il retrouva Hugo, il n’était plus tout à fait le même.
— Elle m’a montré qui je pouvais devenir…, murmura Hugo.
Chapitre 18 : Le Cœur révélé
Ils arrivèrent enfin.
Le Cœur de la forêt flottait au centre d’une clairière parfaite : une sphère de lumière bleue, battante comme un cœur humain.
Autour, les racines formaient un cercle sacré.
— C’est vivant…, dit Hugo.
— Oui. Et affamé, répondit Léo.
Chapitre 19 : La vérité
La lumière se transforma en image.
Le père de Léo apparut, plus âgé, plus calme.
— J’ai choisi de rester pour vous protéger, dit-il. Mais la forêt réclame un relais.
— Moi…, murmura Léo.
— Ou quelqu’un que tu aimes, répondit la voix du Cœur.
Chapitre 20 : Le choix impossible
La forêt se referma autour d’eux.
— Léo, non…, dit Hugo en comprenant.
Le carnet brûlait presque entre les mains de Léo.
« Un gardien. Un lien. Un sacrifice. »
Chapitre 21 : La révolte
— Je refuse ! cria Léo.
La forêt trembla. Les arbres gémirent.
— Alors tout sera détruit, répondit le Cœur.
Léo comprit qu’il ne pouvait pas simplement dire non.
Chapitre 22 : Le plan
Léo se souvint d’une phrase du carnet.
« Le Cœur accepte ce qui lui ressemble. »
— Et si je devenais gardien… sans rester prisonnier ? murmura-t-il.
Chapitre 23 : Le lien brisé
Léo s’approcha du Cœur. La lumière entra en lui.
Il sentit la forêt. Chaque racine. Chaque feuille.
Il cria de douleur.
— Léo ! hurla Hugo.
Chapitre 24 : La chute
Léo s’effondra.
Le Cœur ralentit. La forêt sembla retenir son souffle.
Puis… le lien se rompit.
Chapitre 25 : Le nouveau gardien
Une silhouette sortit de la lumière.
Ce n’était ni Léo… ni son père.
C’était la forêt elle-même, incarnée.
— L’enfant a changé les règles, dit-elle.
Chapitre 26 : Le retour du père
Le père de Léo apparut, libéré, tombant à genoux.
— Tu as réussi…, dit-il, bouleversé.
— Ensemble, répondit Léo faiblement.
Chapitre 27 : La sortie
Le chemin vers la lisière s’ouvrit.
Les murmures cessèrent.
La forêt redevenait… silencieuse.
Chapitre 28 : Le village au matin
Léo, Hugo et son père sortirent de la forêt à l’aube.
Le village dormait encore, ignorant ce qui venait d’être évité.
— Tout est fini ? demanda Hugo.
Léo regarda la forêt.
— Pas tout.
Chapitre 29 : Le carnet scellé
De retour chez lui, Léo referma le carnet.
Le symbole s’effaça lentement.
« Gardien par le choix, non par la chaîne. »
Chapitre 30 : L’écho de la forêt
Des semaines plus tard, Léo retourna à la lisière.
La forêt était calme. Mais vivante.
Un souffle parcourut les feuilles.
Comme un remerciement.
Ou un avertissement.
Chapitre 31 : Le murmure des racines
La clairière où le Cœur avait révélé son secret s’était transformée. Les arbres se redressaient avec une lenteur inquiétante, et la lumière bleutée qui pulsait au centre semblait respirer. Léo avançait avec précaution, le carnet serré contre sa poitrine, son souffle formant de petites volutes dans l’air froid. Chaque pas faisait craquer les brindilles, mais le silence était plus fort que le moindre bruit.
Hugo marchait derrière lui, la peur lisible sur son visage, mais une curiosité irrésistible le poussait à suivre. La forêt n’était plus seulement un lieu, elle était devenue un labyrinthe vivant, capable de ressentir leurs émotions. Les racines semblaient s’écarter légèrement quand ils passaient, comme pour les guider… ou les piéger.
— Tu crois qu’on va vraiment le trouver ? murmura Hugo, la voix tremblante.
— Je… je ne sais pas, répondit Léo, le regard fixé sur le Cœur qui battait toujours au loin. Mais on doit essayer.
Un craquement derrière eux fit sursauter Hugo. Léo se retourna et aperçut une ombre qui se glissait entre les troncs. Ce n’était ni un animal ni un humain. Les contours étaient flous, mais deux yeux brillaient d’une lueur bleutée, semblable à celle du Cœur. La créature s’immobilisa et les observa quelques instants avant de disparaître dans l’ombre.
— On n’est pas seuls, murmura Hugo, serrant son sac contre lui.
Léo hocha la tête, sentant un frisson lui parcourir l’échine. Chaque fois qu’ils avançaient, la forêt semblait tester leur courage, leur détermination. Il sentait que le Cœur les observait, comme si chaque hésitation ou peur pouvait changer le chemin à suivre.
Ils atteignirent bientôt un vieux pont de racines entrelacées, suspendu au-dessus d’un ravin sombre. Le carnet vibra légèrement et une nouvelle phrase apparut sur une page :
- « Seuls ceux qui osent marcher sur les racines trouveront la vérité. »
— Marcher dessus ? demanda Hugo, effrayé.
— Il n’y a pas d’autre chemin, dit Léo en s’avançant.
Chaque pas faisait craquer les racines, et le pont semblait s’étirer sous leur poids. La forêt était silencieuse, mais le souffle de quelque chose de vivant se faisait sentir autour d’eux. Léo sentait son cœur battre à l’unisson avec le Cœur lui-même.
Au milieu du pont, une racine se mit à vibrer sous son pied, et une voix faible résonna dans l’air :
— Le gardien doit choisir…
Le souffle de Léo se coupa. Il savait que ce n’était pas une menace, mais un avertissement. Chaque décision, chaque pas les rapprochait d’un secret que peu avaient osé affronter. Et ce secret pouvait tout changer… pour lui, pour son père, pour Hugo, et pour la forêt entière.
Ils atteignirent enfin l’autre rive. Le sol était recouvert de mousse bleutée, et de petites fleurs lumineuses parsemaient le chemin. Une nouvelle clairière se dessinait devant eux, et au centre, un cercle de pierres anciennes semblait les attendre. Le Cœur pulsait plus fort, et Léo sentit une chaleur étrange dans ses mains, comme si le carnet lui-même le guidait.
— C’est ici… souffla-t-il.
Hugo hocha la tête, mais son regard trahissait une peur profonde. Léo serra le carnet et inspira profondément. Chaque fibre de son corps lui criait de reculer. Mais il savait qu’ils ne pouvaient pas. Ils avaient franchi trop de limites, vu trop de vérités cachées pour faire demi-tour maintenant.
Le mystère s’épaississait. Le Cœur attendait. Et pour la première fois depuis longtemps, Léo sentit qu’il n’était plus simplement un garçon… il était devenu celui qui devait comprendre, choisir, et peut-être sauver ceux qu’il aimait.
Chapitre 32 : La clairière des secrets
La nouvelle clairière semblait hors du temps. Les fleurs lumineuses émettaient une douce lumière bleue, éclairant des pierres anciennes gravées de symboles étranges. Léo s’avança lentement, le carnet en main, observant chaque inscription. Les symboles étaient familiers, identiques à ceux du Cœur, mais disposés comme une carte.
Hugo suivait de près, ses yeux balayant constamment les ombres mouvantes des arbres. Il avait l’impression que quelque chose — ou quelqu’un — les observait depuis les fourrés.
— Regarde ça… murmura Léo, désignant une pierre plus haute que les autres. Une silhouette semblait gravée dans la pierre, les bras tendus vers le ciel.
— On dirait… un gardien, dit Hugo, la voix tremblante.
— Oui, mais pas un gardien comme on pourrait l’imaginer, répondit Léo. Quelqu’un… ou quelque chose qui veille depuis longtemps.
Le carnet vibra et une page blanche s’illumina. Des mots apparurent, comme tracés par une main invisible :
- « Seul celui qui comprend les racines du passé peut franchir le seuil. »
Léo fronça les sourcils. Comprendre le passé… mais quel passé ? La forêt semblait vivante, et chaque pierre, chaque racine, chaque souffle de vent racontait une histoire qu’il devait écouter.
Alors qu’ils exploraient, une légère brise fit bruisser les feuilles. Des murmures semblables à des voix humaines résonnèrent autour d’eux. Hugo recula, mais Léo s’avança encore, déterminé à écouter.
— Ces voix… je crois qu’elles me connaissent, murmura Léo. Comme si elles parlaient de mon père.
Une vibration étrange parcourut le sol sous leurs pieds. Le cercle de pierres s’anima légèrement, et des racines anciennes surgirent, formant un pont naturel vers une partie plus dense de la forêt. Le carnet vibra de nouveau et un mot s’écrivit :
- « Suivez les racines. Elles portent la mémoire de ceux qui sont venus avant. »
Léo regarda Hugo et prit sa main. Ensemble, ils avancèrent sur le pont, chaque pas faisant vibrer le sol et émettant une faible lueur bleutée. La forêt semblait respirer autour d’eux, leur murmurant de continuer, mais aussi de se méfier.
À mesure qu’ils progressaient, Léo sentit que quelque chose en lui changeait. Une force ancienne se mêlait à son souffle et à ses pensées. Il n’était plus seulement un garçon curieux : il était devenu un lien entre le passé et le présent.
Au moment où ils atteignirent l’autre côté, une silhouette se dessina entre les arbres. Une personne enveloppée de lianes et de feuilles, mais aux yeux brillants et humains.
— Bienvenue, dit-elle d’une voix douce mais puissante. Je vous attendais.
Chapitre 33 : La gardienne des mémoires
La silhouette s’avança lentement. La lumière bleue des fleurs se reflétait sur sa peau, donnant à la gardienne un aspect presque irréel. Ses yeux brillaient comme le Cœur lui-même.
— Qui êtes-vous ? demanda Léo, la voix tremblante.
— Je suis la gardienne des mémoires, répondit-elle. Cette forêt existe parce que je veille à ce que ceux qui s’y perdent ne disparaissent jamais vraiment.
Hugo recula instinctivement. — Et nous ? On peut repartir ?
— Vous pouvez, mais seulement si vous comprenez ce que vous cherchez, dit la gardienne. Sinon… vous serez pris par la forêt, comme tant d’autres avant vous.
Léo ouvrit le carnet. Les mots dansaient sur les pages, formant des phrases nouvelles :
- « Seul celui qui accepte l’ombre et la lumière peut avancer. »
La gardienne s’agenouilla et posa ses mains sur le sol. Les racines autour d’eux frémirent et un chemin de lumière bleue apparut, comme une route tracée par des souvenirs.
— Vous devez comprendre le passé de la forêt, dit-elle. Chaque gardien, chaque enfant perdu, chaque lumière bleue… tout est lié. Votre père… il est ici, mais pas encore libre.
Léo sentit son souffle se couper. Son père, toujours prisonnier de ce mystère, et le temps pressant.
— Que devons-nous faire ? demanda-t-il.
La gardienne sourit. — Vous devez suivre le chemin, écouter les mémoires. Et surtout, ne jamais laisser la peur guider vos pas.
Chapitre 34 : Les épreuves de lumière
Le chemin s’ouvrit devant eux. Chaque racine émettait une faible lueur bleutée et chaque pas semblait résonner dans le cœur même de la forêt. Léo et Hugo avancèrent, mais bientôt, le chemin se divisa en trois : un sentier clair, un sentier couvert de brouillard et un sentier presque invisible, tapissé de racines tordues.
Le carnet vibra et une phrase apparut :
- « Le chemin le plus difficile révèle la vérité. »
— Il faut prendre le plus difficile, murmura Léo.
Ils s’engagèrent sur le sentier invisible. La forêt sembla réagir, les racines s’entremêlant pour créer des obstacles, des énigmes naturelles à résoudre. Chaque erreur était sanctionnée par une chute dans un tapis de mousse glacée ou un faux pas qui les ramenait légèrement en arrière.
Hugo gémissait, mais Léo le rassura : — Tiens bon, on est presque…
Un craquement retentit. Une lumière bleue éclata devant eux. Une forme indistincte apparut : c’était une mémoire de la forêt, montrant le père de Léo, jeune et inquiet, parlant à un gardien invisible.
— Il essayait de nous protéger, murmura Léo.
Chaque souvenir leur offrait des indices, mais aussi des émotions puissantes : peur, espoir, doute. Léo comprit que la forêt testait non seulement leur courage, mais aussi leur cœur.
Chapitre 35 : Le voile du doute
Alors qu’ils avançaient, un brouillard épais les enveloppa. Les arbres s’effaçaient peu à peu et des murmures indistincts emplissaient l’air. Hugo voulait reculer, mais Léo le tira par la main.
— On ne peut pas faire demi-tour, dit-il. Chaque pas nous rapproche du Cœur et… de papa.
Les voix devinrent plus claires. Elles murmuraient des secrets : peurs enfouies, souvenirs oubliés, regrets cachés. Léo sentit une main invisible tenter de le détourner du chemin.
- « Abandonne… », disait la voix.
— Je ne céderai pas, murmura-t-il, les poings serrés.
Les racines vibrèrent, et la lumière du Cœur se refléta dans le brouillard, formant des silhouettes mouvantes. Chaque figure semblait vouloir leur montrer un chemin, mais aussi tester leur volonté.
Hugo s’accrocha au bras de Léo. — Et si on se perdait pour de bon ?
— On doit avancer ensemble, répondit Léo. La forêt ne nous arrêtera pas si on est unis.
Le brouillard se dissipa lentement, laissant apparaître une nouvelle clairière où les arbres formaient un cercle parfait autour d’une lueur pulsante. Léo comprit : ils approchaient d’une nouvelle épreuve, une épreuve qui mettrait à l’épreuve leur courage et leur lien avec son père.
Chapitre 36 : Le cercle des échos
Au centre de la clairière se trouvait un cercle de pierres anciennes. Chacune pulsait légèrement comme un cœur. Lorsque Léo posa le pied sur la première pierre, une vibration traversa ses jambes et une vision apparut : son père, debout dans la lumière, parlant à une figure inconnue.
- « Le choix du gardien est difficile, mais nécessaire. »
— Papa… murmura Léo, mais la vision disparut aussitôt.
Hugo regarda autour de lui, inquiet. — Que se passe-t-il ici ?
— La forêt nous montre… ce que nous devons comprendre, répondit Léo. Chaque pierre contient un écho du passé. Nous devons les écouter pour avancer.
Chaque vibration révélait un fragment de mémoire, un conseil, une peur ou un avertissement. Léo sentit la lourde responsabilité qu’il portait : non seulement pour lui et Hugo, mais aussi pour son père et la forêt entière.
La gardienne apparaissait parfois entre les arbres, silencieuse, les observant. Le Cœur semblait palpiter plus vite à chaque décision qu’ils prenaient. Léo comprit que chaque choix les rapprochait… ou les écartait irrémédiablement de la vérité.
Chapitre 37 : La porte des souvenirs
Le cercle de pierres pulsait toujours, projetant de fines lueurs bleues sur le visage de Léo. Chaque pierre semblait contenir un souvenir, une vie passée ou présente, et une voix intérieure résonnait dans sa tête.
— On doit toucher les pierres… je crois, murmura Léo.
Hugo s’approcha avec prudence. — Et si ça nous faisait du mal ?
— La forêt teste notre courage, répondit Léo. On n’a pas le choix.
Léo posa la main sur la première pierre. Une décharge traversa son corps et une vision apparut : son père, jeune, courant dans la forêt, un carnet serré contre lui. Il se souvenait de cette nuit, des murmures et de la lumière bleue, mais il était seul et effrayé.
- « Seul celui qui comprend la peur peut avancer », murmura une voix.
Hugo posa sa main sur une autre pierre et vit ses souvenirs d’enfance : moments oubliés avec sa grand-mère, sa peur de l’obscurité, ses premières aventures dans la forêt. Tout se mêlait à la lumière bleue, et chaque mémoire leur montrait un chemin différent.
— Chaque pierre nous relie au passé, murmura Léo. C’est ainsi que la forêt nous teste.
Ils touchèrent toutes les pierres. Les souvenirs se mélangèrent, des émotions oubliées surgissant avec force. Hugo tremblait, mais Léo resta concentré, sentant qu’ils étaient plus proches de comprendre le Cœur.
Soudain, le sol vibra et une ouverture apparut au centre du cercle : une porte invisible se dessinait, faite uniquement de lumière bleue et de racines entrelacées.
— C’est… la suite du chemin, souffla Léo.
Une fois de plus, la forêt les mettait face à un choix : franchir ou reculer. Mais ils savaient qu’il n’y avait plus de retour possible.
Chapitre 38 : Le passage de lumière
Le passage était étroit et sinueux. Les racines formaient des arcs au-dessus d’eux, et une lumière bleue constante émanait du sol. Léo et Hugo avançaient prudemment, chaque pas résonnant comme un écho dans la forêt.
Le carnet vibra dans les mains de Léo et un mot apparut :
- « Ceux qui osent marcher ensemble ne se perdent jamais. »
— C’est pour nous, dit Léo. Il faut qu’on reste ensemble.
Alors qu’ils progressaient, des murmures s’intensifièrent. Chaque mot semblait être une invitation ou un avertissement : « Abandonne… », « Écoute… », « Choisis… ». Léo sentit la peur monter, mais il continua. Hugo serrait sa main, et leur lien leur donnait du courage.
À mi-chemin, ils atteignirent une zone où la lumière s’assombrissait et où les murs de racines semblaient se rapprocher. Une vision surgit : la disparition de son père, le moment exact où il avait franchi le Cœur et avait été englouti par la lumière bleue.
— Papa… murmura Léo. C’est ici qu’il a disparu.
Hugo posa une main sur son épaule. — On ne le laissera pas là.
La forêt vibra. Les racines s’écartèrent légèrement, comme pour les accueillir ou les défier. Chaque pas devenait un test de volonté et de courage. Ils comprirent qu’ils approchaient de l’épreuve la plus difficile de toutes : affronter la vérité du Cœur.
Chapitre 39 : La voix du passé
Alors qu’ils atteignaient la fin du passage, une voix résonna autour d’eux, puissante et douce à la fois :
— Léo…
Le garçon s’immobilisa. Son cœur s’emballa. Il reconnaissait cette voix.
— Papa ? murmura-t-il.
— Oui, mon fils, répondit la voix. Je suis ici, mais je ne peux sortir seul. Le Cœur me retient.
Hugo regarda Léo, impuissant. — On doit trouver comment le libérer…
Le carnet s’ouvrit tout seul et une phrase apparut :
« Seul celui qui offre une part de son cœur peut libérer celui qui est captif. »
Léo comprit immédiatement ce que cela signifiait : le Cœur demandait un sacrifice, mais il ne savait pas encore lequel. Il serra le carnet contre lui, sentant la lumière bleue pénétrer son esprit. Chaque émotion, chaque souvenir et chaque peur semblaient liés au destin de son père.
— Il faut avancer, murmura Léo. Chaque pas nous rapproche de lui.
Une brume douce les enveloppa, et des silhouettes apparurent, anciennes âmes captives du Cœur. Elles observaient Léo avec curiosité, mais aucune ne semblait hostile. La forêt leur montrait que le passé, le présent et le futur étaient connectés par ce lien mystérieux.
Chapitre 40 : L’épreuve du cœur
Ils atteignirent une grande clairière circulaire. Au centre, le Cœur brillait plus fort que jamais, une sphère de lumière bleue pulsante qui semblait respirer avec eux. Léo s’approcha, le carnet serré dans ses mains.
— Le Cœur… c’est lui, murmura Hugo.
Léo posa la main sur la sphère. Une chaleur intense le traversa et il eut l’impression de sentir toutes les vies connectées à la forêt. Des souvenirs, des émotions, des peurs et des espoirs l’assaillirent en un instant.
Une voix retentit dans son esprit :
— Offrez une part de votre cœur, ou perdez tout ce que vous aimez.
Léo comprit que le choix était crucial. Il ne pouvait pas reculer. Le Cœur ne leur permettrait de continuer que si l’un d’eux acceptait de se lier à lui, même temporairement, pour libérer le père de Léo.
— Je… je dois le faire, murmura Léo.
Hugo serra sa main : — On est avec toi.
Chaque battement de cœur de Léo résonnait avec celui du Cœur. Une lumière intense les enveloppa, et pour un moment, tout sembla suspendu dans le temps.
Chapitre 41 : Le lien sacré
Le lien s’établit. Une partie du courage et de la mémoire de Léo fusionna avec le Cœur. Il sentit son père, emprisonné dans la lumière, revenir doucement à lui. Hugo cria d’émerveillement lorsqu’une silhouette humaine se matérialisa devant eux.
— Papa ! hurla Léo.
Son père tomba à genoux, épuisé mais vivant. — Tu as réussi, mon fils… murmura-t-il, une larme coulant sur sa joue.
Le Cœur pulsa une dernière fois et une voix résonna :
— Le gardien doit choisir. Tu as fait ton choix, et tu as libéré celui qui était captif. Mais la forêt se souviendra de toi.
Léo sentit un mélange de fatigue, de soulagement et de fierté. Le lien avec le Cœur se relâcha doucement, mais il savait que la forêt ne les laisserait jamais vraiment partir. Elle les surveillerait, silencieusement, et leur aventure ne faisait que commencer.
Hugo sourit, tremblant encore : — On l’a fait… mais je crois que ce n’est que le début.
Léo hocha la tête. Le mystère du Cœur était plus vaste qu’ils ne l’avaient imaginé, et la forêt avait encore beaucoup à leur apprendre.
Chapitre 42 : Les murmures retrouvés
La lumière du Cœur s’était apaisée, mais la forêt n’était pas silencieuse. Des bruissements persistants provenaient des arbres, des racines et même de la mousse. Chaque bruit semblait porter un message, un avertissement ou un secret. Léo et Hugo avancèrent prudemment, suivant le carnet qui vibrait encore dans les mains de Léo.
— On dirait que la forêt nous parle, murmura Hugo.
— Oui, répondit Léo. Et elle ne nous laissera jamais partir complètement. Nous faisons partie de son histoire maintenant.
À mesure qu’ils progressaient, les murmures se transformèrent en voix distinctes. Certaines semblaient humaines, d’autres étrangement animales. Des éclats de souvenirs surgissaient : des enfants perdus, des gardiens anciens, des créatures oubliées. Léo comprit qu’il devait écouter chaque voix, ne rien ignorer, car chacune pouvait contenir une vérité vitale.
Le carnet s’ouvrit tout seul et un mot apparut :
« Le passé vous guide, le futur vous attend. »
Léo regarda Hugo : — On doit suivre les souvenirs. Chaque voix est un indice.
Ils marchèrent lentement, touchant parfois une racine ou une pierre qui réagissait à leur présence. Chaque contact faisait surgir un fragment de mémoire : une chute dans la forêt, une rencontre avec une créature, un moment de peur intense ou de joie pure. Hugo frissonna, mais Léo l’encouragea à continuer.
La forêt semblait éprouver leur patience et leur cœur. Mais chaque étape les rapprochait d’un secret plus profond, que même le Cœur lui-même semblait vouloir leur révéler.
Chapitre 43 : La vallée des échos
Après plusieurs heures de marche, ils arrivèrent dans une vallée étroite. Les murs de la vallée étaient recouverts de racines et de mousse bleutée, et chaque pas faisait résonner un écho de leurs propres voix, comme si la vallée les imitait.
— C’est… étrange, murmura Hugo.
— Oui, mais écoute, dit Léo. Les échos nous parlent.
En se concentrant, ils distinguèrent des phrases : des avertissements, des conseils et parfois des mots incompréhensibles. Léo comprit que chaque écho correspondait à un choix passé, une action oubliée ou une peur surmontée.
Ils avancèrent lentement, analysant chaque son. Le carnet vibra et un nouveau message apparut :
« Celui qui comprend ses échos pourra franchir la vallée. »
Léo ferma les yeux un instant, laissant son esprit se connecter aux échos. Les voix lui montrèrent son père, Hugo et lui-même, à différents âges, dans la forêt ou ailleurs, chacun confronté à un choix crucial. Il comprit que les échos n’étaient pas seulement des sons : ils étaient des leçons, des avertissements et des invitations à la réflexion.
Hugo, toujours proche de lui, sentit qu’ils progressaient ensemble. La vallée, bien que mystérieuse et intimidante, leur enseignait la patience et l’écoute, deux qualités que tout gardien du Cœur devait posséder.
Chapitre 44 : Le pont de lumière
Au bout de la vallée, un pont naturel se dessina, composé de racines entrelacées, lumineuses et vibrantes. La lumière bleue émanait comme si elle avait une conscience propre, pulsant au rythme du Cœur.
— On doit traverser ça… murmura Hugo, nerveux.
— Oui, dit Léo. Et chaque pas compte.
Le carnet vibra avec plus d’intensité que jamais. Une phrase apparut :
« Celui qui avance avec courage ne tombe jamais seul. »
Ils posèrent le pied sur le pont. Chaque pas faisait vibrer les racines et projeter des éclairs de lumière dans la vallée. À mi-chemin, une racine vibra fortement sous le pied de Léo. Une vision apparut : son père, essayant de franchir un passage similaire, échouant presque.
— Papa… murmura Léo.
Hugo le soutint et ils avancèrent ensemble, découvrant que le pont réagissait à leurs émotions : la peur rendait les racines glissantes, le courage les stabilisait. Chaque pas devenait un test de leur cœur et de leur esprit.
Lorsqu’ils atteignirent l’autre rive, Léo sentit que quelque chose avait changé en lui. Il n’était plus seulement un garçon : il portait désormais la force de tous ceux qui avaient traversé la forêt avant lui.
Chapitre 45 : L’antre des souvenirs perdus
Au-delà du pont, une caverne s’ouvrit devant eux. Les murs étaient couverts de runes anciennes et la lumière bleue du Cœur s’y reflétait en éclats étincelants.
— On dirait un sanctuaire, murmura Hugo.
— Oui… et je crois que ce sont les souvenirs oubliés de la forêt, dit Léo.
Ils pénétrèrent dans l’antre et des images surgirent : des enfants perdus, des créatures anciennes, des gardiens disparus. Chaque image semblait contenir un fragment de vérité. Le carnet s’ouvrit et un nouveau message apparut :
« Le passé et le présent s’entrelacent. Celui qui voit la vérité sera prêt. »
Léo observa attentivement. Il reconnut certains moments de la vie de son père, mais aussi des expériences personnelles et des choix qu’il avait lui-même oubliés. Hugo, impressionné, comprit que la forêt voulait qu’ils relient chaque fragment pour comprendre le Cœur.
Chaque souvenir réveillé semblait donner vie à la caverne. Des racines lumineuses se tordaient pour former des chemins, des ponts et même des escaliers naturels, comme pour guider Léo et Hugo vers la prochaine étape de leur quête.
Chapitre 46 : La révélation partielle
Au centre de la caverne, un miroir naturel se forma, créé par la lumière bleue et la pierre humide. Léo s’approcha et vit son reflet… mais pas tout à fait. Derrière lui, son père apparaissait, en sécurité mais prisonnier d’une lumière plus intense.
— Papa… murmura Léo.
La caverne résonna :
« Vous avez compris une partie du chemin. Mais la vérité complète demande un courage absolu. »
Hugo posa une main sur l’épaule de Léo. — On va y arriver. On ne lâche rien.
Léo acquiesça. Le miroir montrait maintenant des éclats de leur avenir : de nouveaux défis, des épreuves encore plus grandes et la forêt toujours vivante, consciente de chacun de leurs mouvements. La lumière bleue pulsa avec force et le carnet vibra intensément, comme pour les inviter à continuer, à ne jamais douter de leur mission.
Ils quittèrent la caverne, le cœur battant, mais le courage renforcé. La forêt était encore pleine de secrets, et le Cœur avait encore beaucoup à leur apprendre.

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