Chapitre 16 : Tout s'effondre
Ça fait plusieurs semaines maintenant.
Plusieurs semaines depuis ce baiser.
Et jamais un mot dessus.
Mais c’était là.
Dans nos regards. Dans nos silences.
Dans tout ce qu’on ne disait pas.
Belle et moi, on n’avait pas besoin de parler pour se comprendre.
Je voyais bien qu’elle ne le regrettait pas.
Et moi…
Moi, je n’avais jamais été aussi sûr de quelque chose.
Je venais chez elle tous les soirs après les cours.
Je connaissais l’heure du biberon de Simon, les devoirs de Marin, les habitudes de Laura et Louis.
Je savais où se trouvait chaque cuillère, chaque tétine.
J’étais devenu une pièce de leur monde. Et j’aimais ça.
Ce soir, j’ai décidé de venir un peu plus tôt.
Juste pour la surprendre.
Pour l’aider avant qu’elle ait le temps de le demander.
Parce que Marin avait raison : elle aime qu’on soit là sans qu’elle ait à le dire.
Je m’approche de la maison.
Et je la vois.
Belle.
Assise sur le banc devant chez elle.
Elle n’est pas seule.
Mélanie.
Mon estomac se serre.
Je ralentis.
Je les observe à distance.
Elles parlent. Calme. Sérieux.
Mais Belle… elle a les épaules basses.
Elle a l’air… effondrée.
Je fronce les sourcils.
Puis Mélanie se lève.
Me voit.
Et s’en va sans un mot, les bras croisés, l’air satisfaite.
Je m’approche de Belle.
— Belle ? Qu’est-ce qui se passe ?
Elle se retourne.
Et là… je comprends tout.
Ses yeux sont rouges. Ses joues mouillées.
Elle a pleuré. Pleuré fort.
Et surtout, dans ses yeux…
Il y a de la colère. De la tristesse. Et pire que tout…
De la trahison.
— Tu savais… souffle-t-elle, la voix tremblante.
— Belle…
— TU SAVAIS !!
Elle se lève d’un bond. Elle me pousse de toutes ses forces.
Même fatiguée, même tremblante, elle me pousse. Encore. Encore.
— T’ES UN CON ! UN PUTAIN DE CON, ANTHONY !
— Je… je voulais t’en parler ! Je voulais tout dire, je…
— TA GUEULE ! Tu voulais rien dire ! T’attendais juste que je tombe amoureuse comme une idiote et ensuite tu serais allé te vanter avec tes petits potes !
— C’est pas vrai ! Ce n’est plus un défi depuis longtemps, Belle, je…
— MAIS TU L’AS FAIT !
Sa voix se brise.
Elle hurle, encore, les poings serrés, la gorge en feu.
— T’es comme les autres. Tu fais genre t’es différent, t’es gentil, t’as un cœur… mais au final t’es qu’un gamin pourri gâté qui joue avec les gens !
(Tout en parlant, elle le pousse encore. Il ne résiste pas.)
— T’as joué avec MES sentiments ! T’as joué avec MOI alors que j’étais à bout, épuisée, seule !
Je baisse les yeux.
Je n’ai rien à dire.
Elle a raison.
Je veux m’excuser, je veux lui dire que tout ce que j’ai fait depuis ce jour-là était sincère.
Que je suis tombé amoureux d’elle pour de vrai.
Mais elle ne veut plus entendre. Elle m’écrase sous ses mots, sous sa rage.
Et moi…
Je comprends.
Je comprends tout.
Et je ne lui en veux pas.
Je ne lui en voudrai jamais.
Elle tourne les talons, me crache un dernier :
— Je te déteste.
Puis elle disparaît dans la maison.
Je reste là. Seul. Figé.
La porte se referme.
Et d’un coup, plus rien n’existe.
Je fais quelques pas…
Et quand je suis sûr qu’elle ne me voit plus, je tombe à genoux.
Mes bras tremblent. Ma respiration est saccadée.
Et je craque.
Je pleure.
Pas comme un gosse.
Pas comme un ado qu’on a puni.
Je pleure comme si on venait de m’arracher quelque chose.
Je me donne des coups de poing dans la cuisse, dans le torse, dans le sol.
Je me déteste.
Je me hais.
Je l’aimais.
Et je l’ai brisée.

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