1 - 1 - Phrase

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Les maestros demeurèrent figés un instant qui leur fut fatal. Il surgit de l’ombre de Kelas : le vieillard enfonça une lame d’ombre dans le dos du jeune tutellé, qui s’effondra dans la neige en convulsant.

Ezia voulut réagir, mais le désigné avait déjà disparu dans une autre ombre — cette fois-ci, il réapparut derrière Lymfan.

Il se saisit de la jeune fille et brandit une dague de ténèbres contre sa gorge. Lymfan gémit de douleur, et la maestria se figea.

  • Ne bouge plus. Si tu ne me lis pas la dernière phrase écrite sur ce mur, je la tue.
  • … Vous avez bien changé, mon oncle… Vous cacher derrière une petite fille… N’aurait-il pas été plus sage de prendre Kélas pour otage ?... C’était un noble, lui…
  • Je n’ai pas oublié la discorde qui règne entre les branches de notre clan, petite… Kelas n’était pas un argument suffisant pour te faire plier. Je suis sûr que tu es ravie d’en être débarrassée…
  • Cessez donc cette mascarade, et venez-en au fait. Pourquoi voulez-vous lire ce fragment ? Et, depuis quand avez-vous été marqué ?...
  • Ça n’a pas d’importance. Lis-moi le passage !
  • Si vous acceptez de répondre à mes questions, je vous épargnerais l’écartèlement. Votre mort sera douce et sans effusion, dans l’intimité du palais gelé. Mais vous avez le devoir de rendre compte de ce qui s’est passé dans le Grand Sud…
  • Je ne plaisante pas, je vais vraiment le faire.
  • Tuez-la donc, dit simplement Ezia. Je ne vous lirais pas les passages. Vous ne partirez pas d’ici vivant, Octaf. Les auditeurs ont probablement déjà alerté d’autres apôtres, et vous ne nous échapperez pas. Rendez-vous, et suivez-moi jusqu’en Imbrie…

Elle ne pensait pas que son oncle avait l’intention de mettre sa menace à exécution. Son bluff ne prit pas : Octaf était bel et bien résolu. Il ouvrit la gorge de la petite d’une fine incision, et elle tomba sur le sol. Aussitôt, le sang teinta la neige, et les ruines résonnèrent des échos horribles des déglutitions de la petite fille. Pendant un instant, Ezia conserva une sorte d’assurance très visiblement feinte face aux horribles soubresauts de la fillette. Puis, le visage de la jeune maestria changea tout à coup : traversée par un sentiment d’urgence, elle voulut se précipiter vers la gamine agonisante, mais des colonnes d’ombres se dressèrent entre elle et Lymfan.

  • Lis-moi…
  • D’accord, d’accord ! La dernière phrase, c’est, « Pour éprouver la brise, tu ne l’attendras plus. »
  • … Quoi?
  • C’est la dernière phrase! Laisse-moi la guérir, Octaf! Elle va mourir!

Le vieillard semblait trop choqué pour écouter ce qu’elle avait dit. La phrase l’avait plongé dans un état d’horreur indescriptible, et son visage était tout entier parcouru par la déception qu’avait provoqué cette maigre révélation. Puis, Ezia l’entendit murmurer: “... ça pour ça?...” avant qu’il ne disparaisse à nouveau dans une ombre, pour de bon cette fois. Les colonnes qui entouraient Lymfan se dissipèrent, et la maestria se jeta sur la petite fille qui ne bougeait déjà plus.

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