5 août - 16 heures

3 minutes de lecture

Le bateau filait. Il y avait eu une étape pour le ravitaillement au large de Riga et maintenant le cap vers la Baltique occidentale était tenu.

Bientôt ce serait l'arrivée au large du continent, l'entrée vers Kiel et le passage stratégique vers la mer du Nord.

Ce ne serait pas avant le petit matin. Le prince Sernine avait évoqué sur un ton d'extrême lassitude les quatre heures qu'il allait falloir perdre en charbon et en formalités. Les passeports seraient visés plusieurs fois et le bateau pourrait même être inspecté. Surtout si le Kaiser se souvenait encore de sa cuisante défaite face au Tsarevna.

Et Dieu seul savait à quel point le Kaiser était susceptible !

Aux dires du prince Sernine qui l'avait cotoyé personnellement.

Là, le bateau filait et les enfants jouaient au shuffleboard. Avec un long maillet de bois, ils poussaient un palet sur le plancher du bateau, en essayant de le placer le mieux possible sur les cases d'une cible tracée au sol.

Evidemment, les enfants vinrent demander de l'aide aux adultes, arguant que c'était trop dur et que c'était trop loin et que c'était difficile tout seul, etc etc etc.

Gabrielle et Alexei délaissèrent leurs chaises longues pour se retrouver sur le pont, un maillet dans les mains.

Il fallut trois parties pour que Gabrielle arrive à placer son palet au bon endroit.

Il en fallut trois autres pour que l'équipe formée par Gabrielle et ses enfants gagnent contre le prince Sernine.

Ce dernier, bon joueur, offrit des glaces et des confiseries à toute la compagnie.

Ce fut le moment que choisit le maître d'équipage pour venir proposer un tir aux pigeons. Hélène resta subjugée, mais Charles applaudit à tout rompre.

Le maître d'équipage ajouta, sans sourire, qu'il était possible d'installer aussi les chevaux de bois.

Il va sans dire que la journée se termina sportivement, entre les coups de fusil et les galopades.

La nuit tombait tardivement sur la Mer Baltique. Au loin on voyait briller les lumières de la côte.

Le chef de cuisine du Tsarevna, le maître coq, avait prévu un ensemble de dîners de gala pour le voyage du prince et de sa famille. Il n'avait juste pas dû comprendre qu'il ne s'agissait que de quatre personnes, dont deux jeunes enfants, vu la quantité qu'il proposait.

Hélène collectionnait les menus joliment décorés que, très cérémonieusement, le maître coq, portait au prince Alexei Sernine. Un chevalier, un cygne, une jolie femme...

Gabrielle les lisait avec angoisse.

" Alexei ! Je ne pourrai pas manger une timbale de homard Madras et une selle de Chezelle persillée puis un médaillon de foie gras à la gelée. Ce n'est juste pas possible.

- Tu as vu, maman ? Il y a aussi des fraises à la Tsarine et une corbeille d'Excellence, souriait Charles.
- Oui, aussi, admit la femme, catastrophée.

- Qu'y a-t-il dans la corbeille d'Excellence ?, demanda Hélène, avisée.

- Un assortiment de petits gâteaux et de fruits confits, répondit le prince, amusé.

- Et des asperges sauce Chantilly ? Alexei !," souffla Gabrielle.

La cocotte n'osait pas parler trop fort. Non loin d'eux, la silhouette imposante du maître coq appelait le silence et le respect. Le prince ne semblait pas comprendre l'inquiétude de sa compagne. Nonchalamment, il commanda un Château d'Yquem et du champagne.

Gabrielle le contemplait avec attention. Cela suffit à attirer son regard.

" Moya zvezda ?

- Je ne vais pas tout manger. Déjà le coktail de fuits et le consommé rubis pailleté d'or, cela me suffira."

Alexei Sernine saisit la main de sa belle et l'embrassa tendrement. Le maître coq était parti, prêt à suivre les ordres de son capitaine.

" Pourquoi cela te perturbe tant, moya zvezda ? Tu manges ce que tu peux. Mais n'oublie pas que tu dois manger, car je suis censé te fatiguer assez pour te donner faim.

- Me fatiguer assez ?"

Le sourire ironique du prince fit rougir la cocotte. Déterminée, elle se pencha en avant et lança :

" Tu n'as qu'à délaisser tes chevaux de bois, tesoro. Je ne vois aucune pouliche à dompter dans ton cheptel.

- Pari tenu, Gabrielle."

Le pari fut tenu.

Car comment avouer la vérité à un homme, quelqu'il soit ? La nourriture trop riche servie à bord du yacht ou dans les restaurants luxueux de Saint Petersbourg avait un effet dévastateur sur la taille de la femme.

Et ce n'était pas une partie de palet ou un tour de chevaux de bois qui allaient arranger les choses.

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