TELEMEDECINE

de Image de profil de Jérome MORANGEJérome MORANGE

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Depuis quelques jours, Jean ressent des étourdissements fugaces qui l’agacent plus qu’ils ne l’inquiètent. Au départ, il n’y prête guère attention, pensant que cela finira par passer. Cependant, au fil du temps, il décide qu’une consultation médicale s’impose.

La secrétaire de son médecin habituel, lui propose un rendez-vous dans un peu plus d’une semaine mais son agenda professionnel, qui prévoie un déplacement à Amsterdam, ne lui permet pas d’attendre. Il décide, pour la première fois de sa vie, de se rendre dans une de ces nouvelles cabines de téléconsultation qui ont commencé à fleurir un peu partout en ville. Il choisit celle qui est la plus proche de chez lui, dans une galerie marchande de la porte d’Italie. Il a vu des affiches publicitaires dans le métro, vantant la rapidité des consultations et l’efficacité des dispositifs. Ces cabines, selon les annonces, offrent un diagnostic ultra-rapide avec l’aide d’un système informatique sophistiqué relié à un médecin distant. La promesse affichée semble alléchante : « Un diagnostic en 10 minutes, et un traitement immédiat ».

En sortant du métro Place d’Italie, Jean met un certain temps à localiser la cabine de télémédecine, dissimulée entre l’hypermarché et le magasin de bricolage. L’endroit, un cube de trois mètres de côté surmonté d’une coupole rouge, évoque une petite chapelle inspirant confiance au milieu de l’agitation urbaine.

En approchant, il remarque un panneau lumineux qui décrit le fonctionnement de la cabine. Il lit attentivement : « Diagnostic rapide, traitement immédiat, prise en charge intégrale par l’Assurance Maladie, moyennant une surcharge de 10 euros pour le service de télémédecine ». Il n’hésite pas longtemps. D’un geste déterminé, il introduit d’abord sa carte Vitale, puis, suivant les instructions qui apparaissent sur l’écran il fait passer sa carte bancaire dans le lecteur de carte pour s’acquitter des dix euros demandés.

La porte de la cabine s’ouvre. Avec une légère hésitation, il pénètre à l’intérieur et la porte se referme sur lui automatiquement, sans un bruit.

Une voix synthétique mais étonnamment chaleureuse lui demande alors sur un ton amical :

"Bonjour Jean, bienvenue dans notre cabine de téléconsultation ‘Téléconsult’ Italie’. Souhaitez-vous un traitement simple adapté à vos symptômes, ou préférez-vous un diagnostic approfondi ?"

Jean prend une profonde inspiration. Un traitement simple lui permettrait peut-être de s’en sortir rapidement, mais une part de lui souhaite avoir l'assurance que rien n’échappe à l’analyse. "Je souhaite un diagnostic approfondi", répond-t-il avec une voix un peu assourdie par l’émotion.

"Très bien, Jean. Le diagnostic approfondi n’est pas pris en charge et une somme forfaitaire de 300 € sera débitée de votre carte bancaire." Le ton est implacable. Jean regrette son choix mais il n’a pas la possibilité de revenir en arrière. Tant pis, se dit-il, au moins j’en aurai pour mon argent.

A l’intérieur de la cabine il n’y a aucun autre humain. Il règne une douce chaleur, qui contraste avec le froid hivernal de la saison. Un divan d’examen et de nombreux instruments médicaux occupent l’espace.

La voix se fait de nouveau entendre :

" Mon nom est Lama . Je suis une intelligence artificielle et l'équipe de médecins et d'informaticiens qui m’ont conçue, vous souhaitent la bienvenue. Cette cabine est sous la responsabilité du Docteur B. qui recevra l’ensemble des examens recueillis et qui rédigera une ordonnance que vous pourrez récupérer en fin d’examen.

Vous allez maintenant décrire très précisément vos symptômes. L'ordinateur vous posera quelques questions. Répondez de manière naturelle, de façon claire et concise. Puis vous vous déshabillerez en rangeant vos habits dans le casier prévu à cet usage. Vous vous installerez ensuite sur le lit d'examen. Notre palpeur robotisé, un modèle de la toute dernière génération, sera déployé pour recueillir toutes les informations nécessaires au diagnostic. N'ayez crainte cet instrument est très doux et vous verrez que ce moment est presque agréable. Il vous sera ensuite prélevé une goutte de sang qui permettra d'analyser plus de cent variables. Vous n’aurez aucun désagrément mais vous pouvez interrompre à tout moment l’examen en appuyant sur le bouton d’arrêt d’urgence situé à votre droite. "

Jean se demande quelles sont les urgences qui pourraient survenir mais il n’ose pas poser sa question. Un peu gêné de se déshabiller devant une caméra, il s’assoit pour répondre aux questions de l’ordinateur.

Celui-ci a déjà largement communiqué avec les fichiers de l’Assurance maladie, de sorte qu’il n’est pas questionné sur les points administratifs ni même sur ses antécédents médicaux. En revanche, Lama, puisque c’est sous ce nom que l’ordinateur s’est présenté, lui demande d’énumérer tous les symptômes qu’il présente. On lui dit de le faire très librement, sans commentaires ou tentatives d’explications.

Jean, émerveillé par cette technique prodigieuse, se laisse faire de bonne grâce. Lama lui pose des dizaines de questions dans certaines ne lui semblent pas d'un intérêt majeur. Une ou deux fois la voix l'interrompt d'une manière qu'il trouve un peu cassante afin de préciser certains points.

Une fois l’interrogatoire médical terminé, Jean est invité à s’allonger sur le divan.

Le « palpeur », un instrument à la forme humanoïde, se met en action. Le capteur de cet instrument, étonnamment doux dans ses gestes, explore chaque centimètre de l’anatomie de Jean. Au niveau du cœur, il réalise en une fraction de seconde un électrocardiogramme. Au niveau du foie, de la rate et de la vessie, c’est l’image d’une échographie qui apparait sur l’écran de contrôle. Le palpeur fait également des incursions dans des parties intimes mais Jean se dit que la réalisation d’un examen approfondi explique ces intrusions. Quand le palpeur explore les aires ganglionnaires situées sous les bras, Jean a un rire nerveux, déclenché par le chatouillement. Mais un frisson désagréable interrompt ce rire lorsqu'une voix lui intime l’ordre de rester tranquille.

"Ne bougez pas. L'examen doit être effectué sans interférence."

La voix est sèche, désagréable, presque hostile. Un malaise s’installe. Pour se rassurer, Jean se dit qu’il ne s’agit après tout que d’une voix artificielle.

Lama lui annonce ensuite qu’il est nécessaire d’immobiliser son bras gauche pour permettre une prise de sang correcte. Immédiatement, des liens automatiques se mettent en place et, Jean est désagréablement surpris de réaliser que ce sont ses deux bras qui ont été immobilisés. Mais la ponction veineuse se fait sans douleur.

L'examen se termine rapidement et un flot d'informations se met à parcourir la mémoire de l'ordinateur. Jean attend l’intervention d’un médecin humain et il est stupéfié quand la voix métallique retentit à nouveau.

« Votre cas a été analysé. Je suis dans le regret de vous annoncer que votre situation est désespérée. Je répète, désespérée. En outre, vous êtes contagieux et il n’est pas recommandé de vous laisser sortir de cet endroit »

Une lumière rouge s'allume dans la cabine, une alarme sonore retentit et une voix répète en boucle : « contagion maximale, contagion maximale, appel d'urgence ».

Jean sent avec effroi qu'il est en train d'étouffer. Il ne peut se détacher de ses liens pour appuyer sur le bouton d'urgence; Peut-être que le robot lui a injecté un poison à son insu, lors de la prise de sang. De toute façon le problème est vite réglé. Jean s'écroule rapidement, sans vie.

.. À l'autre bout du continent, le docteur B. est interrompu dans sa partie de golf par un appel téléphonique. La cabine Italie lui signale qu'un nouveau patient contagieux vient d'être euthanasié conformément à la directive de santé publique sur le risque majeur de contagion lié à l'épidémie du filovirus apparu depuis peu. Le docteur donne son aval à l’euthanasie et appelle un service spécialisé pour évacuer le corps du patient.

En reprenant sa partie le docteur se sent curieusement mal à l'aise. Pourquoi tant de cas désespérés sont-ils repérés maintenant, depuis l’installation de ces nouvelles cabines ?

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La téléconsultationChapitre4 messages | 7 heures

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