Le Banc du Parc
Je me sentais tout gluant. A trop tourner autour du pot, elle avait fini par me pousser dedans.
J’ai voulu faire comme si de rien n’était, mais même mon calme sonnait faux. Ce soir-là, j’ai compris que j’allais prendre.
Cette soirée la elle ne macha pas ses mots.
Elle avais la langue légère et tranchante.
Elle n’a pas fait de scène. Elle a juste marché, et j’ai suivi, comme si mes pas savaient déjà où l’on se dirigeait.
Elle m’avait amené sur le banc du parc pour me dire ses 1000 vérités.
Elle a posé ses mots comme on pose des preuves sur une table. Et moi, j’étais là, assis, sans défense, à attendre le verdict.
Tu es un homme sans couilles Rêveur.
Même pas capable de dire a une femme que tu l’aimes.
Tu a laissé passer ta chance.
Rêveur.
Pragmatique m’a déclaré sa flemme.
Je n’avais pas été surpris par cela. Elle était certes de classe noble, mais elle avait toujours eu le comportement d’une ouvrière. Ses mots, sortant de sa bouche, ne m’avaient pas surpris.
Elle avait passé toute la soirée à me faire comprendre qu’entre elle et moi, ça ne marcherait pas.
Même si j’avais arrêté de rêver et que je commençais à agir.
Même si j’avais décidé de me transformer en homme.
Même si j’avais appris à parler au lieu de me taire…
Même si je devenais plus réaliste, plus concret, plus PRAGMATIQUE…
Elle en avait lourd sur le cœur pour quelqu’un qui disait ne plus rien ressentir pour moi.
Réussite ne m’avait pas dit ça pour me blesser.
Elle avait toujours eu du mal avec l’euphémisme.
Elle avait toujours eu du mal à enjoliver.
Elle faisait partie de ces personnes directes qui disent ce qu’elles pensent, même quand ça pouvait blesser.
Elle n’avait pas dit ça pour me faire mal, mais pour être claire.
Pour que ce soit clair avec moi.
Réussite n’était pas du genre à laisser espérer les autres.
Et je m’étais dit une chose :
si elle avait laissé une chance à PRAGMATIQUE, c’est qu’il en valait le coup.
Parce que Réussite ne croyait en personne.
Réussite ne croyait qu’en elle-même.
Réussite n’avait confiance en personne.
Réussite ne donnait pas sa chance à un homme.
Même à une femme, d’ailleurs.
Je me sentais triste et heureux.
J’étais triste parce qu’elle me fermait la porte, mais heureux parce qu’elle était capable de l’ouvrir à quelqu’un.
Je me sentais contradictoire, comme un sourire forcé.
Comme un péché mignon… comme une fille de joie qui passerait son temps à pleurer…
Vous l’aurez compris, je ne suis pas bon pour les exemples, mais je me sentais bizarre.

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