Chapitre IV
Extrait court – Chapitre IV :
La drôle de guerre
En ce début d’année, la situation économique, diplomatique et sécuritaire se stabilise. Les insulaires reprennent leurs habitudes, chacun retrouve son rythme de vie, les âmes s’apaisent. Le moral des Hommiens et des Femmiens se réchauffe, comme un feu qu’on protège du vent.
Le solstice d’hiver a pourtant mis à l’épreuve les relations insulaires. Une première fois, la confiance vacille. Mais le pacte tient, car le jumelage des îles est forgé à l’encre indélébile. Et puis il y a les îles enfantines, bastion des rêves à venir, promesse fragile au milieu des courants. On les regarde comme on regarde une lampe dans la nuit, avec gratitude… et avec une inquiétude qu’on n’ose pas nommer.
Cet hiver-là, un mal nouveau, tapi dans les entrailles des civilisations humaines, remonte à la surface. Une pandémie d’un nouveau genre atteint l’atoll. Désormais, le poumon de l’île — cet air si pur, si choyé — n’est plus sûr.
Alors, chacun s’éloigne. Les distances deviennent la loi, acceptées comme ultime barrière contre la propagation du fléau. La méfiance prime : chacun peut devenir le Judas, celui dont le regard accuse et dont le doigt désigne le malade, réel ou imaginaire. En ces temps-là, une simple toux suffit à clouer un innocent sur la place publique ; le « joyeux fautif » se retrouve mis en scène malgré lui, sous des regards qui le fixent avec mépris.
Les peurs d’antan s’éclipsent pour laisser place à des appréhensions neuves, plus brutes. Le réfugié, qui monopolisait les esprits, devient soudain un sujet de moindre importance. Comme l’être humain change vite ses démons !
Le temps court gouverne : l’urgence efface la mémoire. Le « mal absolu » reste, lui, entretenu par les esprits sombres, ceux qui ont besoin d’un ennemi pour tenir debout. Mais ce nouveau danger paraît plus concret, plus immédiat, plus dangereux que cette « horde de réfugiés » dont certains prétendent qu’elle mettrait fin à leur monde traditionnel… et que Dieu veille sur ces braves gens !
On raconte que, dans certains archipels voisins, alors que la pénurie fait rage, les insulaires se jettent avant tout sur les feuilles de bardane et d’érable à des fins de pudeur et d’hygiène. Ils défrichent à tout va ; en peu de temps, les plaines se dénudent, et la nature y perd son intimité. On peut bien mourir de faim, mais avec décence.
La civilisation ne tient plus qu’à une feuille !
Voici la situation générale de l’époque. C’est inouï — même les conteurs les plus audacieux n’en auraient rêvé mieux. Les hommes se croient sortis du pire ; comment pourraient-ils imaginer de nouveaux orages ? Après la pluie, pensent-ils, vient le beau temps.
Pendant ce temps, le Crabe approche en colon, profitant de la crise comme d’une diversion. On le sait : le calme précède toujours la tempête. Les armées ennemies se préparent, usant du vernis de la pandémie comme d’un noble camouflage.
L’été réchauffe de sa douce lumière les terres fertiles de l’atoll. Les cigales chantent. Elles font des champs désertés par les hommes leur demeure.
On découvre, fortuitement, lors d’un contrôle frontalier mené par les garde-côtes de l’Île de la Femme, une résurgence sous la croûte dorsale. Des interstices sombres égratignent de manière inhabituelle le sous-sol de l’île. Des équipes sont déployées sur place afin de mener une analyse précise de la situation. Les premières observations de terrain ne semblent indiquer aucune pénétration de forces étrangères sur le territoire.
Les autorités demandent l’avis des spécialistes de l’Île de l’Homme. Un second avis est toujours de bon augure.
L’Homme ne prend pas toute la mesure de la situation. Comment la sévérité des événements récents pourrait-elle encore accentuer les cicatrices passées ?
Ils déploient donc des équipes peu expérimentées, qui négligent leurs rapports.
« Ah, ce n’est rien, chers habitants de la Femme. N’ayez crainte : ce n’est rien. »
Plus tard, l’Homme s’en voudra. Il n’a pas voulu voir. Il n’est pas plus aveugle que celui qui se soustrait à la vérité.
Peux-tu me donner un retour franc sur cet extrait : ce que tu as compris de l’allégorie, où tu as accroché/décroché, et 3 points forts + 3 axes d’amélioration (clarté, rythme, émotion) ? Je ne sais pas encore sie je veux tout publier ici.
Je serai ravi d'avoir vos retours. J'ai déjà eu des retours positifs par des personnes que je connais, mais c'est intéressant, d'avoir l'avis d'inconnus.

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