Chapitre XXVI : En route pour la clinique

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Samedi 03/12/22 en route pour le sud

E.Y

C’est après Montélimar que ça avait foiré, Marc avait dû forcer sur la pédale d'accélérateur... C'est escorté par l'Alpine A110 de la gendarmerie nationale qu'il fit son entrée triomphale sur l'aire d'autoroute.

  • C'est fichu Sarah ! On termine ici, je n’avais pas compris que cette bagnole avait autant de chevaux sous le capot.
  • Oui, je reconnais que t'as fait fort, c'est plus une erreur, c'est de la crétinerie ! Bon, on a tous droit à des conneries, laisse-moi faire tout n'est peut-être pas foutu, je n’ai pas envie de tout perdre si bêtement, file-moi vite la couverture qu'il y a derrière et vide une bouteille à mes pieds...
  • Non c'est gros, tu ne vas pas faire...
  • Laisse-moi faire ! Tu n'as qu'à sortir du véhicule avant qu'un agent te le demande et tu cries...une connerie...que ....
  • Ok, j'ai compris…on tente le tout pour le tout !

Alors que le gendarme, la main sur son arme de service s'avançait vers l'Aston Martin, Marc en jaillit brusquement, visiblement affolé, il gesticulait et criait :

  • Je vais être papa, aidez-moi, ma femme a perdu les eaux, appelez les pompiers...vous pouvez me retirer mon permis, je m'en fous je vais être papa, vous vous rendez compte....
  • Gendarmerie Natio...vos Pap...Si vous vous foutez de moi vous...

Pendant ce temps, son collègue avait fait le tour de la voiture et cria,

  • Robert, demande au gars de remonter dans sa caisse, on lui ouvre la route jusqu'à la maternité de Montélimar...
  • Monsieur, monsieur remontez dans la voiture on vous accompagne à l'hôpital, dans dix minutes votre femme est dans une chambre force majeure j'aurais réagis comme vous à votre place....

*A.R*

Pas le temps de réfléchir, Marc remonta à bord du l’Austin. Il redémarra la voiture tout en espérant avoir une solution de secours avant d’arriver à l’hôpital. Il songeait à la tête du médecin. Ils auraient l’air de quoi avec leur couverture et leur litre de pinard. Franchement, Sarah avait su faire preuve d’ingéniosité et il appréciait cette facette de la belle assise à ses côtés. Elle aurait pu avoir un rôle dans n’importe quel film, une comédienne née. À moins que cela soit sa vie de galère qu’il l’ait rendu aussi débrouillarde. Était-elle machiavélique ou juste une femme qui essayait de s’en sortir ? Elle l’avait prévenu, elle était prête à tout pour ne pas retourner sur le trottoir.

En attendant, il fallait au plus vite qu’ils trouvent une solution avant de franchir les portes du CHU. Sarah feignait les contractions à merveilles, les grimaces sur son visage et la main qui avait serré celle du policier assez fort pour lui laisser échapper un petit grognement, étaient dignes d’un César. Il souriait malgré lui, elle avait du tempérament et il commençait à s’attacher bien plus qu’il ne le devrait. Le deal, c’était qu’arrivée en Malaisie, chacun pourrait faire ce qu’il voulait. Est-ce qu’une fois libre, elle ne se sentirait pas pousser des ailes et partirait conquérir un meilleur parti avec la moitié du butin ?

Perdu dans ses pensées, il ne quittait pas du regard la voiture qui les escortait. C’était sans compter que la vie a ses propres mystères. Le hasard faisait parfois bien les choses. Un camion venait de faire une embardée et était couché sur la bande d’arrêt d’urgence gênant la circulation. Les policiers devaient répondre à une nouvelle urgence. Marc fut contraint de s’arrêter.

  • Poursuivez votre route, vous n’êtes plus qu’à dix minutes de l’hôpital, dit l’agent avec bienveillance.
  • Merci répondit Sarah dans un dernier souffle, reprenant de l’air après une contraction.
  • Soyez prudent, nous avons prévenu les services de votre arrivée imminente, ils vous attendent.

À peine eut-il prononcé un bon courage que Marc ferma la fenêtre et démarra en faisant bien attention de ne pas en mettre trop sur le plancher. Il regarda dans le rétroviseur la scène de l’accident s’évanouir dans l’horizon. Ils l’avaient échappé belle, ils devraient se montrer plus discret dorénavant et se débarrasser du bolide au plus vite. Il prit la première brettelle de sortie et se dirigea vers le petit village annoncé à cinq minutes de là.

E.Y

Ils furent rapidement perdus dans les vignobles, mais l'essentiel était ailleurs, ils étaient libres. Sarah qui était devenue une geek hors pair réussit à distance à pénétrer le système informatique de l'hôpital de Montélimar... Une enfant y serait née...la brigade d'intervention rapide de la gendarmerie d'autoroute recevra aussi un avis de naissance...fictif !

Elle voulait aussi pénétrer l'état civil, Marc l'en dissuada, avec tous leurs délits cumulés ils pourraient bénéficier de plusieurs siècles de prison.

La route devenait sinueuse, ils durent s'arreter à la première station service, l'essence y était hors de prix, ils en avaient cure, ce n'était pas eux qui payaient , mais la carte d'Etienne qui n'était toujours pas bloquée. Ils demandérent leur route au gars de la caisse Qui regarda sur internet. Oui dans la boutique ils avaient la fibre, pas tous les jours mais ils avaient un débit trés suffisant...Par la route de la montagne en passant par Grignan et Remuzat ils pouvaient rejoindre Sisteron en deux heures, deux heures trentes, même avec une voiture aussi puissante que la leur. Juste avant de fermer l'ordinateur le pompiste tomba sur une information amusante il le claironna aux deux touristes :

  • Té ! Les flics de l'autoroute, ils ont arrêtés un jobastre qui roulait en ferrari, il roulait à plus de deux cent kilométres heures le mec. quand ils ont arrétés le bonhome, la femme elle était en train d'accoucher...ils l'ont pas verbalisés , ils l'ont accompagné à la clinique...quand je dirais ça à ma femme, nos enfants sont nés dans cette clinique... bons voyage messieurs dames, le café, c'est moi qui vous l'offre...soyez prudent ça tourne beaucoups et à Sisteron vous pourrez récupérer l'autoroute d'Aix Marseille ! Bonne route !

*A.R*

Ouf, le plan de Sarah était passé comme une lettre à la poste. Marc n’en revenait toujours pas, la bougresse se montrait redoutable, il avait intérêt à faire gaffe à ses fesses. Devant eux, le paysage défilait à la vitesse du vent, un diaporama en accéléré de cartes postales. Ces petits bouts de paysage tissaient un univers serein, enfin peut-être pourraient-ils prétendre à connaitre un coin de paradis. Après tout, ils ne faisaient rien de mal enfin en cumulé cela commençait à faire une sacrée note. Mais merde la vie ne leur avait pas fait de cadeaux, il était temps que cela tourne. La route sinueuse demandait un peu de concentration et ce n’était pas le moment de finir dans le fossé. Des caniveaux, ils en avaient assez côtoyé, ici le bas-côté sentait le romarin et le thym. Ils étaient entourés de collines qui se dressaient hautes et fières rien à voir avec les immeubles et les entrées qu’ils leur étaient arrivés de squatter. Le ciel au-dessus de leur tête était d’un bleu intense, fini le grisaille et la pollution du périphérique parisien.

– On va faire une pause si ça ne t’embête pas, proposa Marc.

– Oui et ton sac à puce à envie de se dégourdir les pattes, répondit du tac-o-tac Sarah.

La chienne leva un sourcil dans la direction de Sarah et la snoba, elle ne l’aimait pas et c’était réciproque pourtant elles allaient bien devoir faire l’une comme l’autre.

– Bon et maintenant direction Marseille.

– Tu penses qu’ils font quoi Etienne et Reeve, demanda Sarah du bout des lèvres.

– Je ne sais pas.

– Tu crois qu’ils pourront un jour nous pardonner ?

– Reeve sûrement, Etienne lui me déteste déjà.

Sarah allait ajouter un mot de plus quand Marc vint poser ses lèvres sur les siennes. Après un long et sensuel baiser, il ajouta :

– Je suis sûre qu’ils prennent aussi du bon temps.

La vue était superbe, personne pour les juger ou les regarder de travers. Ils s’assirent au bord du parapet et respirèrent d’un même souffle. L’air tapissait leur narine d’un arôme subtil et fit remonter un tas de souvenirs.

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