Chapitre 9 : La signature du Contrat

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Six mois plus tard…

S’il fallait résumer les six mois qui précédèrent le mariage en un mot, ce serait : folie.
Deux mères.
Trois wedding planners (la première avait été virée pour avoir proposé un thème "blanc et bleu glacier").
Des cartons d’échantillons, des tableaux Pinterest partagés à minuit, des appels visio paniqués, des débats sur la couleur des nattes pour le rituel de l’eau.

Madame Areeya avait organisé un tableau Excel croisé dynamique pour comparer les lieux de cérémonie, avec des onglets par ambiance, météo, marée et pollution sonore.
Tante Nalinee, elle, ne jurait que par les fleurs fraîches livrées par avion du Japon ("les pivoines thaïlandaises n’ont pas le bon velouté, Areeya, ne sois pas obtuse !").

Les pères ?
Stoïques.
Installés chaque dimanche sur la terrasse de la maison de Fourth, glacière pleine, journaux dépliés.
À chaque fois que l’un des deux voyait débarquer sa femme en furie avec un carnet de notes :
Elle arrive.
Courage.

*****

Au bout d’un mois, Gemini craqua.

On part. Deux semaines. Pas de télé, pas de planning, pas de pivoine.

Fourth, déjà en train de bourrer des t-shirts dans un sac à dos, répondit :

Je t’attendais.

Direction : Chiang Mai. Pas la ville. La montagne.
Un village reculé où une directrice d’orphelinat, amie de la grand-mère de Fourth, avait accepté de les accueillir pour une mission de bénévolat.

Là-bas, pas de Wi-Fi stable.
Pas de photographes.
Juste des enfants curieux qui couraient vers eux en criant “Phi Fourth ! Phi Gemini !”, des chemins boueux, et des nuits sous ventilateurs grinçants.

Ils peignirent des murs, plantèrent des arbres, réparèrent des filets de pêche.
Et parfois, ils ne faisaient rien.
Juste écouter les histoires des enfants.
Donner de leur temps. De leur main. De leur cœur.

Un soir, Fourth, assis dans la cour, un enfant endormi sur ses genoux, dit à Gemini :

Tu penses qu’on ferait de bons pères ?

Gemini n’avait pas répondu. Il avait juste souri.
Et posé sa main sur celle de Fourth.

*****

Le dernier jour, la directrice leur montra un chemin de terre escarpé.

— Si vous voulez un moment rien que pour vous, allez là. Suivez les pierres plates.

Ils marchèrent une heure.
Puis la trouvèrent.
Une cascade nichée entre les rochers, fine et souple, qui glissait dans un bassin naturel.
La lumière du soleil frappait les pierres, les rendant chaudes et lisses. L’eau était fraîche, cristalline.

Ils se déshabillèrent en silence.
Et plongèrent.

Les gestes vinrent doucement.
Des rires. Des regards. Des mains. Des frissons.
Puis l’envie. La vraie. Pas la fièvre de Bangkok.
Une autre forme de désir.
Une danse lente, charnelle, entre roche tiède et courant doux.
Les soupirs s’échappaient sans pudeur, absorbés par l’écho des feuillages.

Quand tout fut terminé, Fourth s’allongea sur une pierre plate, trempé, les cheveux en bataille.
Il tourna la tête vers Gemini, encore à moitié dans l’eau.

Peu importe le reste du monde. Toi, moi, cette eau. Je suis prêt.

Gemini se pencha vers lui, l’embrassa.

Moi aussi.

*****

Phuket.
Une villa ouverte sur l’océan.
Des lanternes suspendues à des branches, des tapis posés sur le sable chaud.
Pas de bancs. Pas de discours interminables.
Juste les gens qui comptent.
Et eux deux.

Gemini portait un costume crème aux lignes nettes, pieds nus.
Fourth, une tunique longue en soie ivoire, ceinturée à la taille, les cheveux légèrement tirés vers l’arrière, pivoine d’argent à la boutonnière.

Ils s’étaient rejoints au milieu du sable.
Le vent jouait avec leurs vêtements.
Ils s’étaient pris la main.

Gemini parla le premier.

Tu es mon chaos préféré.

Fourth rit, ému. Et répondit :

Et toi, mon ancre dans la tempête.

Puis ils dirent “oui”.
Sans trembler.
Sans hésiter.

Cette fois, ce n’était plus un contrat.
C’était un serment.
Un souffle partagé.
Et tout était clair.

*****

La fête battait son plein. Lanternes, musique, rires, champagne local, cris d’enfants.
Les mamans pleuraient à nouveau. Les papas buvaient une bière en silence, en échangeant un regard qui disait on y est arrivés.

Mais Gemini attrapa discrètement la main de Fourth.

On se casse.
Maintenant ?
Maintenant.

Ils enfilèrent deux chemises, un short, des tongs.
Montèrent sur un vieux scooter piqué à un cousin.
Et prirent la route, cheveux au vent, à travers la nuit chaude de Phuket.

Ils s’arrêtèrent dans un petit restaurant de plage, paillote sans prétention, riz sauté à même la poêle et néons fatigués.

Assis à une table en plastique bancale, Fourth souffla :

C’est ça, mon idée d’un début de vie à deux. Le riz sauté à 3h du matin avec mon mari.

Gemini rit doucement.

— Alors qu’on a réservé une suite à 12000 bahts la nuit.

Fourth haussa les épaules, un grain de poivre coincé à la lèvre.

Le bonheur ne se réserve pas. Il se trouve.

Gemini le regarda, longuement.

Puis l’embrassa.

Fin de contrat.
Début de tout le reste.

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