Prologue :

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Guillaume claqua sa porte de voiture, avant de s’avancer vers l’immeuble le plus proche. Il avait garé sa Mercedes-Benz S 560 n’importe comment, mais pouvoir se mettre « en merde » n’importe où, était bien un des rares avantages de sa fonction. De toute façon, à cette heure-ci, personne n’allait se plaindre d’une voiture mal rangée.

Il salua mollement les quelques policiers à l’entrée du bâtiment, avant de rentrer le bel immeuble. Guillaume réalisa en soupirant qu’il n’y avait pas d’ascenseur et se dirigea vers les escaliers par dépit. Il avait pensé pouvoir ménager sa carcasse vieillissante, mais pas le choix.

Guillaume bailla sans retenue en passant le premier pallier. On l’avait réveillé trente minutes auparavant et il avait dû se faire violence pour sortir du lit.

Pour une fois qu’il avait réussi à trouver le sommeil.

Tout en grimpant, il essayait tant bien que mal de se rappeler ce que son second lui avait dit. Vraisemblablement il s’agissait d’une affaire de meurtre, même si Alexandre n’avait pas l’air très sur de lui au bout du fil. Le nom de la victime ne lui revenait plus, inutile de forcer là-dessus.

En revanche ils se souvenaient très bien des derniers mots de l’appel, son interlocuteur l’avait prévenu que l’affaire était sordide.

Guillaume survola les dernières marches et arriva au quatrième étage. La porte de l’appartement de droite était grande ouverte et il rentra sans hésiter. Une désagréable odeur de fer lui monta au nez, tandis qu’il voyait ses cinq collègues s’affairer dans la pièce.

Effectivement, c’était plutôt sordide.

L’appartement cossu du sixième arrondissement, était joliment arrangé. De nombreuses plantes bien entretenues, ainsi que des beaux meubles sans la moindre trace de poussière formaient un bel ensemble. Le salon, qui faisait office de pièce à vivre et de cuisine, démontrait à lui seul la personnalité de son occupant. Tout était bien ordonné et l'ensemble était harmonieux.

Guillaume ressentit une pointe de jalousie en comparant mentalement le lieu avec le dépotoir dans lequel il vivait. En revanche, s’il avait dû donner un défaut à ce magnifique bien, cela aurait très clairement été le sang, qui recouvrait le parquet et les murs beiges.

Les techniciens en identification, qui venaient visiblement de terminer leurs premiers prélèvements, se relevèrent pour lui faire face. Il reconnue tout de suite la brune aux yeux marrons. Il était toujours heureux de travailler avec Marine Theret. Personne n’était plus efficace que la jeune technicienne, il serait vite de retour chez lui.

— Bonsoir, dit Guillaume. Désolé pour le retard.

— Capitaine Beaune, salua-t-elle. Vous avez finalement daigné vous déplacer ?

Guillaume ne releva pas, Marine était au courant de son efficacité, ce qui parfois la rendait légèrement hautaine. Il n’était que rarement à l’heure et elle adorait le lui rappeler.

— Où en êtes-vous ? répondit-il en désignant le cadavre du menton.

— Nous en avons terminé.

— Des infos à me donner ?

— Eh bien… elle hésita. Je préfère vous laisse regarder par vous-même, histoire de vous faire un premier avis.

Guillaume haussa les sourcils, mais comprit tout de suite le problème.

La victime, une femme agée d'une quarantaine d'années, gisait sur le dos. Ses longs cheveux blonds formaient une crinière rouge et or tout autour de sa tête. Ses yeux étaient fermés et son teint blafard, tandis que ses vêtements avaient virés au rouge sombre. Des centaines de petites plaies étaient ouvertes sur tout son corps, comme si tout ses vaisseaux sanguins avaient explosés, projetant du sang partout dans la pièce.

La vision était surréaliste, jamais Guillaume n’avait vu une telle chose. Était-ce dû à des médicaments ? Existait-il au moins une substance capable de faire exploser de l’intérieur toutes les veines d’un être humain ? Qui plus est, avec assez de puissance pour projeter du sang sur tous les murs ?

— Est-ce… commença Guillaume.

— Non, coupa Marine. Pas à ma connaissance en tout cas. Aucune trace de piqure en tout cas, on n’a rien trouvé qui sortait de l’ordinaire dans ses placards.

Tout ça commençait à devenir franchement étrange.

— Où est Alex ?

— Sûrement sur le balcon en train de s’en griller une au lieu de bosser, répondit la technicienne avec dédain.

— On m’a demandé ?

Tout en tentant maladroitement de ranger son paquet de clope, le lieutenant Alexandre Beaudell s’approcha rapidement. Comme d’habitude il était mal coiffé son uniforme était froissé, mais comme d’habitude Guillaume fit semblant de ne pas le remarquer.

— Un résumé rapide ? demanda le capitaine en se redressant péniblement.

Il avait de plus en plus mal aux dos ces derniers temps, ça aussi c’était inquiétant.

— Oui capitaine, répondit Alexandre en sortant son carnet. Aux alentours de 23h40 et à la suite d’un bruit ressemblant à une explosion, les voisins du bas et du haut ont appelés la police. Nous sommes arrivés vers 23h53 pour trouver la victime au milieu de son salon. Il s’agit de Madeline Purhl, professeure de physique à la Sorbonne.

— Des traces d’intrusions ? demanda Guillaume.

— Aucune, nous ne pouvons pas encore affirmer qu’elle était seule au moment de… euh de « l’accident ». Mais nous n’avons rien trouvé qui puissent prouver la présence d’une autre personne.

— Alors comment ?

— Comment… comment quoi ?

— Comment est-elle morte bon sang ? insista Guillaume avec une pointe d’agacement.

— Ah !

Alexandre eut soudain l’air embarrassé et chercha du soutien autour de lui, mais aucun des six autres policiers présents dans la pièce ne le regardèrent, ou plutôt tous préféraient s’intéresser à n’importe quoi d’autres.

— Eh bien… Pour tout vous avouer on en a aucune idée pour l’instant.

— Comment ça aucune idée ? soupira Guillaume. Une femme est retrouvée morte et il y a du sang partout, tu ne vas quand même pas me dire que…

— Il dit la vérité, intervint Marine. Pour une fois, ajouta-t-elle.

Guillaume la sentait de moins en moins cette affaire.

— Vous avez interrogé les voisins ? Est-ce quelqu’un lui en voulait ?

— Ses voisins parlent d’elle comme d’une personne aimable et attentionnée, on a essayé d’appeler sa famille mais pas de réponse à cette heure-ci.

Le capitaine soupira, rien n’avait de sens. Il fit signe à Alexandre de le laisser réfléchir quelques secondes et se mit à marcher autour de la victime. Ses veines détruites offraient un spectacle aussi captivant que répugnant. Le sang qui n’avait pas été bloqué par les vêtements partaient dans toutes les directions de manière égale, quoi que…

Dans une direction, celle du balcon, une mince partie de l’appartement avait été épargné. Si quelqu’un c’était tenue derrière la victime, en se tournant sur le côté, elle aurait alors reçu le sang destiné au mur. Guillaume commençait à envisager sérieusement la piste du meurtre, quand il remarqua quelque chose d’autres sur la victime. Comment personne n’avait pu remarquer une telle chose ?

— Alex, c’est quoi sur son cou ?

— Sur son cou ? répéta-t-il.

— Oui sur son cou idiot, depuis quand elle a ce tatouage ?

Une tête de loup et d’agneau, séparé par ce qui ressemblait à un ruisseau, était tatoué sur le cou de la professeure de langue. Cet impressionnant tatouage n’avait pas l’air à sa place, comme s’il n’avait pas dû se trouver là. Guillaume sentit le malaise s’accentuer en lui. Au même moment, il se rendit compte qu’une autre chose n’avait pas sa place dans l’appartement.

— Elle ne l’avait pas tout à l’heure, intervint Marine en se rapprochant. J’en suis persuadé !

Guillaume l’ignora et fit de nouveau un rapide tour de la pièce du regard. Sept policiers se trouvaient dans l’appartement avec lui, pourquoi en avait-il compté cinq en arrivant ? Alexandre était le seul à être entré dans la pièce depuis ce moment-là.

L’un d’entre eux, capuche sur la tête et visage baissé, s’approcha rapidement de la victime.

— Toi ! cria Guillaume en le pointant du doigt. Reste ou tu…

Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase que l’intrus avait bondit en avant pour pousser Alexandre sur lui. Dans un même mouvement fluide et méticuleux, le faux policier sortit un objet semblable à un pansement de sa poche. Il appliqua sur le cou de la victime, avant de l’arracher d’un geste rapide.

Par réflexe, Guillaume se jeta sur lui, agrippant solidement sa veste, avant de sentir le sol se dérober sous ses pieds. Sans comprendre ce qu’il venait de se passer, il chuta un instant, avant d’heurter le sol de qui semblait être l’appartement du dessous. Avant qu’il puisse reprendre ses esprits, il entendit des cris de terreurs et vit le faux policier envoyer au sol un homme âgé, avant de s’enfuir par la porte.

— Ça va capitaine ? hurla Alex d’au-dessus.

— Ne le laissez pas s’enfuir !

Tout en criant, Guillaume s’était lancé à sa poursuite, il dévala les trois étages restants et vit impuissant deux policiers laisser le suspect sortir du bâtiment. Le capitaine surgit à sa suite, poussé par l’adrénaline et vit le faux-flic à une dizaine de mètres devant lui.

Préférant économiser son souffle plutôt que de crier pour rien, il se lança à pleine vitesse derrière lui. Les rues de Paris étaient quasiment vides à cette heure-ci dans le quartier et le trottoir lui rappela la piste d’athlétisme de la fac.

Il n’avait jamais été le plus endurant ou le plus rapide, même dans sa prime jeunesse et elle était loin derrière lui. Mais il était hors de question qu’il laisse son suspect s'enfuir.

Alors que la distance se réduisait, le suspect tourna au coin de la rue avant de se précipiter sur une intersection.

— Atten… voulu hurler Guillaume.

Une voiture, une Citroën C4, arriva à toute vitesse sur la gauche du faux policier. Pendant une fraction de seconde, le capitaine imagine très clairement l’homme se faire propulser dans les airs sous le choc. Mais au moment où le véhicule rentra en contact avec la main gauche du fuyard, la carrosserie se mit à se déformer. C’était comme si la pression à l’intérieur était devenue trop forte. Comme un ballon de baudruche, la voiture explosa bruyamment.

Par réflexe Guillaume mit ses mains devant son visage, quelque chose le heurta dans le ventre, lui coupant le souffle et l’envoyant au sol.

Il reprit ses esprits lorsque la voix d’Alexandre lui parvint. Il s’assit douloureusement, pour se rendre compte que c’était le volant de la voiture qu’il avait pris en plein dans l’abdomen. Des morceaux de voitures étaient éparpillés un peu partout, et le siège de la voiture avec son conducteur était resté au milieu de la route.

— Bordel mais qu’est-ce qu’il s’est passé chef ? demanda Alexandre.

Guillaume ne répondit pas, il n’avait aucune réponse à donner de toute manière, il n’avait rien compris de ce qu’il avait vu.

En revanche, il avait très clairement observé quelque chose sur la main gauche du faux policier, un tatouage étrange, semblable à celui de la victime, une énorme grenouille avec des cornes de taureau.


Luke ne pouvait pas s’empêcher d’admirer, ou plutôt de grimacer, au vu du tatouage sur son torse dans le miroir. C’était vrai qu’il lui arrivait de faire des conneries quand il avait bu, c’était aussi vrai qu’il avait un peu abusé sur l’alcool hier soir avec ses potes, mais en aucun cas il ne se souvenait avoir terminé la soirée dans un salon de tatouage.

Surtout pour en faire un aussi bizarre.

— Maman va me tuer.

Le grand sourire de l’animal tatoué sur son torse semblait s’en réjouir d’avance.

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