88. Dancing Queen

9 minutes de lecture

Sarah

— Non mais, sérieux, c’est quoi cette robe de bonne-sœur, Sarah ?

Becca la balance sur le lit et replonge le nez dans ma valise. Elle est très bien, cette robe, je ne comprends pas.

— Attends, tu comptes vraiment sortir avec ces trucs ? T’as prévu de te faire nonne ou quoi ? Comment tu penses tirer ton coup avec des horreurs pareilles ? On dirait les robes de ta mère ! continue-t-elle.

— Wow, on se calme un peu, là. T’as un problème avec ma mère ?

— Mais non, mais… Enfin, Sarah !

Je regarde la robe qu’elle lève sous mon nez. Oui, elle est longue, et alors ? Liam l’adore, lui.

— Elle est fendue sur la cuisse, regarde !

— Mouais. L’avantage c’est que tu ne me feras pas de concurrence, en fait, pouffe-t-elle. Vas-y, enfile ton drap, ça me va. Moi, je vais opter pour ma petite jupe rouge.

Ouais, on ne joue absolument pas dans le même tableau, elle et moi. Effectivement, je n’ai aucune envie de lui faire de la concurrence. Disons que je n’ai pas envie de faire douter Liam. D’un autre côté, une petite partie de moi essaie de me convaincre que se faire draguer ne fera pas de mal. Après tout, dans un peu moins de deux mois, je redeviendrai célibataire, non ? Il n’y a pas de mal à avoir un avant-goût de ce qui m’attend ?

Becca revient dans ma chambre quelques minutes plus tard, affublée de sa jupe moulante et vraiment courte. Autant dire que si elle se penche, tout le monde saura de quelle couleur est sa culotte. Si culotte il y a. Elle a enfilé un chemisier blanc transparent sur son soutien-gorge rouge, lui aussi, et l’a noué sur son ventre. Il est évident que ma petite robe longue, boutonnée devant, est bien sage comparée à sa tenue, même si elle est plutôt cintrée et décolletée vu le nombre de boutons que j’ai laissés ouverts. Je l’attire devant le miroir et nous prends en photo pour l’envoyer à Liam. Des fois, je me demande vraiment ce qu’il fiche avec moi. Entre Becca et moi, le choix devrait vite être fait… J’ai l’air d’une coincée sur le cliché, si bien que j’en fais une autre, seule, où je joue avec le tissu pour découvrir ma cuisse. J’ai l’air un peu moins… Non, on dirait une petite coincée qui la joue séductrice. Je déteste les photos.

Dans l’ascenseur, la psyché me fait sourire. Non pas pour mon allure, mais au souvenir du plaisir qu’a pris Liam à caresser ma cuisse nue dans la voiture alors que je conduisais, mais surtout au traitement que j’ai reçu lorsqu’il m’a enlevé cette robe. Il a défait les boutons un à un avec une lenteur insupportable, couvrant ma peau de baisers sur son passage, en me disant qu’il adorait ouvrir de si jolis cadeaux. Faut croire qu’il aime les coincées, mon basketteur.

— On est jolies, quand même. Tu sais, Sarah, tu devrais avoir davantage confiance en toi. Tu es superbe, arrête de te planquer derrière tes fringues sages. Tu as vu comment les mecs te regardaient à la plage ?

Oui, j’ai vu, et ça m’a gênée par rapport à Liam. Vraiment. Je déteste quand les filles, à la fac ont ce genre de regards sur lui. La jalousie me ronge et j’ai envie de leur dire que c’est chasse gardée, qu’elles n’ont pas intérêt à l’approcher sous peine de finir aveugles, au mieux.

— Je ne me planque pas derrière mes fringues, Becca, dis-je alors que nous sortons de l’hôtel pour rejoindre la boîte de nuit où nous avons l’habitude d’aller. Je ne suis pas trop fan des regards insistants, c’est tout.

— Tu sais que Liam te mate comme pas possible ?

Mon premier réflexe est de m’arrêter au beau milieu du trottoir, mais je me contrôle et n’en fais rien. Au lieu de quoi, j’éclate de rire et glisse mon bras sous le sien. Je devrais envisager une carrière d’actrice, peut-être.

— Liam ? Mais non…

— Si, si. Il te regarde avec autant d’envie qu’il mate mes seins, Bichette, glousse-t-elle. Je ne sais pas comment tu fais pour résister à l’envie de lui sauter dessus. Il est tellement beau, tellement… Ah là là, rien que d’y penser, je suis toute excitée.

Je ne résiste pas, Becca. Impossible, tu as raison.

— On vit ensemble, nos parents vont se marier, Bec. Ma mère nous rappelle tous les jours combien nous sommes une jolie famille, ris-je nerveusement.

— Oh avec Liam, c’est juste pour une nuit de toute façon, tu devrais en profiter, ma Poulette ! Moi, j’espère bien qu’il finira par craquer avec moi, mais là, ce soir, je vais essayer d’en trouver un bien membré, j’en ai besoin pour qu’il soit à la hauteur d’Abdul !

Juste pour une nuit, oui… Renouvelée depuis plus de quatre mois. Si elle savait. Pour le moment, j’espère surtout qu’elle va se trouver un remplaçant rapidement et ne plus se préoccuper de moi, pour que je puisse rentrer me coucher en solo tranquillement.

Malheureusement, Becca est plutôt sage, pour le moment. Elle se contente de regarder la marchandise de loin tandis que nous dégustons notre cocktail. Un petit groupe de mecs l’a assurément remarquée et deux nouveaux verres atterrissent sur notre table alors que nous n’avons même pas terminé les premiers.

— Alors, lequel t’a tapé dans l'œil, lui demandé-je alors qu’elle lève son cocktail dans leur direction pour les remercier. Enfin, lequel ou… Lesquels ?

— Oh, ne me dis pas que tu es comme moi ? me demande-t-elle, toute excitée. Toi aussi tu rêves d’un plan à trois ? Parce que le grand blond là-bas et son pote plus petit et musclé, je me les ferais bien ce soir. Tu viens avec moi et on partage au pire ?

— Je t’adore, Bec, mais je ne compte pas partager un mec avec toi, non, pouffé-je. Fais-toi plaisir, Bichette.

— Mais non, viens avec moi, répond-elle en m’entraînant à sa suite, je ne vais pas y aller toute seule, ça fait trop aguicheuse. On va leur parler et tu verras, je suis sûre que le grand blond va te plaire, il n’arrête pas de te mater malgré ta robe trop sage !

Je vais surtout finir en mode tee-shirt mouillé, si elle continue à me balader comme ça, mon verre à la main. En moins de temps qu’il n’en faut pour dire “ouf”, nous nous retrouvons devant le petit groupe, et Becca se glisse entre ses deux cibles, tout sourire, m’attirant au passage à côté du blond.

— Salut les gars, minaude-t-elle. Qui devons-nous remercier pour les verres ? Moi, c’est Becca, et je vous présente Sarah.

— Salut Becca, moi c’est Rob, dit le petit musclé. J’ai bien fait de vous acheter à boire, on dirait, mais c’est Nils, là, qui voulait que ta copine se ramène.

Le Grand Blond rougit et n’ose pas me regarder alors que son pote a déjà posé ses mains sur les fesses de mon amie qui se laisse faire en souriant. Mon premier instinct est de lui dire que je ne suis pas célibataire, mais je me garde bien de le faire. En revanche, il a plutôt intérêt à être moins entreprenant que son pote, sinon c’est clair que ça ne va pas le faire.

— Eh bien, merci pour le verre, et enchantée…

— Je suis désolé de la manière de votre invitation, me dit Nils alors que les autres se sont un peu éloignés. Ce n’est pas dans mes habitudes, mais Rob m’a dit que ça marcherait. Et qu’il avait envie de se faire ton amie. Moi, ça me va de juste discuter pour le moment. Enfin, tu es très belle, hein ? Mais, je peux me retenir… Enfin, tu vois quoi, bafouille-t-il, clairement intimidé par ma présence.

Becca est déjà en train d’embrasser ce Rob dont les mains caressent sans attendre le corps en feu de mon amie. Je me demande combien de temps il va leur falloir pour aller se retrouver dans notre suite à l’hôtel.

— Parfait, parce que Becca et moi, on est le jour et la nuit, ris-je. Enfin, j’étais déjà prête à t’en mettre une si tu faisais comme ton pote, et honnêtement, je ne cherche pas… Enfin, disons que mon objectif premier n’est pas de trouver un mec et de coucher.

J’aurais très bien pu lui dire clairement que je ne cherchais personne, et pourtant je n’en fais rien. Je ne sais pas pourquoi, et je suis sûre que Liam désaprouverait, mais Nils a l’air sympa, alors autant passer une bonne soirée avec lui plutôt que de tenir la chandelle, non ?

— On va danser ? Ça me ferait vraiment plaisir qu’une jolie femme comme toi soit ma partenaire ce soir, demande-t-il timidement.

J’acquiesce et le devance pour rejoindre la piste de danse, où je constate que Becca semble vraiment s’éclater avec son camarade de jeu du soir. On est sur du léchage d’amygdales et un déhanché de folie en corps à corps, j’en serais presque mal à l’aise. Nils semble plus sage et j’avoue que ça ne me déplaît pas. Nous dansons sur cette musique rythmée et les suivantes sans trop de contacts physiques, même s’il lui arrive d’attraper ma main pour me faire tourner ou de la poser sur ma hanche pour éviter que d’autres mecs ne prennent sa place. Le premier vrai moment de rapprochement arrive lorsqu’il se colle dans mon dos sur un morceau plus sensuel. Ses mains se posent sur mes hanches et il me fait onduler en rythme avec lui. Je sens son souffle sur mon épaule et j’avoue que c’est agréable. Mais…

Mais ce n’est pas Liam. Ce n’est pas son odeur, pas ses mains qui m’attirent contre lui avec douceur mais fermeté, pas son torse que je sens contre mon dos, et pas mon cœur qui vrille en me sentant aimée. Alors je danse, et j’attends que ça passe. C’est horrible pour Nils, vraiment, mais c’est une réalité.

— On va boire un verre ? lui demandé-je finalement en souriant. Tu m’as trop fait danser, j’ai soif.

— Oui, pas de soucis, je te l’offre. On va le prendre dans ma chambre, si tu veux ? se lance-t-il en posant sa main sur la mienne, hésitant mais décidé à ne pas avoir de regrets, je dirais.

Je l’observe quelques secondes avant de lui lancer un regard désolé qu’il comprend immédiatement. Je pose mes lèvres sur sa joue et constate sa déception, mais il reste correct et acquiesce poliment.

— Je suis désolée, Nils. C’était… Très agréable, vraiment, et j’ai passé un bon moment en ta compagnie. Mais…

— Mais on se reverra demain, c’est ça ? demande-t-il avec un sourire, bon perdant.

— Peut-être, si c’est le destin. Qui sait ?

— Je crois que ton amie va vouloir revoir Rob vu qu’ils sont partis ensemble il y a déjà trente minutes, ça devrait aider le destin, non ? En tous cas, merci pour ces danses. Tu es une fille trop belle.

— T’es pas mal non plus, souris-je en lissant son tee-shirt. Merci pour cette soirée. Je vais rentrer me coucher et prier pour que tous les deux ne soient pas trop bruyants.

— Je suis dans la suite 4354 s’ils t’empêchent de dormir, n’hésite pas, ose-t-il me dire avant de me faire un baiser sur le front et de me laisser partir en parfait gentleman.

Eh bien… Voilà une sacrée soirée. Si j’avais su que, dès notre première sortie en boîte, j’aurais la possibilité de m’amuser, j’aurais prétexté une migraine pour rester à l’hôtel. Entendons-nous bien, j’ai passé un bon moment, mais j’ai déjà l’impression d’avoir trahi Liam et je n’ai que lui en tête. Tout est plus fade quand il ne s’agit pas de mon basketteur. Tout est plus ennuyeux quand ce n’est pas mon Capitaine qui me le fait vivre. Et j’ai beau être contente de passer ces petites vacances avec Becca, j’ai vraiment hâte de le retrouver. J’ai l’impression de perdre du temps lorsque je suis loin de lui. Ce temps qui nous est compté...

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