Chapitre 16 2/2

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— Madame Guillou, vous avez compris que vous êtes en garde à vue ? demanda Morvan.

— Oui, la gendarme me l’a signifié quand elle est venue chez moi tout à l’heure.

— Elle a appelé un avocat ? s’enquit-il en s’adressant à Angélique.

— Oui, un certain Maître Salomon, de Brest

— Et que lui a-t-il dit ?

— De se taire tant qu’il ne serait pas là, d’après ce que j’ai compris. Ça n’est pas étonnant. C’est la consigne habituelle, non ?

Maryse Guillou restait silencieuse, comme hébétée par ce qui lui arrivait.

— Vous savez quand il sera ici ? demanda Morvan aux deux femmes.

— Vers 11h ou 11h30 au plus tard, répondit Angélique.

— Bien, nous allons l’attendre pour commencer à vous interroger.

La suspecte allait mariner presque une heure en cellule, qui sait ce qui sortirait de ce « temps de réflexion », se dit l’adjudante.

— Vous avez compris pourquoi vous êtes en garde à vue ? insista Morvan

— Je crois, oui. Parce que les munitions trouvées chez moi correspondent à celles qui ont tué Alain ?

Ça et tous les autres soupçons qui pesaient sur elle, comme le mobile, le trou dans son emploi du temps, bref, ils avaient quelques « charges », côté gendarmerie, pensa Morvan.

— C’est cela, c’est l’élément nouveau de ce matin, ce qui nous a conduits à vous convoquer. Ma collègue vous a bien dit que vous aviez le droit de garder le silence ?

— Oui, je verrai avec mon avocat.

— Bien, elle vous a aussi dit que vous étiez placée en garde à vue pour une durée initiale de 48 heures ?

— Oui, elle m’a dit tout ça et m’a même remis la liste de mes droits par écrit. J’en ai signé un exemplaire qu’elle a gardé.

— Parfait. Tout s’est donc déroulé selon les règles. Je vais appeler un médecin pour qu’il vous examine avant de vous emmener en cellule.

— Je vais être enfermée ?

Elle joignit ses mains et mordilla ses doigts.

— Oui, c’est le principe de la garde à vue : vous êtes enfermée entre les périodes d’interrogatoire.

Visiblement, elle n’avait pas imaginé cela et semblait perdre un peu ses moyens. Si elle n’avait pas été aussi suspecte du meurtre de son mari, Angélique se dit que cette femme aurait pu être touchante.

Sur ces entrefaites, le docteur Miradoux pénétra dans les locaux de la brigade.

— Bonjour, je suis là, capitaine.

— Merci docteur. Voici Maryse Guillou que nous venons de placer en garde à vue. Pouvez-vous l’examiner ?

— Bien sûr, où puis-je me mettre pour cela ?

— Je vais vous ouvrir la cellule, proposa Morvan.

Cela lui ferait déjà un petit aperçu de ce qu’était une garde à vue, se dit Angélique qui assistait à la scène. Ces 48 heures pouvaient sembler très longues quand on est enfermé.

Le médecin et la prévenue étant parties dans la cellule, qui avait été verrouillée par Morvan, lui et Angélique se retrouvèrent dans le bureau du capitaine.

— Elle n’a pas fait de difficulté ? demanda-t-il

— Non, aucune. On aurait dit qu’elle s’y attendait.

— Elle n’a pas montré la moindre émotion ?

— Non, rien, un sang-froid de joueur de poker. Mais là, visiblement l’idée d’aller en cellule a un peu changé les choses, on dirait.

— Oui, ça fait souvent cet effet-là. Dès que tu es arrivée chez elle, elle a tout de suite appelé un avocat ?

— Oui, comme si elle s’y était préparée aussi. Elle avait le nom dans la cuisine, à côté de son téléphone, comme s’il y avait eu des fuites.

Comment aurait-il pu y avoir des fuites ? Ils n’avaient décidé qu’une heure plus tôt de lancer la garde à vue. Au grand désarroi d’Angélique qui initialement n’y croyait pas vraiment, tout cela tendait bien à montrer que Maryse Guillou pouvait avoir des choses à se reprocher.

— Non, pas de fuite possible, l’assura Morvan.

— Elle ne se sent juste pas tranquille et peut-être pas totalement clean, alors. On verra bien ce qu’elle aura à nous dire quand son avocat sera là, conclut Angélique.

— On fait comme chez elle ? Toi la méchante et moi le gentil ?

— OK.

L’adjudante avait bien apprécié cette répartition des rôles. On avait tellement l’habitude d’attribuer la position du "bon flic" à la femme. Alors qu’elle, du haut de son mètre presque quatre-vingt-dix, pouvait aussi impressionner.

À la fin de leur conversation, avec une synchronicité presque parfaite, le médecin sortit de la cellule de garde à vue. Maryse Guillou voulut le suivre, mais fut retenue par Dumont qui avait ouvert.

— Non, Madame, vous restez là pour le moment, fit-il en la repoussant gentiment à l’intérieur.

Il verrouilla la porte sur elle. Angélique avait eu le temps d’apercevoir le regard complètement affolé de la femme. Celle-ci semblait n’avoir plus aucun repère.

Le médecin se dirigea vers Paul :

— Je peux vous parler quelques minutes au sujet de madame Guillou ?

— Oui, bien sûr, venez dans mon bureau. Angélique, tu viens avec nous ?

— Ce que j’ai à vous dire est confidentiel, fit le toubib avec une certaine crispation.

— Ne vous inquiétez pas, l’adjudante Benslimane est aussi muette qu’une tombe et c’est avec elle que je mène cette enquête. Il est important qu’elle ait les mêmes infirmations que moi, l’assura Morvan.

— Bien, concéda le médecin en les suivant.

Morvan ferma la porte de son bureau et les invita à s’asseoir. Le toubib refusa, arguant que ça serait rapide et qu’il fallait qu’il retourne à son cabinet.

— Que vouliez-vous me dire, docteur ? demanda le capitaine.

— Je pense qu’elle est apte à être mise en garde à vue, mais semble toutefois assez perturbée. Si je peux me permettre et si c’est compatible avec vos pratiques, serait-il possible, pour la ménager un peu, de ne pas dépasser deux heures de questions consécutives ?

— D’alterner par exemple deux heures d’interrogatoire et deux heures de repos ? suggéra Angélique.

— Oui, ce serait mieux pour sa santé à elle.

Elle consulta Morvan du regard et devant son hochement de tête, accepta le principe.

Elle avait soumis cette formule parce qu’elle avait bien compris que ce qui risquait plus de perturber Maryse Guillou, et donc potentiellement de la faire craquer, c’était de rester en cellule, beaucoup plus que d’être interrogée. D’autant plus que lors des interrogatoires, son défenseur serait présent.

Le médecin regagna son cabinet. Les gendarmes demeurèrent seuls.

— Bon, on attend l’avocat et on y va ? proposa Morvan.

— Si tu veux bien, on va la laisser mariner un peu, fit-elle avec un clin d’œil.

Une fois qu’elle lui eût raconté ce qu’elle avait observé, il convint avec elle que le temps passé en cellule pouvait être favorable à délier la langue de Maryse Guillou. Inutile donc de se presser pour interroger cette femme.

Environ vingt minutes plus tard, l’avocat arriva à la brigade, conduit par celui qui se trouvait à l’accueil de la compagnie ce jour-là, le brigadier-chef Leclerc.

— Voilà le capitaine Morvan. Maître, c’est lui qui dirige l’enquête sur le meurtre de Dirinon, avec l’adjudante Benslimane, ici présente aussi, fit ce dernier en se mettant au garde-à-vous devant le chef de la brigade de recherches.

— Repos, Leclerc et merci.

— Bonjour capitaine, puis-je voir ma cliente, je vous prie ? demanda l’avocat.

Il avait tout à fait ignoré Angélique qui pourtant ne passait pas inaperçue. C’était certainement une tactique de défense, se dit-elle, sans se vexer pour autant. Le type était grand et sec, avec un air revêche. L’interrogatoire, ou plutôt les interrogatoires allaient être sans doute assez sportifs. Toutefois, quitte à ce que son week-end se déroule au boulot plutôt que d’aller faire du sport, autant que cela soit pour des moments « sportifs », se dit-elle en souriant intérieurement.

— Bien sûr, Maître. Elle vient d’être examinée par un médecin et depuis elle vous attend, fit le capitaine en guidant le défenseur vers la cellule.

Il héla le planton de la brigade :

— Dumont, vous pouvez ouvrir à Maître Salomon s’il vous plait ? Vous refermerez derrière lui, n’est-ce pas ?

Puis s’adressant à l’avocat :

— Vous n’aurez qu’à frapper sur le battant quand vous serez prêts tous les deux, Maître.

— Bien.

Maître Salomon tira lui-même la porte derrière lui et Dumont donna un tour de clé, les enfermant tous les deux à double tour.

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