Chapitre 3

14 minutes de lecture

Chris mena Keira jusqu'à une petite Citroën bien entretenue. Le visage fermé, il s'assit à la place du conducteur. La jeune femme, immobile, se mordait la lèvre à côté de la portière. Dans le taxi, elle ne s'était posé aucune question, elle devait se dépêcher, mais maintenant... Elle ne se rappelait que trop bien ce qui pouvait se passer dans une voiture.

Une fois seulement, elle était montée dans le véhicule d'Anis, qui s'occupait d'elle depuis peu. Elle avait voulu l'emmener à une séance de dédicaces. Keira avait refusé, mais Anis avait tellement insisté, que l'autrice avait fini par céder. Anis l'avait traînée dans la rue jusqu'à sa voiture. Un vieux tacot bleu. Au moment où elle s'était assise sur la place passager, Keira s'était figée, avait blêmi, puis s'était jetée hors de l'habitacle. Elle avait pris son visage transpirant dans ses mains tandis que son amie, inquiète, l'avait rejoint. Les deux femmes avaient ensuite décidé d'abandonner la dédicace, mais une foule importante avait envahi l'avenue. Elles avaient alors emprunté une rue parallèle pour éviter l'attroupement. Au bout de quelques pas, Keira avait commencé à se sentir mal. D'intenses tremblements l'avaient obligée à s'appuyer contre un mur pour ne pas tomber. Les bras tendus, les jambes flageolantes, elle avait supplié son amie de ne pas la toucher et de ne pas appeler de secours. Le cœur au bord des lèvres, elle était revenue tant bien que mal chez elle.

Anis avait patienté sur le canapé, consciente que l'autrice était quelqu'un d'étrange. Pourtant, elle ne l'avait pas crue folle quand Keira avait avoué savoir que la première fois d'Anis et Jérémy s'était passée dans la voiture. Ni lorsqu'elle avait expliqué qu'un adolescent avait été battu à mort dans la ruelle.

Bien sûr, elle n'avait pas précisé qu'elle l'avait « vu » avec son époux. Anis en aurait été mortifié. Elle avait, en quelques secondes, observé le couple d'amoureux. Elle avait ressenti les doigts de Jérémy se glisser sous son t-shirt et l'excitation qui montait au fond de son propre ventre, comme si elle l'avait vécu elle-même. La chaleur qui se répandait dans tout son corps alors que leurs baisers laissaient un goût mentholé sur ses lèvres. Elle avait été obligée d'éprouver la joie, la douceur et la fébrilité du couple, tandis qu'elle-même se sentait violée par ces attouchements trop privés, par ces sentiments étrangers.

L'éditrice avait seulement haussé les épaules en affirmant qu'elle la soutenait. Keira n'avait jamais oublié la bouffée d'émotion qui l'avait submergée à cet instant. Pour la première fois, elle se sentait acceptée.

Le rugissement d'un moteur tira la jeune femme de ses pensées. Chris avait mis le contact sans l'attendre. Avec un regard inquiet aux ruelles adjacentes, elle pénétra dans la voiture.

— Quelle direction ? demanda-t-il, abrupt.

— Il faut aller vers la gare.

— D'accord, reprit-il sans se tourner vers elle, c'est par où ?

Comme elle ne répondait pas, le détective la toisa, visiblement impatient.

— Je l'ignore, avoua-t-elle honteuse.

— Vous n'allez pas me faire croire que vous ne savez pas rentrer chez vous ? Comment êtes-vous venue jusqu'ici ?

— En taxi.

Avec un soupir d'exaspération, il brancha son GPS, entra l'adresse qu'elle lui donna et partit. Il n'ouvrit pas la bouche de tout le trajet. Il se comportait comme si Keira n'était pas dans la voiture. Au moins, rien n'était arrivé dans le véhicule qui provoqua les visions de la médium, elle pouvait se concentrer sur la musique. Par précaution, sa main demeura serrée sur son spray au poivre.

Lorsqu'ils furent garés, le détective récupéra un sac dans le coffre pendant que la jeune femme se précipitait vers l'entrée rassurante de son immeuble. Elle le guida jusqu'à son appartement, ouvrit la lourde porte de sécurité et retrouva son havre de paix. Elle posa sa sacoche, puis retira son manteau qui s'écrasa au sol quand Chris saisit son épaule pour la forcer à se tourner vers lui. Durant ce bref contact, Keira fut assaillie par des images indistinctes d'un enfant. Ses muscles contractés, elle glissa automatiquement les doigts vers sa hanche à la recherche de son spray au poivre, avant de réaliser qu'il était hors de portée. Elle recula d'un pas, terrifiée, et se retrouva bloquée par le mur. Chris appuya sa main contre la paroi. Avec une expression menaçante, il approcha son visage de celui de la jeune femme dont les entrailles étaient nouées par la peur.

— Je vais être très clair, cracha-t-il, j'ai accepté de venir pour épargner la mère. Il est hors de question de collaborer. Je n'ai aucune confiance en vous ni en vos soi-disant dons.

— J... je n'ai pas... de mauvaises intentions.

— C'est ce qu'on dit.

— Eux non plus n'y croient pas... ajouta-t-elle, le regard fuyant.

— Pardon ? Qui ?

— Anis et Jérémy. Anis n'a fait appel à moi que parce qu'elle était désespérée. Je n'ai accepté d'aider que pour lui redonner un peu d'espoir.

— Alors vous admettez que votre truc est bidon ? demanda-t-il sceptique.

— Non. Je vois vraiment des choses et, si vous le permettez, je... je vous... accompagnerai. Je ferai tout pour ne pas vous gêner. Si ma présence devient embarrassante, je vous laisserai. Je vous le promets. Je serai probablement inutile, mais... si vous ne retrouvez pas... Laurine... je ne me pardonnerai jamais de ne pas avoir essayé. S'il y a une toute petite chance que je puisse aider à la récupérer, je ne peux pas rester cachée ici.

Sa voix n'était qu'un murmure chevrotant. Le détective réfléchit quelques instants. Il évaluait la situation ainsi que la sincérité de la femme tremblante qui lui faisait face. Elle ressemblait à un lapin pris au piège par un renard.

— D'accord, décréta-t-il sèchement. Mais vous êtes censée être voyante, alors je ne vous donnerai aucun détail sur l'affaire, vous n'en avez pas besoin. Et si vous me gênez, vous disparaissez.

Elle acquiesça et il s'éloigna pour s'assoir sur le canapé. La respiration haletante, Keira se laissa glisser au sol. Chris l'observa d'un œil méfiant.

— Vous ne faites tout de même pas un malaise ?

— Non, non. J'ai un peu la tête qui tourne, ça va passer.

Elle n'aurait jamais admis devant lui qu'elle avait eu une des plus belles frayeurs de sa vie. Sa gorge semblait emplie de sable. S'il était dangereux, pourquoi le voyait-elle différemment des autres ? Certes, il n'apparaissait pas comme un monstre, mais c'en était presque plus déstabilisant.

— Vous avez une sacrée collection, dit le jeune homme coupant court à ses réflexions.

Il regardait en direction de ses bibliothèques. En effet, Keira possédait de nombreux livres de toutes tailles et une large variété de bandes dessinées, classés par thèmes. Penser aux œuvres qu'elle affectionnait la remit un peu d'aplomb.

— Merci. J'ai peu de hobbies en dehors de la lecture.

Elle se releva, puis longea les murs afin de se rendre à la cuisine, apaiser sa gorge.

— Je vous sers quelque chose à boire ?

— Vous avez du whisky ?

— Je n'ai pas d'alcool.

— Dans ce cas, que me proposez-vous ? Une soirée jus de fruits ? ricana-t-il.

La pique porta. Keira s'empourpra jusqu'à la racine des cheveux.

— J'ai du soda.

— Va pour un soda, alors.

Chris profita de l'absence de son hôtesse pour jeter un rapide coup d'œil dans tout l'appartement. S'il était venu, c'était pour surveiller une suspecte. Il pénétra furtivement dans la chambre à coucher. La chatte qui dormait sur le lit se hérissa et se rua, effrayée, hors de la pièce. La réaction paniquée de l'animal le fit sourire. Amusé, il commença sa fouille, regarda dans les tiroirs. Il mit dans ses poches chaque papier qu'il découvrit. Attentif à tous les sons, il s'empressa de sortir l'air de rien lorsqu'il entendit les pas son hôtesse. Il feignit le calme pour demander où se trouvaient les toilettes.

— Dans l'entrée, deuxième porte à gauche.

Devant le miroir qui surplombait un petit lave-mains, il vérifia que rien n'était décelable dans son apparence, puis rejoignit Keira sur le canapé. Lorsqu'il s'assit, elle eut un mouvement de recul. Elle se tenait le plus loin possible de lui.

— Si vous me détestez autant, pourquoi êtes-vous encore ici ? l'interrogea-t-elle en jouant avec son verre afin de se donner une contenance et de ne pas fixer le détective qui attrapait son soda.

— J'ai des questions à vous poser. J'ai demandé aux Coudert, tout comme la police, de faire une liste de toutes les personnes qu'ils côtoient de près ou de loin. Vous ne figurez pas sur cette liste. Pourquoi pensez-vous qu'ils ne vous y ont pas mise ?

— Ils ont dû se dire que ça n'avait pas d'intérêt. Je ne sors jamais de chez moi, monsieur Finley. Je suis comme qui dirait... agoraphobe... entre autres.

Comme toujours, Keira avait honte d'avouer cette faiblesse. Savoir que c'était là son moindre problème lui nouait toujours l'estomac. Elle se sentait rougir, incapable de regarder l'homme dans les yeux, mais elle devait lui répondre. Elle avait promis de tout faire pour aider et ne pas ralentir l'enquête. Elle devait révéler ses travers à cet inconnu qui l'avait déjà bousculée.

— De plus, comme vous avez pu le constater, j'ai un comportement un peu... étrange. Ils ont peut-être pensé que je serai suspecte. Ils connaissent parfaitement mon problème et les réactions qu'il suscite. Ils savent que je ne peux tout simplement pas être impliquée. 

— Est-ce que vous leur avez demandé de ne pas citer votre nom ?

— Non ! J'ignorais que Laurine avait disparu avant l'appel d'Anis. Je ne l'aurais certainement pas appris si elle n'avait pas raté le rendez-vous que nous avions aujourd'hui. Anis a sûrement voulu me protéger. Pourtant, si elle m'avait dit d'aller au poste de police pour aider, l'aurais fait, affirma-t-elle avec un frisson. Anis est ma meilleure amie.

— Votre meilleure ou votre seule amie ?

— La meilleure, et la seule que j'ai rencontrée en chair et en os, admit-elle la tête basse. Je parle surtout aux gens sur internet.

Elle désigna du doigt l'ordinateur posé sur la table.

— Vous connaissez bien Laurine ?

— Assez oui. Anis l'emmène ici de temps en temps. C'est une petite adorable. Qui a bien pu vouloir lui faire du mal ?

La voix de Keira se brisa, elle sentit ses yeux brûler, ses larmes luttaient pour se libérer. Mais l'heure n'était pas au laisser-aller.

— Vous ne la voyez jamais ailleurs ? demanda Chris inlassable.

— Jamais. Je ne sors de chez moi que pour faire plaisir à Anis, mais je ne dépasse jamais la boulangerie dans la rue. Avez-vous bientôt fini avec ça ? Je sais bien que je suis bizarre et que c'est difficile à concevoir, mais je ne quitte pas mon appartement. Je ne supporte pas ça ! Vous ne pouvez pas comprendre ! L'extérieur, c'est... c'est...

Sa respiration s'était emballée, un étau enserrait sa poitrine, elle ne parvenait plus à articuler correctement. Les créatures, les agressions, la violence qui infestait les rues et qui pouvait s'infiltrer en elle à tout instant l'oppressaient. Elle se força à inhaler plus calmement, à penser à autre chose, pour oublier ce détective exaspérant. Cet individu qui l'obligeait à avouer ses faiblesses, qui se délectait de la pousser au plus profond de sa honte. Il devait avoir de bonnes raisons, mais elle n'avait aucune information utile pour lui. Il ne faisait que perdre son temps en questions stupides. À présent, il l'observait en silence reprendre ses esprits.

— Pour l'instant, ça ira, déclara-t-il. Avez-vous une chambre d'ami ou est-ce que je dors sur le canapé ?

— Pardon ? hoqueta Keira en manquant de renverser son verre. Vous comptez rester ici ?

— Ça vous pose un problème ?

— Évidemment que ça me pose un problème ! Je ne sais rien de vous et vous voudriez passer la nuit chez moi ? Vous êtes malade !

— Auriez-vous peur que j'aie un comportement inapproprié ? susurra Chris en se penchant vers elle.

Keira se recula encore un peu alors que le détective riait sous cape. Les yeux verts de la jeune femme avaient enfin cessé de le fuir, ils étaient braqués sur lui.

— Pardon, s'excusa-t-il, je vous taquinais. Rassurez-vous.

— Pas question, lança-t-elle catégorique.

— Je serai sage comme une image. Je devais loger chez les Coudert à la base. Vous préférez que j'y retourne ?

— Vous n'allez pas les déranger ? Ils sont au bord du gouffre !

— Et que suis-je censé faire, mademoiselle Amara ? demanda le détective, sa voix calme aussi tranchante qu'un rasoir. Je n'avais pas prévu d'hôtel, vous pensez que j'en trouverai un à cette heure ? Combien de temps ça me fera perdre ? J'ai d'autres sujets de préoccupations plus urgents, comme réfléchir aux informations que j'ai glanées et planifier la suite de mes recherches. Alors, la chambre d'ami ? À moins que retrouver la petite ne soit pas votre priorité, ajouta-t-il innocemment.

— Quoi ? Mais qu'essayez-vous d'insinuer !

— Je ne sais pas. Voulez-vous m'aider, oui ou non ?

Keira n'en revenait pas de l'impudence de cet homme. Oser sous-entendre avec une telle décontraction qu'elle ne souhaitait pas secourir Laurine était immonde. Il se confortait dans son idée qu'elle n'était qu'une affabulatrice qui cherchait de l'attention. Une personne pareille aurait pu espérer rallonger la durée des investigations. Pour faire son « truc bidon », comme il l'avait si bien dit. Mais tout de même, penser qu'elle était capable de cela lui donnait la nausée.

— Très bien, lança-t-elle avec un air de défi, vous restez. Mais faites seulement mine de me toucher, pour quelque raison que ce soit, et j'appelle la police dans la seconde. Dormez sur le canapé.

Chris rit à nouveau.

— Aucun risque, vous avez ma parole. Bonne nuit.

Sans répondre, elle commença à s'éloigner.

— Une minute, mademoiselle Amara, l'arrêta Chris. J'aurais besoin d'une couverture s'il vous plait.

Keira tira une couverture d'un placard, la jeta sur le sofa et partit rapidement. Elle s'enferma dans sa chambre, puis sortit la batte de baseball qu'elle gardait dans sa penderie. Après l'avoir mise sous son oreiller, elle attrapa un spray au poivre qui se trouvait dans sa table de nuit, le posa dessus, à portée de main, avant d'aller se coucher. Croire la parole de cet homme ? C'était hors de question pour elle, que ses yeux soient noirs ou pas.

Elle ne parvint pas à s'endormir, cernée par un sentiment d'insécurité. Anis et Jérémy savaient que le détective était là, s'en prendre à elle, c'était se tirer une balle dans le pied. Pourtant, son imagination refusait de se taire. Chaque bruit la faisait sursauter. C'était ridicule. Elle se retourna dans son lit et s'obligea à se calmer. Il n'était pas mal intentionné, c'était simplement un incroyable crétin. Seulement un crétin aux yeux noisette, qui tâterait de sa batte s'il forçait la porte.

***

Chris, qui avait préparé son coup sur le trajet du retour, sortit des affaires du sac qu'il avait emporté avec lui pour passer la nuit. À la lumière d'une petite lampe, il prit les papiers qu'il avait dérobés et les examina afin de cerner la véritable personnalité de son hôtesse. Il y avait quelques factures qu'elle avait laissées traîner, pour des habits, des livres, des sous-vêtements, mais ces papiers contenaient surtout des notes griffonnées à la main. Il s'agissait de bouts d'histoires ou d'idées. L'un d'eux était plus long que les autres, rédigé avec une telle hâte qu'il était presque illisible.

Il regarda sa montre, elle n'était partie se coucher que depuis dix minutes. Il était trop tôt. Pour s'occuper, il s'attela à déchiffrer les pattes de mouches de Keira. ​C'était plutôt chaud... Il n'aurait pas cru que cette jeune femme était capable d'écrire des choses si explicites. Elle qui semblait terrifiée par le moindre geste d'un autre être humain. Non ! se sermonna-t-il. Il ne devait pas se laisser attendrir. Elle jouait les médiums, elle devait passer son temps à faire avaler des couleuvres aux gens, comme tous les pseudo-voyants.

Il regarda à nouveau sa montre et tendit l'oreille. Aucun bruit ne venait troubler le silence paisible de la nuit. Il se leva furtivement de son lit de fortune et s'avança à pas de loup vers la chambre. Aucune lumière ne filtrait sous la porte. Il écouta, attentif au plus petit son. Rien.

Il se dirigea vers le bureau pour reprendre sa fouille. Il ouvrit les tiroirs et les placards. Vigilant, il examina le moindre indice. Keira Amara ne s'attendait pas à ce qu'il reste, elle n'avait donc rien pu cacher. C'était parfait pour lui. Après tout, sa position était idéale pour participer à l'enlèvement de Laurine. La petite l'aurait suivie sans problème. La plupart du temps, quand un enfant disparaissait, un proche était impliqué. De plus, qui soupçonnerait l'amie de la famille, agoraphobe, médium de surcroît, qui avait le courage, malgré ses peurs, de proposer son aide ? Ce ne serait pas la première à commettre un crime pour se présenter après en sauveuse. Il devait vérifier qu'elle lui avait dit la vérité. Et surtout, la garder à l'œil, de très près.

Il inspecta méticuleusement chaque recoin de l'appartement, allant même jusqu'à fouiller les poubelles. En dépit de sa persévérance, il ne trouva rien de plus intéressant que ce qu'il avait ramené de la chambre : des notes et des factures. Comme l'avait déclaré la jeune femme, toutes, sans exception, étaient des livraisons. Aucune clé de voiture, pas de permis de conduire ni de carte grise, que ce soit dans son portefeuille ou dans la boîte qui contenait ses papiers, impeccablement rangés. Aucun mouvement d'argent étrange dans ses derniers relevés de compte. Rien ne semblait suspect.

Satisfait, le détective se dirigea vers l'ordinateur qui n'était protégé par aucun mot de passe. Il sortit un disque dur externe de son sac, le brancha à la machine et lança une copie complète des fichiers. Cela prendrait du temps, il commença donc son inspection. Il attaqua par les mails. Il chercha d'abord ceux qui auraient dû être effacés, surtout des spams et des publicités. Les autres courriels étaient bien classés. La plupart des messages relataient des conversations plus ou moins professionnelles avec Anis Coudert. L'autrice possédait aussi une seconde adresse où les discussions étaient d'ordre privé, voire extrêmement privé. Son véritable nom n'y était jamais mentionné. Malgré son professionnalisme, Chris s'absorba dans la lecture de certains échanges plutôt osés que son hôtesse entretenait avec des hommes. Certains d'entre eux avaient proposé qu'ils se retrouvent dans un café ou un bar. Elle ne les recontactait plus après cela, mais commençait alors des conversations avec d'autres personnes. Ne sortait-elle réellement jamais ? Ne rencontrait-elle pas ces hommes avec qui elle parlait de façon si crue ? Il semblait que non.

Les fichiers copiés sur le disque dur, Chris le rangea dans son sac, puis regarda sa montre. S'il voulait se reposer quelques heures, il devait se coucher rapidement. Après tout, il aurait le temps de consulter les dossiers de son hôtesse plus tard. S'il y avait quelque chose à découvrir, il l'avait en sa possession.

Il éteignit l'ordinateur avant de s'installer sur le canapé. Il ne put s'empêcher de se demander dans quelle mesure la jeune femme qui dormait à quelques mètres de se bridait dans ses relations aux autres. Craignait-elle réellement le monde extérieur ? Aussitôt formulées, il chassa ces idées. Ce n'était qu'une médium de plus. Une arnaqueuse, un vautour qui s'enrichissait grâce aux malheurs de familles désespérées. Il s'efforça de ne penser à rien pour trouver le sommeil.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 3 versions.

Vous aimez lire Solveig L’Heveder ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0