12 août - 11 heures
" Et ici, des canapés !
- Des canapés ?, s'amusa Suzy. Un seul suffit, non ?
- Non, non, fit Elvire. Cet appartement est un taudis. Il faut l'améliorer. Alors, des canapés, des coussins, des soieries, c'est le minimum !
- Un taudis ? Comme tu exagères !"
Gabrielle du Plessis sourit, amusée. Elle regardait Elvire déambuler dans le fameux appartement que le célèbre André Laroche lui avait trouvé. La rani s'énervait contre l'étroitesse du salon, contre la vétusteté des papiers peints et l'extrême laideur des rideaux. Les sanitaires étaient à refaire et il fallait un maître d'hôtel.
Gabrielle se mit à rire et Mathilde lança :
" Et avec quel argent, Gabrielle va-t-elle payer tout ça, votre Altesse ?
- Mais avec l'argent de M. Laroche, voyons. Apprenez, les filles, que toutes vos factures doivent être réglées par vos amants, sinon à quoi cela sert de montrer son cul ?"
Mathilde se tut, mouchée et Margot approuva vigoureusement de la tête.
" Tu ne sais rien de rien, ma pauvre Gaby. Le richissime André Laroche t'a offert un appartement ? La belle affaire ! Vends-le s'il est réellement à toi, il ne vaut rien de plus. C'est un hôtel particulier qu'il aurait dû t'offrir, ce radin.
- Tu as raison, Elvire !, s'exclama Margot. Un hôtel particulier et une voiture !
- Ce n'est que le début !"
Gabrielle secoua la tête, malgré tout tentée par ce que disait son ancienne collègue.
" André est bien gentil avec son appartement. Il le loue pour moi. Je ne peux pas lui demander plus et..."
Elvire s'énerva et leva les mains au ciel.
" Mais que tu es gourde, ma pauvre fille ! Un hôtel, un mariage, une position ! Voilà tout ce que te doit Laroche et les autres aussi. Ce con de Russkof et l'autre flicard.
- Elvire ! Je ne suis rien, tu sais. Je ne peux pas demander trop, imagine s'ils m'abandonnent et..."
Elvire se plaça droit devant Gabrielle, les mains sur les hanches, le regard noir.
" Tu es retournée chez Sarah Bernhardt ?
- Je n'ai pas eu le temps, je...
- Retournes-y ! Si une sculpture de toi est dévoilée à la Galerie d'Art, tu vas voir comme les hommes vont te tourner autour. Une nouvelle Apollonie Sabatier !
- Tu es adorable, Elvire."
Gabrielle se moquait de sa compagne, bien plus jeune qu'elle et bien plus ardente. Elvire s'énerva et appela ses gens en Hindi.
Jayan apparut, les bras couverts de gerbes de fleurs. Des domestiques enturbannés l'accompagnaient et bientôt le petit salon étroit de Mlle du Plessis devint un vrai temple indien. Des fleurs, de l'encens, des fruits exotiques dans des coupes de cristal...
" Je ne peux rien de plus pour toi, Gabrielle, annonça Elvire. Suis mes conseils et retournons chez Maxim's.
- A quoi bon, Elvire ?
- Il faut qu'on te voie. Demain, nous irons nous promener au Bois.
- Elvire, Elvire, Elvire.
- Si tu n'es pas mariée dans six mois, je veux bien me faire nonne.
- Dieu n'a pas mérité ça," s'écria Mathilde.
De fait, ce fut un nouveau dîner au Pré Catelan suivi d'une fin de soirée bien arrosée chez Maxim's. Elvire offrit des cocktails à toutes ses compagnes.
Enfin, plusieurs hommes s'invitèrent à leur table. Elvire sourit, amusée, en accueilla à ses côtés le célèbre André Laroche.
Ce dernier ne quitta pas des yeux la belle Gabrielle du Plessis, vêtue d'une robe magnifique et couverte de bijoux étincelants.
Elvire se pencha vers lui :
" Elle est belle, notre nouvelle reine, n'est-ce pas ?
- A damner un saint.
- Il est peut-être trop tard, monsieur Laroche. Vous deviez être trop occupé avec vos chevaux et vos voitures, non ?
- Certainement."
Mais le mot fut difficile à avaler.

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