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Claudio

Naëlle allait mieux, elle avait enfin quittée cet hopital famélique où Dieu, pour mon plus grand plaisir n'avait pas voulue d'elle, elle restait faible bien entendu, fragile mais bien vivante.

  • Occupez vous bien d'elle me dirent les infirmiéres en partant.

Oh que oui que j'allais m'en occuper, j'avais failli la perdre, je réalisais enfin que je tenais à elle plus qu'à tout. Il n'y avait pas que les filles qui avaient besoin d'une mére, son mari aussi avait faim de cette peau, de ce sourire, je réalisait combien j'avais été un con ces derniers temps, un con imbu de lui même, ne voyant que ces défauts à elle, occultant les miens, l'archétype du con quoi !

Elle devra finir sa rééducation dans un établissement spécialisé, il s'en était fallu de ça qu'elles soit handicapée, elle s'en tirera d'aprés le toubib par une légere claudiquation et encore, il n'en était même pas sur. Une Naëlle diminuée, handicapée, j'aurais accepté ça avec plaisir si ça avait été la seule façon d'avoir une Naëlle en vie, elle s'en sortira avec seulement une claudication, j'en aurais pleuré de bonheur.

Moi qui n'avait plus mis les pieds dans une église depuis ma comunion, je les fréquentait assidument depuis un certain temps, j'en étais persuadé, le vieux barbu avait entendu mes priéres. c'est drôle d'ailleurs, quand je ferme les yeux et que je pense à Dieu, je vois un vieux monsieur à Barbe blanche ressemblant comme deux gouttes d'eau à Victor Hugo. Alors oui, un Dieu en forme de Victor Hugo, le plus grand romancier français de tous les temps le pére des misérables, le locataire de Hauteville house, je dis banco.

Dieu

À travers ce qu'on sent confusément bruire,

C'est lui qui fait trembler, c'est lui qui fait reluire

L'oeil sous le cil baissé, l'eau sous la berge en fleurs ;

Le rayon de la lune au bas des monts paisibles

Et le vague reflet des choses invisibles

Au front incliné des rêveurs.*

Elle avait du voir la mort de prêt, on m'avait emmené voir la voiture au garage, enfin ce qu'il en restait, cette voiture, un monstre autrefois, un cargo qui devait peser deux tonnes et quelque pour cinq métres de long n'était plus qu'une carcasse informe ayant vaguement allure d'une voiture, c'était un miracle qu'elle ait survécu, il allait à Presque à deux cent kilométre heure, à cette vitesse là le moindre écart ne pardonne pas. L'expert en assurance présent sur les lieux me demanda avant de retourner vers les proches de ce pauvre Wegner agglutinés en grappe misérable si je comptais porter plainte, si la famille porterait plainte, si la victime portait plainte. Porter plainte ? mais contre qui grand Dieux, contre un mort ? Je lui répondit du mieux que je pus, c'est à dire je lui dit que je n'en savais rien, que je n'avais pas abordée ce sujet avec ma femme et que je ne connaissait pas ses descisions. Je m'en fichait en fait, j'avais ma femme, qu'aurais-je voulu d'autre, il y avait cinq morts dans cette histoire, il y aurait pu en avoir bien plus vu la vitesse des gens sur ce tronçon de route, l'autre véhicule, un monstre également, était une vieille Mercédes des années 90 qui devait se trainer à 150 ou 160 Km heure ses occupants étaient un jeune couple et leur enfant de huit ans, tous trois morts sur le coup, Wegner avec presque deux grammes d'alcool dans le sang était jugé responsable de tout, l'expert, comble du cynisme semblait dire qu'il avait de la chance d'être mort, comment mourir pouvait il être une chance.

Ne dites pas : mourir ; dites : naître. Croyez.
On voit ce que je vois et ce que vous voyez ;
On est l’homme mauvais que je suis, que vous êtes ;
On se rue aux plaisirs, aux tourbillons, aux fêtes ;
On tâche d’oublier le bas, la fin, l’écueil,
La sombre égalité du mal et du cercueil ;
Quoique le plus petit vaille le plus prospère ;
Car tous les hommes sont les fils du même père ;
Ils sont la même larme et sortent du même oeil.
On vit, usant ses jours à se remplir d’orgueil ;
On marche, on court, on rêve, on souffre, on penche, on tombe,
On monte. Quelle est donc cette aube ? C’est la tombe.
Où suis-je ? Dans la mort. Viens ! Un vent inconnu
Vous jette au seuil des cieux. On tremble ; on se voit nu,
Impur, hideux, noué des mille noeuds funèbres
De ses torts, de ses maux honteux, de ses ténèbres ;
Et soudain on entend quelqu’un dans l’infini
Qui chante, et par quelqu’un on sent qu’on est béni,
Sans voir la main d’où tombe à notre âme méchante
L’amour, et sans savoir quelle est la voix qui chante.
On arrive homme, deuil, glaçon, neige ; on se sent
Fondre et vivre ; et, d’extase et d’azur s’emplissant,
Tout notre être frémit de la défaite étrange
Du monstre qui devient dans la lumière un ange.
*

Je ne connaissait pas qu'elle sera la réaction de ma femme quand elle apprendra tout ça, ni si elle s'en remettra vraiment un jour, mais moi, cette histoire de plainte, pour récupérer un peu de sous, sûrement, je m'en fichait comme de l'an quarante, je pleurait pour ces pauvres gens mais je me réjouissait de pouvoir serrer ma femme dans mes bras trés bientôt. J'ai prié aussi pour eux, j'ai prié en fermant les yeux en voyant un Dieux miséricordieux Victor Hugo qui m'a dit de prendre bien soin de ma femme, qu'elle revenait de loin, qu'elle avait longtemps frolée les portes du paradis avant de renoncer à y rentrer.

Pourquoi avait elle voulue y entrer, pourquoi avait elle renoncée, étais-ce des questions que je devrais me poser ? Y aurait-il des réponses à tout celà... Ah non, Wegner est mort, je me refuse à detester un mort à le jalouser, de toute façon, sauf si je me monte un film de tout ça, elle a choisie de rester, donc elle nous a choisie.

Oh et puis Zut je dois cesser de me poser des questions qui n'ont ni queue ni tête, Naëlle est là en chair et en os, je me fout d'où elle serait allée se balader, d'où elle serait revenue, elle est là, demain elle sera à la maison, nous n'aurons qu'une descision à prendre soit un kiné viendra à la maison, soit c'est un centre de soins spécialisé qui s'occupera de sa rééducation.

C'est à ce moment précis... la dans cette piéce, devant se lit médicalisé, ces tuyaux, ces diodes allumées et ces écrans allumés qui faisaient penser au cockpit d'un vaisseau spacial, Naëlle était un chevalier Jedi, entre princesse Leïa et Rey Skywalker, elle allait bientôt se lever et pourfendre les ignobles méchants de son sabre laser

c'est à ce moment précis donc, pourquoi mon esprit s'en va t'il toujours au loin alors que les choses sont si simple, que je sentis mon amour déborder pour cette femme magnifique

C'est à ce moment précis que j'imaginais une nouvelle histoire, alors que le cycle Angélo venait de se terminer.

Elle venait de Kepler 442 B, son vaisseau s'était écrasé dans mon champs, elle en sortit sans une égratignure, elle était d'une beauté iréélle, divine presque. c'était ça, elle devait être dans son monde soit reine ou princesse soit déesse, et moi, j'étais sous le charme

* Dieu, Victor Hugo ( Derniére gerbe, posthume )

* Ce que c'est que la mort, Victor hugo, les contemplations

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