Flux de pensées
de
Mathilde A. Segaire-Wise
J'ai fait un rêve. Rien d'absurde, rien d'effrayant. Un rêve d'une douceur extrême. Un monde où tout était possible. Un monde où, plutôt que de demander "pourquoi toi?", on demandait "pourquoi pas?". Les différences n'étaient pas des obstacles à contourner, mais des chemins à explorer. Là où, ailleurs, on aurait vu une faiblesse, ici, chacun avait fait le choix d'y voir une direction.
Dans ce monde, personne ne cherchait à entrer dans un moule. On n'y mesurait pas les individus à l'aide de critères inflexibles, mais à la richesse de ce qu'ils portaient déjà en eux. C'était un monde où les singularités n'étaient pas tolérées. Elles étaient attendues. Les voix hésitantes n'étaient plus couvertes par les plus fortes. Elles avaient leur propre espace, leur propre tempo, et l'on découvrait qu'elles savaient dire l'essentiel sans jamais le brusquer. Ceux qui doutaient n'étaient plus freinés : leur regard nuancé révélait les chemins invisibles aux certitudes trop rapides. Leur prudence n'était pas une faiblesse, mais une boussole.
Je me souviens d'un homme que l'on aurait qualifié, ailleurs, de lent. Ici, il bâtissait avec une patience infinie. Chaque geste était précis, chaque détail pensé. Ce qu'il créait était fait pour durer. Plus loin, une femme, que le monde réel aurait jugée trop émotive, transformait ce trop plein en une force rare : elle comprenait, ressentait, et surtout... reliait. Elle voyait ce que les autres ne prenaient même pas le temps de regarder.
L'échec avait changé de visage. Il n'était plus une chute, mais une opportunité. On ne disait plus "j'ai raté", mais "j'ai appris où ne pas aller". Et ce simple glissement de mots semblait tout transformer. Personne ne restait figé au bord de ses tentatives. On avançait, on ajustait, on recommençait. Sans pression, sans jugement. Chaque pas, même maladroit, participait à quelque chose de plus grand : une compréhension de soi, patiente et honnête. La peur de se tromper n'existait plus. Il restait seulement la curiosité se découvrir.
Je marchais au milieu de ce monde avec une sensation étrange, presque troublante. Rien n'y était plus facile qu'ailleurs... et pourtant, tout semblait plus fluide. Comme si les résistances que je connaissais n'avaient jamais vraiment appartenu aux choses, mais à la manière dont on les regardait.
Alors, j'ai commencé à chercher ce qui faisait la différence. Ce n'était pas le talent. Encore moins la chance. Ni même les circonstances. C'était une décision. Discrète, mais constante : celle de ne rien rejeter de soi. Ici, personne ne passait son temps à corriger ce qu'il était. On apprenait à composer avec. Mieux encore : on apprenait à utiliser son potentiel. A aimer la personne qu'on était. Les peurs devenaient des signaux. Les doutes devenaient des questions utiles. Les limites devenaient des cadres à partir desquels inventer autrement.
Je me suis arrêtée. Parce que, pour la première fois, ce monde ne me semblait plus lointain. Je m'y reconnaissais. Ou plutôt... je reconnaissais tout ce que j'avais toujours essayé de cacher, de lisser, de faire taire. Comme si, depuis le début, je possédais déjà les mêmes matières que celles qui rendaient ce monde possible, mais que j'avais refusé de les utiliser.
Je me suis vue hésiter, reculer parfois, remettre à plus tard souvent. Et, au lieu de me juger, comme je l'aurais fait avant, j'ai essayé de regarder autrement. Mes hésitations n'étaient peut-être plus des failles, mais des espaces de réflexion. Mes détours, pas des pertes de temps, mais des explorations nécessaires. Même mes peurs... elles ne m'empêchaient pas d'avancer. Elles me montraient simplement où cela comptait vraiment.
Alors j'ai compris. Ce monde n'était pas un idéal inaccessible. Il n'exigeait ni perfection, ni transformation radicale. Seulement un basculement. Une manière différente d'habiter ce que l'on est déjà.
Le rêve à commencé à s'effacer doucement, comme une lumière qui se retire sans brusquer. Puis, j'ai ouvert les yeux, et je me suis rendue compte que la seule chose qui me séparait de ce rêve, c'était moi.
Table des matières
Commentaires & Discussions
| J'ai fait un rêve... | Chapitre | 2 messages | 2 semaines |
Des milliers d'œuvres vous attendent.
Sur l'Atelier des auteurs, dénichez des pépites littéraires et aidez leurs auteurs à les améliorer grâce à vos commentaires.
En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.
Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion
