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22 heures
J’ouvre les yeux, l’avion atterrit. Je descends les escaliers avec des yeux émerveillés tout en voyant la foule s’agiter.
Arrivée dans l’aéroport, je ne vois plus Soledad. Je me dirige alors vers le tapis roulant, seule, pour prendre mes deux valises. Autour de moi, tous ces gens ont l’air si heureux, mais je ne peux pas comprendre ce qu'ils disent à cause de la barrière de la langue. Je suis seule. Evidemment, je ne capte pas. Mon forfait ne s’est toujours pas renouvelé. Génial !
Alors que je suis dans mes pensées, j’aperçois un homme assez classe se diriger vers moi. Je n’ai pas l’impression de le connaître, mais Soledad lui parle. C’est peut-être parce que je suis dans mes pensées que je ne le reconnais pas ?
— Holà, il essaye de parler espagnol, le pauvre. Je me présente, je suis le frère de monsieur Doe, Nae Doe. Je vais vous accompagner à votre logement, il s’excuse de ne pas pouvoir être présent.
Il est très classe, Nae Doe. Je le suis tout en lançant un regard à Soly. Elle a l’air de bien l’apprécier. Affaire à suivre… Je préfère que ce soit lui qui nous accompagne plutôt que mon patron. J’aurais été trop gênée, surtout vu comment je suis habillée ! Un gros jogging accompagné de la coiffure du réveil, bonjour l’accueil !
Nous prenons la route, direction notre logement pour plus ou moins un an. Je colle ma tête de façon rêveuse à la vitre en observant le paysage parisien défiler. Même s'il fait nuit, la ville est tellement belle. Je me sens comme dans une sitcom où le personnage arrive dans un nouveau pays. Cela fait beaucoup rêver. Je m’imagine dans ses rues avec Soledad en train de découvrir Paris, accompagnée de nombreux éclats de rire. Mais aussi comment sera la rencontre dans le café avec mon patron. Malgré l’heure, la circulation est dense, mes paupières se ferment petit à petit…
Je me réveille en sursaut lorsque j’entends le moteur s’arrêter. Nae nous prévient que nous sommes arrivées à destination. Je descends de la voiture avec mes bagages et je regarde autour de moi, avec des yeux fascinés, le quartier dans lequel je vais habiter avec Soledad.
Je partage mon enthousiasme avec ma meilleure amie. Je suis impatiente de découvrir l'appartement, bien que je l'aie vu sur des photos.
— Déjà, je valide l’immeuble. Une porte bleue comme dans Nothing Hills, un bon point ! M’exclamè-je.
Nous prenons l’ascenseur, ce qui est plus ou moins rare dans les immeubles parisiens, nous confie Nae. Je me dis intérieurement que la chance est avec nous, surtout que l’appartement est au 4ᵉ étage ! Il nous fait la bise, une coutume française, je pense et nous laisse toutes les deux.
— À trois, on ouvre la porte. Un, deux et trois !
Soledad et moi poussons un cri d’émerveillement. Il est encore plus beau qu’en photos.
Nous parcourons notre habitation. En face de l’entrée, se trouve la pièce à vivre, comprenant la cuisine et le salon dans des couleurs grises. Même si la pièce est petite, elle est très bien agencée. Soledad décide de prendre la chambre à droite de l’entrée et moi celle à côté du salon. Même s’il fait nuit, l’appartement a l’air très lumineux. Nous déposons chacune nos valises dans notre chambre attribuée, puis nous nous posons sur le canapé.
— Vivement que nos meubles arrivent et que cela parte ! Il me manque mes couleurs, se plaint Soledad.
Soly et les couleurs, c’est une grande histoire d’amour. Vous ne la verrez jamais habillée en noir ou pire, avoir un logement dans les tons gris. La pauvre, elle va devoir subir cette décoration pendant 3-4 jours, le temps que tous les cartons arrivent à notre nouvelle adresse.
Il est presque minuit quand nous terminons de discuter et de ranger quelques affaires avant d’aller dormir.
***
Monsieur Doe m’a envoyé un e-mail pour savoir si tout s'était bien passé, mais aussi quand je commence : lundi à 10 h. Au moins, je pourrai bien m’installer avant de reprendre à travailler.
Je me lève de mon lit, prends un haut et un jean dans ma valise. Puis je file à la salle de bain pour me préparer. Sous la douche, je commence à me faire des petits scénarios. Je m’imagine la rencontre qui aura lieu demain au café à une station de métro de chez moi. Comment je m’habillerai, quelle boisson je commanderai. Tant de questions me viennent en tête durant ces dix minutes. Dès que j’ai terminé de me préparer, nous décidons de prendre un brunch au restaurant du coin. Il faut vraiment que nous allions au market pour remplir les placards si nous ne voulons pas mourir de faim.
Le serveur nous accueille et nous donne un menu traduit en espagnol. En pensant à ça, il faut absolument que je perfectionne mon français, bien que j’aie quelques bases.
— Demain, tu m’accompagneras rencontrer monsieur Doe ? Je stresse énormément, surtout que je ne peux pas tenir une discussion entière en français contrairement à toi.
Lorsque je parle, ma voix est remplie d’angoisse. J’appréhende cette rencontre comme cet affrontement avec l’inconnu. Bien que j’aie baigné dans le monde de la littérature, je n'ai jamais été confrontée à des clients qui partagent la même passion que moi. Ce n’est pas dans mon ancien travail que j’ai pu travailler sur ce partage.
En effet, j’ai été conductrice de VSL, pour emmener des patients à leur rendez-vous médical. Un tout autre domaine. Après mes études de lettres, je n'ai pas été acceptée dans les maisons d'éditions que je voulais et je n'ai pas immédiatement pensé à travailler dans une librairie. Je devais payer mon loyer, puis j’ai consulté cette entreprise qui recherchait une chauffeuse. J’ai sauté sur l’occasion. Le schéma se répète avec cette annonce que j’ai vue lorsque je surfais sur le web, sauf que j’en avais vraiment envie. Travailler dans ce monde littéraire était l'un de mes souhaits de vie.
Soly accepte volontiers de m’accompagner demain au café. Je ressens un premier soulagement. On discute de divers sujets, puis nous évoquons nos 16 ans. On adore se remémorer nos premières fois.
— Oh, je me souviens, s’exclame Soledad. Tu te rappelles quand j’ai dû monter sur les épaules de pleins de garçons en plein festival. Parce que madame était partie, je ne sais pas où ! Heureusement que je t’ai retrouvé, j’étais morte de trouille. Bon, après, j’ai fait de belles rencontres, elle lève les yeux en l’air.
— Je me souviens de cela. Ta bande de mecs qui m’ont fait la morale, car j’avais laissé seule ma meilleure amie. Or tu ne dis pas tout ! Tu étais en train de parler à une de tes potes, je t’ai averti de mon départ. Et quand je me suis retournée, paf, plus de Soledad. Après, tu peux en tirer quelque chose de positif : Fabio. Quel bel homme, tu aurais dû lui laisser un numéro.
On continue à se rappeler Fabio, un garçon parfait. Mais bon, elle a préféré Remi. Bien sûr, je garde cela pour moi, afin de ne pas gâcher l’ambiance.
Après manger, on décide de faire les courses pour remplir tous ces placards vides. On rentre dans un supermarket. Je veux tout prendre, j'adore préparer des plats. Avec Soly, on décide de prendre quelques produits français pour faire une dégustation. Plus on avance dans les rayons, plus le chariot se remplit ; des sardines en boîte, riz de Camargue, saucisson. Et évidemment, beaucoup de fromages, je crois que je vais adorer manger ici.
— Je suis exténuée ! Les courses, plus jamais, je me dédouane de cette tâche. Par contre, je veux bien participer à la dégustation, dit-elle tout en regardant avec amour les produits dans le sac.
— Avec plaisir, j’ai toujours aimé être entouré de toute cette nourriture. Ce n'est pas le tout, mais j’aimerais bien visiter la ville.
Nous prenons l’ascenseur direction la visite des dix passages incontournables de Paris. Je ne perds pas de temps pour découvrir tous les recoins, j’ai déjà tout organisé. Ça permettra de nous familiariser avec les lieux. Nous avons rejoint notre guide au musée Grévin, c'est pratique comme c’est à deux pas de chez nous.
Je vais tomber amoureuse de tous ces passages, c’est tellement beau. La guide nous fournit des informations authentiques sur ces endroits. L'apprentissage me rend plus proche du pays. Nous allons de passages en passages, jusqu’à ce que l’on tombe sur mon préféré : la galerie Vivienne. Avec ses décors sobres, sa grande verrière, tous ses éléments qui créent son charme. De plus, la librairie Ancienne & Moderne a un charme irréductible. Je suis fascinée par tous ses détails, les petites boutiques…
À la fin de la visite, avec Soly nous nous fixons comme objectif de visiter toutes les petites boutiques des passages. À commencer d’aujourd’hui. Nous prenons pour la première fois le métro parisien. Quel enfer ! On n'a aucun espace à nous, je ne peux pas respirer. Heureusement, nous arrivons vite à notre rue.
— Il est si beau ce passage ! J’ai envie de rentrer dans toutes les boutiques. On commence par la galerie d’art ?
Je suis alors Soledad dans la galerie, puis elle échange avec le peintre. Elle me traduit quelques mots de la discussion pour que je ne me sente pas à l’écart. En attendant, je parcours la petite galerie, quand je tombe sur cette œuvre. Je me sens obligé de l’acheter.
— Il ne faut pas aller tous les jours dans cette galerie, s’exclame Soly les bras chargés d'affiches.
— On va se contenter de ce que l’on a pris. Mais au moins, on aura des touches de couleurs dans notre appartement. Ça n'a pas de prix !
Nous poursuivons notre visite des boutiques, les bras chargés de livres, de bijoux et de petites décorations pour ajouter notre touche, même si nos meubles n'arrivent que dans trois jours. Avec Soledad, on décide de rentrer nous reposer. On a beaucoup piétiné aujourd’hui.
Je prends les quelques affiches achetées dans la galerie, de la pâte à fixe, puis les colle au-dessus du salon. Pendant que je décore le mur, Soly installe les cadres dans nos chambres. Plus tard, on y mettra des photos de nous dans les rues de Paris !
Lorsque je décide d’appeler mon père pour lui donner des nouvelles, une notification s’affiche : Je vous attends dans le restaurant “ Les Piplettes du Boulevard" pour un café à 14 heures …
Le stress commence à réapparaître.

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