Elle

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(Bruit de chaises)

— (Affable) Voilà. Installez-vous.

(Silence respiratoire)

— Bonjour…

— Bonjour (sourire), (silence, peut-être gêné) comment les choses se passent depuis la fois dernière ?

— Bien.

— (Attente) Oui, mais encore ?

— … (Hésitation) Ecoutez, je crois que je ne vais plus venir, depuis que je viens c’est pire.

(Il attend qu’il poursuive, puis relance)

— Qu’est ce qui est pire ? Vous aviez parlé de plusieurs choses…

— Ma fille, et mon ex-femme. Je suis pas tranquille, faut que j’arrête.

— Expliquez-moi, s’il vous plaît.

— C’est trop, tout le temps. Elle arrête pas de se plaindre que je viens chez vous. Je veux la paix, moi !

— Elle ? De qui parle-t-on ? Votre ex-femme, votre fille ?

— Elle dit que vous me manipulez. Que je ne pense plus par moi-même.

— Mais vous, vous en dites quoi ? Si vous pensez ça, je comprends que vous souhaitiez arrêter, et je vous donnerais raison.

— C’est vrai ? (Incrédule) Je peux arrêter ?

— Bien sûr, mais — pour que nous puissions tous les deux comprendre — peut-être qu’il serait intéressant de me dire ce qu’il s’est passé. Vous vous êtes disputé avec l’une d’elles ?

— (Soupir) Mais enfin, vous savez que ma femme est partie et que ma fille ne me parle plus… Je vous l’ai dit ! Je vais pas vous le répéter, (Il s'emporte) ça fait assez mal !

— Non, non, vous n’avez pas à me réexpliquer cela, cette douleur là est passée. Mais celle de maintenant, là ? De quoi parle-t-on ?

— Elle dit que vous ne faites que m’embrouiller le cerveau avec vos questions. Que tout est simple, que je suis con de venir ici, un débile, une merde ; qu’il n’y a qu’une chose à faire !

(Attente, mais rien ne vient)

— Laquelle ?

— Mourir !

— … (Lourd silence)

— Vous voyez, vous ne dites plus rien ! Elle a raison !

(Se reprenant)

— Il est inacceptable que quelqu’un — qui que ce soit — vous dise que la meilleure solution est de mourir.

— Vous êtes comme tout le monde, vous dites que toutes les vies valent la peine, c’est des conneries ça, excusez moi. Qu’est ce que j’ai ? Plus de famille, plus de job, plus d’amis, pourquoi vivre ? Elle a raison !

— Vous dites pas de famille, pas d’amis, mais cette « elle » est très présente et vous dit même ce vous devez faire de votre vie.

— Trop présente, elle est trop présente ! Mais elle a raison !

— Nous ne sommes pas obligés d’être d’accord avec elle, si ?

— C’est tout ce que j’ai trouvé pour qu’elle me laisse tranquille ! C’est comme quand j'étais enfant, avec mon père quand il me faisait étudier, il répettait : « Jusqu’à ce que ça rentre ». A la fin j’disais ce qu’il voulait entendre. J’ai jamais aimé les devoirs, l'école. J’ai jamais aimé les profs. Mais mon père voulait que je travaille, j’ai appris à obéir pour qu’on me lâche. Vous aussi vous allez me dire quoi faire ?

— Moi, non. Mais cette « elle » ?

— Je peux pas m’en débarrasser ! Elle cause tout le temps, parfois la nuit, parfois même quand je suis aux toilettes. Elle se tait que quand je lui donne raison. Elle me rend dingue, faut qu'elle se taise. Quand je viens ici, elle parle encore plus. Elle parle maintenant. Elle dit que vous me méprisez, que vous me prenez pour un fou !

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