29. Tourner la page ?

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Liam

Je ressors de l’arrière boutique du Unicorn Café avec trois cartons de paquets de café dans les bras. Je profite qu’il y ait un peu moins de monde dans la salle pour refaire les stocks et alimenter nos machines. Quand on doit faire ça pendant le rush du service, c’est mortel. Janet est en train de nettoyer des verres derrière le comptoir et elle me fait signe de venir la voir.

— Oui, Janet ? Tu as besoin d’un coup de main ? lui demandé-je en déposant les cartons sur le petit meuble à côté de l’évier.

— Il y a quelqu’un qui attend que tu viennes la servir, Liam. Elle n’a pas voulu que je m’occupe d’elle. Ta nouvelle conquête, peut-être ?

Tout de suite, je me demande pourquoi Sarah est venue ici alors qu’on peut maintenant se voir tous les soirs à la maison. Je tourne le regard vers le coin de la pièce que m’indique Janet et suis surpris de voir que Becca est installée et qu’elle ne me quitte pas des yeux. Elle m’adresse un grand sourire auquel je réponds plus sobrement.

— C’est juste une amie, Janet, je vais aller voir ce qu’elle veut. Je te laisse faire l’approvisionnement des machines ?

— Oui, oui, vas-y. Je m’occupe de tout ici, répond-elle dans un sourire.

Je fais donc le tour du comptoir et vais voir l’amie de Sarah. Encore une fois, elle est habillée pour chasser le mâle, je dirais. Elle a un petit haut noir transparent derrière lequel apparait clairement son soutien-gorge qui est soit une taille trop petit, soit vraiment push-up, parce qu’on a l’impression qu’elle a une poitrine énorme. Elle a croisé ses jambes à côté de la table, ce qui révèle ses bas, noirs aussi, qui contrastent avec son petit tailleur rouge.

— Bonjour Becca, tu veux que je te ramène quelque chose ?

— Salut, beau basketteur ! Tu vas bien ? La forme ? Qu’est-ce que tu es beau encore aujourd’hui, minaude-t-elle.

— Merci Blondie. Tu n’es pas mal non plus, j’avoue. Tout va bien pour moi, tu vois, la soirée est plutôt calme et j’ai bientôt fini le service. Tu ne prends pas un café ? Je crois que tu les aimes noirs et bien serrés, non ?

— Si, je vais prendre un café, mais avec du lait, s’il te plaît. C’est Sarah qui les prend toujours noirs. Enfin, juste les cafés, pouffe-t-elle.

— J’arrive tout de suite, Becca.

Je passe au bar et lui prépare sa boisson. J’ajoute un petit brownie que je paie sur mon compte et je reviens m’installer près d’elle, un œil sur la porte au cas où du monde arriverait pour donner un coup de main à Janet, le cas échéant.

— Tiens, voila pour toi. Je t’offre un petit brownie, je suis sûr que tu aimes bien.

— Oh merci, c’est trop mignon ! Tu veux un bon pourboire, c’est ça ? Ou mon numéro, peut-être ? sourit Rebecca en me faisant un clin d'œil.

— Qui sait ? Je l’ai peut-être déjà ton numéro, Blondie. Tu es seule ce soir ? Où sont Sarah et Evan ?

Je me demande si son amie l’a mise au courant de mon déménagement chez elle ou si elle n’en a aucune idée. Et si elle ne sait pas, est-ce à moi de l’informer ?

— Evan devait passer voir sa grand-mère, et Sarah avait un babysitting je crois, j’ai pas bien compris. Tu m’expliques pourquoi je n’ai reçu aucun message de toi encore, beau gosse ?

— J’attendais peut-être que tu fasses le premier pas ? Ou alors, c’est parce que j’ai été bien occupé. J’ai déménagé le weekend dernier, et avec les cours, le travail, j’ai été un peu débordé. Et puis, je pensais qu’Abdul allait te contacter. Tu vois, je respecte aussi mes potes.

— Il est gentil, Abdul, mais je ne suis pas intéressée, moi. Pas par lui, et tu le sais très bien, dit-elle en se penchant sur la table, faisant ressortir sa poitrine.

— Il me semblait bien avoir compris, répliqué-je en matant le décolleté bien plongeant. Il faudra qu’on s’organise un petit rencard alors. Juste toi et moi, tu vois ?

— Où tu veux, quand tu veux, Liam. Aucun problème pour moi, je suis libre comme l’air !

— Je vois pour m’organiser alors. Je dois encore m’adapter à ma nouvelle maison, mais je te tiens au courant, Becca. Je pense qu’on va pouvoir en profiter.

— J’ai hâte de voir ça. Tu n’imagines même pas à quel point. Rien que de savoir qu’on va enfin passer un moment à deux, je suis toute chose. On pourrait même se retrouver derrière le café que je serais prête, là, tout de suite, si tu vois ce que je veux dire, murmure-t-elle suavement alors que je sens son pied remonter le long de ma jambe sous la table.

J’imagine très bien la scène et cela m’excite énormément, je suis presque prêt à me laisser tenter, mais l’image de Sarah vient s’interposer entre son amie et moi, et je retrouve un peu de lucidité.

— Aussi tentant que ce soit, je vais être raisonnable et décliner cette alléchante proposition, jolie blonde, dis-je en saisissant son pied nu entre mes mains et en le caressant. Je pense que ce genre de choses mérite plus d’attention qu’une cour de café, entre deux poubelles.

— Très bien, comme tu le sens, mais ne traîne pas trop, beau gosse, tu m’as déjà beaucoup fait attendre, tu sais.

— Je te promets que tu ne regretteras pas l’attente, Blondie. Allez, je te laisse, je vais finir mon service.

— Bon courage, Liam. A très vite alors. Et… Si tu changes d’avis pour ce soir, fais-moi signe !

— Je n’ai pas le temps, vraiment… Mais ce n’est que partie remise !

Je retourne derrière le comptoir pour aider Janet à préparer la fermeture du café. Becca ne tarde pas à sortir et je ne peux m’empêcher de la mater quand elle passe devant le comptoir, un sourire aux lèvres. Elle m’envoie un petit baiser de la main puis sort en faisant virevolter sa petite jupe. Ma collègue me fait un sourire de connivence et nous terminons de tout nettoyer avant que je ne rentre chez moi. Enfin, c’est un bien grand mot, ça. Je rentre là où une chambre m’attend.

Quand je pénètre dans la maison, je salue mon père et Vic qui sont dans le salon en train de regarder une émission de téléréalité puis monte dans ma chambre où je dépose mes affaires. Je regarde l’heure et constate qu’il va être temps de dire bonne nuit à ma sœur et je me rends donc dans sa chambre pour lui souhaiter. La porte est ouverte et je constate que Sarah est déjà là, assise sur le lit, Judith entre ses bras, un livre ouvert devant elles. Ma petite sœur a l’air subjuguée par ce que lui raconte Sarah.

— Toc, toc, je peux écouter, moi aussi ?

— Liam ! crie Jude. Ouiii, viens ! Sarah a besoin d’une grosse voix pour faire les ours !

— Ah, si c’est pour faire la grosse voix, je suis là.

Je m’installe à côté de Sarah et penche la tête pour pouvoir lire l’histoire. A chaque grognement que je pousse, Jude éclate de rire et l’histoire passe trop vite à mon goût. Nous lui souhaitons tous les deux bonne nuit avant d’éteindre la lumière et de la laisser dans sa belle chambre de princesse.

— Merci, Sarah. C’est gentil de t’occuper d’elle comme ça. Elle a l’air tellement heureuse.

— Faut bien qu’un l’un de nous trois soit heureux de la folie de nos parents, soupire-t-elle. Au moins, elle n’est pas choquée par la scène sur laquelle nous sommes tombées en rentrant. Genre… Ton père, imbriqué dans ma mère, dans le salon… Tu vois ?

— Ah oui ? Ils sont sans gêne, eux ! Mais bon, ça montre au moins qu’ils s’aiment, non ? C’est déjà bon signe. Et puis, nous aussi, on finira par s’habituer à cette situation, je pense. Tu n’es pas contente d’avoir plus de monde à la maison ?

— Ah bon, y a besoin de s’aimer pour baiser ? C’est nouveau, ça, d’où ça te vient ?

— Touché, dis-je avec bonne humeur, insensible à son énervement, un sourire aux lèvres en repensant à ma rencontre avec Becca. J’essaie de voir les côtés positifs, tu vois ? Tu devrais faire pareil, sinon les prochains mois vont être compliqués.

— Donc ça ne te dérange pas, toi, qu’ils soient en train de baiser pendant que tu bosses et que moi je gère ta sœur ? On s’en va où, là ? On joue au Papa et à la Maman, c’est ça ? Non merci, moi ça ne me branche pas.

— C’est aussi un peu ta sœur, maintenant, non ? Et si tu n’es pas disponible pour t’en occuper, il suffit de leur dire. Parce que non, ça ne me dérange pas qu’ils baisent, comme tu dis. Ils ont le droit de profiter un peu de la vie, non ? Il faut qu’on s’organise, mais on va réussir à vivre ensemble, je pense. Il y a juste un petit temps d’adaptation. Et merci d’être là pour Jude. Je ne l’ai pas vue si heureuse depuis des mois !

— Ah ouais ? Parce que tu arrives à lui dire non, à ta sœur ? Va falloir que tu me dises comment tu fais. J’ai du mal à comprendre comme tu peux accepter ça aussi facilement. On n’a pas signé pour ça, nous et… Merde, ils chamboulent toute notre vie, ils ne se rendent même pas compte à quel point. Ou ils s’en foutent, ça ne les empêche pas de baiser, eux au moins.

— Parce que ça t’empêche de baiser, toi ? Tu avais un rendez-vous galant ce soir que tu as dû annuler ? Le Prof de Piano t’a attendue en vain ? Le pauvre… En tous cas, pour ma sœur, je vais en rediscuter avec Daddy. Il faut qu’il assume un peu son rôle de père, quand même.

— Je parlais de nous deux, mais j’ai oublié l’espace d’un instant que je n’étais qu’une chatte parmi tant d’autres pour toi, désolée, gronde Sarah avant de tourner les talons pour aller dans la salle de bain.

Elle n’a pas tort sur le fait que ça nous empêche de baiser, tous les deux. On ne couche pas avec sa sœur, c’est sûr, et maintenant que c’est devenu interdit, je me rends compte que ça ne m’aurait pas déplu de m’investir plus avec elle. Mais là, ce n’est plus possible et je suis content que ça ne soit pas arrivé plus tard dans notre relation, à un moment où on aurait été plus investis émotionnellement. Là, au moins, on peut essayer de s’oublier un peu, de penser à une relation avec un ou une autre partenaire. Et Becca pourrait être un excellent remède à cet état de fait. Il faudra juste que j’arrive à contrer cette pointe de jalousie que je ressens dès que mon cerveau imagine Sarah avec un autre mec, parce que c’est vrai que l’imaginer dans les bras d’un autre, ça a le don de m’énerver et de me donner la haine. C’est fou de continuer à ressentir des trucs comme ça. Il va vraiment falloir que je me soigne avec Blondie ou une autre !

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