Chapitre 8
Les mains plaquées au bord du lavabo, je réprimais mon envie de vomir. Je repoussais mes cheveux d’une main et les relevais en un chignon désordonné sur le dessus de ma tête.
“Inspirez doucement par le nez en comptant jusqu’à dix, puis soufflez par la bouche, Erdan.”
La voix posée de ma psychologue, Mylène, résonna dans mon esprit, et j’effectuais l’exercice une demi-douzaine de fois. Mes nausées refluèrent.
Je frottais la paume de ma main contre la partie rasée de mes cheveux pour me détendre.
“Peau de kiwi.”
Le souvenir du commentaire taquin de Thoren m’arracha un sourire. J’enfilai des sous-vêtements et ouvrai la fenêtre. Un bouffée d’air froid me fit frissonner et je rejoignai la pièce principale.
- C’est le bordel, geignis-je.
Madame Lopez allait encore pester après moi. Je détestais lui imposer autant de travail, alors qu’elle trouvait toujours le temps de me préparer de quoi manger pour la semaine.
Je parcourais du regard la pièce à vivre et la cuisine. Des emballages de plats préparés et de boissons caféinées traînaient un peu partout. Une pile de linge sale attendait d’être mise à la machine.
De la paperasse, des enveloppes pas encore ouvertes, des dossiers d’écritures encombraient les coins de tables et mon bureau.
Je n’ouvrais pas le frigo, pas plus enchanté que ça à l’idée des légumes que j’y avais oublié depuis quelques jours.
Mon téléphone vibra et je l’attrapai sur le coin du meuble à télé.
- Thoren : “Va te coucher.”
- Thoren : …
Je soufflais entre mes dents.
- Moi : Tu ne me laisses donc jamais tranquille
- Thoren : Je te connais, idiot. Laisse ton bazar et va au lit.
- Moi : Oui, papa.
- Thoren : Erdan. Tu as PROMIS.
- Moi : J’y vais.
Je n’avais pas le choix. Je lâchai mon écran sur le canapé et marchai d’un pas lourd jusqu’à ma chambre.
Le médicament commençait à faire effet et je baillais en me glissant sous ma couette.
- Faut que je change mes draps, songeais-je. Madame Lopez vient demain. Je dois finir mon épilogue et envoyer mes documents à Marc.
La pensée de mon éditeur me déprima. J’aimais écrire, mais je détestais toute la partie administrative du métier d’auteur, et encore plus celle sociale.
- J’ai sûrement une interview avec les journalistes pour parler de mon nouveau roman, et une rencontre avec les fans pour donner des autographes.
Je me retournai sur le ventre. La fatigue m’engourdissait. Je ne sentais déjà plus grand-chose dans mes membres, mais mes angoisses refusaient de rejoindre les bras de Morphée.
Compter les moutons ne fonctionnaient jamais, alors je cherchais des mots.
- Porte : Paris, Organe, Rire, Tisane, Épris. Épris : Élire, Prendre, Rendre, Iris, Suer.
Peu à peu mes pensées s’appesentirent et je m’endormais.

Annotations
Versions