Lettre à Arthur
Mon petit,
Je t’écris alors que tu es encore là, à l’intérieur de moi, sans savoir lire, sans savoir entendre les mots. Pourtant, je suis sûre que tu sens quelque chose. Un rythme, une chaleur, peut-être mes hésitations. Alors je t’écris comme on parle doucement dans le noir.
Je ne sais pas encore qui tu seras. Je ne connais ni ton visage, ni ta voix, ni ce que tu aimeras. Parfois, ça me rassure. Parfois, ça me fait peur. Tu es déjà là, et en même temps tu es encore une promesse floue, quelque chose qui bouge et qui change sans prévenir.
Je veux être honnête avec toi. Je ne suis pas certaine d’être prête. Il y a des jours où je me sens forte, presque invincible, et d’autres où je doute de tout, même de moi. J’espère que tu me pardonneras ces moments-là. Ils font partie de moi, comme toi fais maintenant partie de mon corps.
Je te parle souvent sans m’en rendre compte. Quand je marche, quand je m’arrête brusquement parce que tu bouges, quand je pose ma main sur mon ventre comme pour te retenir ici encore un peu. Je te promets des choses que je ne sais pas encore tenir. Je me promets surtout d’essayer.
Je ne sais pas quel monde t’attend dehors. Je sais seulement que je ferai de la place pour toi, même quand ce sera difficile, même quand je me tromperai. Tu n’as pas besoin que je sois parfaite. Tu as juste besoin que je sois là.
Reste encore un peu. Prends ton temps.
Je t’attends déjà.
Ta maman qui t'aime

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