Le roquet
A travers forêts, plaine et hameaux, je m’en retournais chez moi , heureuse et en paix avec la récolte de la journée.
Fleurs , aromatiques et terreau fleuraient bon dans ma voiture. Dans un babillage que l’on aurait pu apparenter à une douce musique, les enfants parlaient.
L’un s’extasiait sur les animaux broutant dans les prés, l’autre refaisait le monde . Eprit d’idéalisme dû à son âge, mais toutefois beaucoup moins naïf que moi.
Bref, il était beau cet après-midi de mai. Ma voiture alla se parquer gentiment sous l’arbre, à la place que je m’était désignée : c’était la seule qui était orpheline.
Le coeur léger, ce qui n’était pas aisé compte-tenu de la situation chaotique dans laquelle j’étais. Mais ce n’était pas le sujet.
Armée de ma mentalité “Pardonnons à ceux qui nous ont offensé...” “Tendons l’autre joue”... Et bla, bla, bla. Je débutais le déchargement de mon véhicule épaulée de mes enfants.
Quand, soudain, je le vis, cet animal saugrenu qui m’avait déjà aboyé dessus. Qu’à cela ne tienne... dans mon idéalisme à moi, je pouvais tout de même le flatter avec un ton mielleux mais sincère (je n'étais jamais hypocrite...)
Mais bon, le fonds d’un animal reste le fonds d’un animal. Et, le voilà qui commence à montrer les crocs... Hum...
Quelques jours auparavant, il avait quémandé à la porte de mon foyer, nourriture et attention que je lui avais donné..; Hum (bis) , il semblait avoir oublié.
Il montre les crocs, l’animal, me laissant fortement interloquée dans une incompréhension totale. J’étudie son poil hirsute et sa posture pour comprendre que la bête avait du être agacée par sa journée car, tout en aboyant des aboiements qui n’en étaient finalement pas, il chercha à disparaître de ma vue .
Echappant à un échange qui aurait réellement pu être intéressant , surtout pour lui; il continua sa liturgie puis s’enfuit en courant tout en emmenant son courage.
Il avait laissé là, penaud et contrit , son compagnon qui attendi quelques minutes avant de le rejoindre les oreilles basses...
Plus abasourdie que sonnée, je ramassais ce qui devait apporter quiétude et sérénité à mon foyer.
Et, après avoir monter une floppée d'escalier, j'ouvris ma terrasse.
Tout en mettant les mains dans la terre, jonglant avec les battements de mon cœur, j'attrapais une des délicates fleurs que nous avions choisies.
Mes pensées me rattrapant, je songeais:
Il n'y a qu'une seule espèce qui viendra vous saisir à la jugulaire et vous mettre à terre, cela n'aura rien avoir avec l'instinct mais au plaisir de nuire.
Bien que censée être douée d'une intelligence exceptionnelle au regard des autres espèces, ce sera la seule à avoir un ego démesuré.
Se délectant de cela, elle aura comme principal centre d'intérêt de se prêter au jugement forte de son omniscience.
Je plantais ma petite fleur gracile.
J'en détachait les racines et la mettait en terre avec amour.
J'avais prévenu le roquet que de nous deux, c'était moi qui avait les crocs les plus acérés

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