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La clarté du matin envahit la cuisine avec douceur. Vincent dépose l’ordinateur sur l’ilot avant de se faire couler un café. Il s’adosse contre l’évier le temps que la machine fasse son travail.

Ses yeux s’arrêtent sur la poussière. Il fronce les sourcils, attrape un chiffon qu’il humidifie, puis l’essuie délicatement. La sensation du métal froid sous ses doigts le saisit, son cœur manque un battement.

Il s’immobilise, le regard figé.

Le temps s’étire.

Son smartphone vibre dans sa poche. Il n’y prête pas vraiment attention et ouvre l’ordinateur.

Une photo de Léo et de son équipe de football s’affiche en fond. Vincent ferme les yeux, la bouche serrée.

La douceur d’une journée de printemps.

La ferveur des encouragements.

La déception d’une défaite.

La joie d’un moment réconfortant.

Le bonheur d’une soirée en tête à tête à refaire le monde.

Vincent renifle, un spasme lui coupe le souffle. L’odeur du café sature l’air. Il baisse l’écran plus violemment qu’il ne l’aurait voulu. Ses mains tremblent. Son cœur cogne.

Il se détourne et se laisse glisser au sol, le visage entre les mains.

— Tu sais que tu n’es pas obligé de suivre à la lettre les conseils de ton thérapeute. Un an, c’est court pour réapprendre à vivre.

Vincent écoute sa sœur d’un air absent. Le carrelage froid qu’il sent à travers son pantalon en toile lui donne un frisson.

— Je sais, Isa. Mais j’ai besoin d’avancer, que ça change.

— Tu es toujours sous traitement ?

Vincent soupire.

— Non, j’ai arrêté il y a quelques semaines, peut-être un mois.

— C’est probablement le contre-coup.

Il se crispe.

— C’est… la mort de mon fils, Isa.

Isabelle soupire dans le combiné.

Vincent s’en veut aussitôt.

— Pardon. Tu as sûrement raison.


— Tu n’as pas répondu à mon message. Est-ce que tu nous rejoins chez papa ce week-end ?

Vincent lève les yeux au ciel, hésitant.

— Je ne pense pas que ce soit une bonne idée.

— Il n’y aura que nous et papa. Tu lui manques beaucoup…

Il serre les lèvres, puis se ravise.

— Je vais y réfléchir.

— Tu me le promets ?

Il souffle.

— Oui.

— Je t’aime, p’tit frère.

Ses lèvres s’étirent en un timide sourire.

— Je t’aime aussi.

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