Première fois

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La bougie tremblait légèrement, comme si elle hésitait. Sa flamme dessinait des reflets dorés dans les yeux verts de Léo, rétrécis par le sourire qu’il peinait à retenir. Cyril observait ce visage qu’il connaissait depuis des années, celui qu’il avait appris à lire au collège, entre deux contrôles et des après-midis trop courts.

— Fais un vœu, souffla-t-il.

Léo inspira, les paupières closes, puis il souffla avec douceur. La flamme s’éteignit sans lutter, laissant un mince filet de fumée s’élever entre eux, comme un secret qui s’évapore enfin.

Ils restèrent là un moment, écoutant le silence. Il n’était pas vide. Les souvenirs des couloirs bruyants, des épaules qui se frôlent exprès, des messages écrits trop tard le soir.

Sans cérémonie, Cyril fit glisser une petite boîte sur la table.

Léo l’ouvrit lentement. À l’intérieur, une photo usée, pliée aux coins. Celle de deux adolescents trop grands pour leur âge, collés l’un à l’autre, riant sans savoir pourquoi. Les doigts de Léo effleurèrent le papier, puis s’arrêtèrent.

Quand il leva les yeux, Cyril l’observait, le regard déterminé.

Il s’approcha avec une précaution tendre, celle qu’on réserve aux choses précieuses. Il leva la main, s’arrêta à quelques centimètres du visage de Léo, lui laissant le temps de répondre. Léo pencha la tête. Un mouvement imperceptible, mais suffisant.

Leur premier baiser fut doux, hésitant, chargé de toutes les années d’attente. Les lèvres apprirent à se reconnaître, à se promettre sans parler. Les mains suivirent, timides puis plus assurées, comme si elles retrouvaient une place oubliée depuis longtemps.

La chambre baignait dans la lumière pâle des réverbères de la rue quand ils s’y retrouvèrent. Le monde semblait loin, contenu derrière la porte fermée. Chaque geste était lent, attentif, guidé par le souffle de l’autre. Cyril s’arrêta plus d’une fois, cherchant le regard de Léo, et chaque fois, un sourire, un frisson, un soupir lui répondait.

Ils se découvrirent comme on feuillette un livre aimé, sans vouloir arriver trop vite à la fin.

Quand tout s’apaisa, ils restèrent allongés côte à côte, les doigts entrelacés. Les cheveux roux de Léo captaient la lumière de la rue, les yeux bleus de Cyril ne le quittaient pas. Léo laissa échapper un rire silencieux, encore surpris.

Cyril pressa sa main un peu plus fort.

Dehors, la nuit continuait comme si rien n’avait changé. Mais entre eux, quelque chose s’était enfin posé, doux et évident, comme une évidence enfin libre.

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