Le 8 mars sonne comme un rappel
pour les bonnes consciences,
celles qui, le temps d’une journée,
font vœu de pénitence,
puis rangent leur ferveur
avec le reste de l’année.
Chaque année,
les timbales de l’Occident
résonnent à l’unisson.
Journée mondiale de la femme,
cause nationale du quinquennat.
Le patriarche absout ses méfaits
par la louange de ses vertus démocratiques.
« Ici, on respecte les femmes.
C’est ailleurs, vous savez,
là-bas, là où l’on porte la burqa. »
À l’Ouest, rien à signaler.
Tout va bien.
Braves femmes, restez sages.
Ne vous hystérisez pas.
Ne cédez pas
à l’appel féministe
qui dérange l’ordre des choses.
Les hommes de la République
veillent encore
à la bonne tenue du monde.
Des dates sur le calendrier,
je n’en ai que faire.
Moi,
je préfère le souvenir
d’une femme.
Un jour,
deux âmes se sont croisées.
Les cœurs se sont reconnus
avant même de se comprendre.
Nous venions de cultures différentes,
mais nous respirions
sous le même horizon.
Tu étais la loyauté,
la complicité,
et le moteur discret de mon éveil.
Ensemble,
nous avons fait naître
de jeunes pousses.
Nous naviguions encore
dans la douceur de la vie,
sans voir
que la marée préparait déjà
les tourments à venir.
Dans tes souffrances,
sans plainte
et sans théâtre,
tu as affirmé
la force véritable d’une femme.
Puis le crabe t’a emportée.
Mais dans ma mémoire
persiste ta lueur vive,
et sa clarté, encore,
éclaire pour toujours
mon humanité.
Plus qu'une femme,
Anna