J'arrive pas à t'oublier
Salope.
T'as vu, je suis toujours aussi classe, aussi gourmet, aussi fin n'est-ce pas.
Je fanfaronne, je peux bien, t'es plus là... Me voilà marrant avec mes injures et mes trois petits points, à jouer les durs, les gros lourdeaux, à me travestir en un salaud.
Combien d'années sont passées ? Hein ? J'ai perdu le compte.
Parler de toi ça me fout le cafard, j'aurais préféré te ranger dans mon placard.
Ouais je fais des rimes et alors ? C'est interdit ? Tu reviens dans ma vie et tu voudrais jouer la flicaille ? Il me reste plus rien à moi. Enfin si. Tu vois, je suis toujours aussi menteur...
Je sais même pas pourquoi mon sang se déverse autant... Ouais, ouais, toujours aussi extrême dans ces métaphores stupides, tu dirais que j'y cache toute ma lacheté.
La honte, c'est ce qui me tient le corps depuis que je t'ai perdu.
J'en fais trop ? Sans doute. On se connaissait à peine ? Parle pour toi, moi j'ai pas cessé de te rêver...
Toujours aussi laid, je me sens toujours aussi bête et en dessous de tout.
Ta soeur elle me répète que c'est pas grave, enfin si bien sûr, mais que j'y peux rien, que de toute manière ça devait bien arriver.
Evidemment ça me dégoûte, toi t'en dirais quoi ? Tu peux plus rien dire maintenant.
Quand je suis passé au cimetière ce matin, je pensais à rien. Surtout pas à toi. Je flanais, tranquille, cowboy citadin. Puis bien sûr j'ai revu ta tombe. Et j'ai pleuré, pas longtemps, une heure ou deux, et j'aurais bouffé toute la terre qu'on a mis sur ton corps pour te serrer dans mes bras... Mais je pouvais pas, j'étais couché là, par terre, j'ai eu si peur qu'on vienne me demander des comptes...
J'aime pas ça les retrouvailles, ça me fout le cafard.

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