Ce n'est que le début de la descente aux Enfers. . .

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Assise au fond du bus, à côté de la fenêtre, j'augmente le volume de ma musique. Je ne veux rien entendre et surtout pas les paroles de réconfort qu'offrent Ariste et Acacia à cette traîtresse. Ils lui ont proposé de la raccompagner et mademoiselle ne s'est pas fait prier. Me voilà donc obligée d'assister à cet affreux spectacle, car même si je n'entends plus ce qu'ils disent grâce à ma musique, je peux parfaitement les voir et le deviner.

Quand le véhicule atteint notre arrêt, je jette mon sac sur mon épaule et descends aussi vite que possible. Je marche rapidement dans la rue, laissant les trois amis derrière moi. Quelques minutes plus tard, j'arrive à la maison, déverrouille la porte et entre sans un mot. J'abandonne mes chaussures dans l'entrée et monte dans ma chambre, dont je claque la porte. Je laisse mon sac glisser le long de mon bras pour tomber sur le sol et m'effondre sur mon lit.

La musique joue toujours dans mes oreilles. À la fois forte et rapide, triste et colérique, elle dépeint parfaitement les émotions qui me déchirent en ce moment-même. Je ne peux m'empêcher d'imaginer Vanessa, marchant en sanglottant toujours entre mon ex-meilleure amie et le garçon que j'aime. Peut-être même s'appuie-t-elle volontairement sur ce dernier, profitant de la situation pour se rapprocher de lui, qui, ignorant tout de la réalité de la situation et gentil comme à son habitude, lui passerait un bras autour de l'épaule ou pire. . . de la taille, pour la réconforter.

Je sens à nouveau mon coeur se serrer et les larmes monter.

Acacia prendrait alors sa main en lui disant avec un doux sourire bienveillant :

- Ne t'en fais. Nous sommes là pour toi. Tu n'es pas seule. . .

Au moment où j'ai le plus besoin de son soutien, de ses paroles raussurantes et de notre amitié datant de longues années, elle les offre à mon bourreau.

"Ton comportement me déçoit. Je ne te pensais pas comme ça. Si j'avais su. . ."

Elle n'a pas fini sa phrase. Elle s'est contentée de me tourner le dos et de s'éloigner, mais je n'avais pas besoin qu'elle en dise plus. J'ai parfaitement compris la fin :

". . . jamais je ne serais devenue ton amie."

Voilà ce qu'elle voulait me dire, mais qu'elle n'a pas osé prononcer, soit par pitié pour moi, soit parce que ça lui faisait elle-même mal. Quoiqu'il en soit, ces mots ont scellé la fin de notre amitié.

Cette fois, les larmes coulent pour de bon.

Je me redresse péniblement et sors mon ordinateur portable de mon sac. J'ai encore du mal à croire en ce que j'ai vu. . . ou plutôt en ce que je n'ai pas vu. Il faut que je vérifie à nouveau. Je l'allume en priant pour que j'ai mal cherché, tout à l'heure, et que je trouve les fichiers à la place où je les ai laissés, mais quand j'arrive dans l'espace concerné, je ne les trouve nulle part. Même le dossier qui les réunissait a disparu. Même la corbeille n'en a pas trace. C'est comme s'ils n'avaient jamais existé sur mon ordinateur. Pourtant, j'ai passé des mois dessus, à tout préparer, relire et peaufiner, mais je n'en ai plus aucune preuve. C'est ainsi que j'ai perdu toute crédibilité face à mes professeurs et camarades de promotion.

Je sais ce qui s'est passé. Je sais qu'elle les a supprimés de mon ordinateur pour s'assurer que je ne puisse pas la confondre, mais qui me croirait ? Même ma meilleure amie ne m'a pas accordée sa confiance. C'est suite à cet épisode qu'elle m'a dit ces mots qui ont mis fin à notre amitié, pendant qu'Ariste me fixait avec déception, dégoût et mépris.

C'est alors que la porte de ma chambre s'ouvre, laissant apparaître papa. Il me fais signe, avec un regard furieux, de retirer mes écouteurs et je m'exécute. Il me crie aussitôt :

- Je t'appelle depuis plusieurs minutes ! Descends immédiatement avec moi !

Je ferme lentement mon ordinateur et le pose sur mon bureau, puis lui emboîte le pas. Quand nous arrivons au salon, je trouve Vanessa dans les bras de maman, pleurant encore à chaudes larmes. Où en a-t-elle trouvé autant pour pleurer aussi longtemps ? Elle devrait déjà les avoir toutes épuisées. . .

- Malicia. . . commence maman d'une voix incrédule. Comment as-tu pu. . . ?

- Comment a-t-elle pu ? ! explosé-je. Elle m'a volé mon projet !

- Silence ! gronde papa en cognant du poing sur la table. Je t'interdis de parler à ta mère sur ce ton ! Peu importe ce qui s'est passé, ça ne te donne pas le droit de pousser ta soeur de la sorte ! Elle aurait pu se briser la nuque ! Est-ce que tu te rends compte ? !

- Et toi ? Est-ce que tu te rends compte que tout le monde prend sa défense alors que je suis la victime dans toute cette histoire ?

- Bien. . . dit-il d'une voix plus calme, mais qui n'en reste pas moins tremblante, comme un volcan qui prépare une éurption. Tu dis qu'elle t'a volé ton projet. Si tel est le cas, il doit encore se trouver sur ton ordinateur, puisque tu as travaillé dessus depuis des mois, j'imagine. . . Montre-le nous.

Je reste bouche bée face à ses dires. Il me met dans l'exacte même situation humiliante que j'ai subie un peu plus tôt à l'université. Je déglutis péniblement et l'informe d'une voix tremblante :

- Elle a tout supprimé. . . Même l'historique attestant de mes recherches. . . Il ne reste plus rien. . .

- Tu n'as donc aucune preuve de ce que tu avances, conclue-t-il d'une voix froide.

Je secoue la tête. Il me pointe l'escalier du doigt en m'ordonnant :

- Monte dans ta chambre sur le champ et que je ne te revoie plus jusqu'à nouvel ordre. . .

Il me l'a dit sans crier, mais je sais qu'il s'est maîtrisé. Je lance un dernier regard desespéré à maman, pour constater avec horreur qu'elle m'adresse le même regard qu'Acacia : celui avec lequel on fixe une personne que l'on croyait connaître, mais qui vient de se révéler être tout l'inverse de ce qu'on pensait, dans le mauvais sens, bien sûr. Un mélange d'incrédulité et de déception.

Je tourne donc lentement les talons et remonte les marches une à une. Une fois dans ma chambre, je referme doucement la porte, puis m'effondre sur le sol et pleure silencieusement, dents et points serrés.

Je viens de perdre mes parents. Rien ne peut être pire, maintenant. La situation ne peut pas s'aggraver davantage : j'ai déjà touché le fond. C'est ce que je crois, jusqu'à ce qu'une notification apparaisse soudainement sur mon téléphone. . .

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