Si nous deux...

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2024

Une journée particulièrement ennuyeuse au travail, une de plus.

Perdu dans mes pensées, un endroit dans lequel j’adore m’égarer, je repense à ma jeunesse, à ma scolarité.

Des noms me viennent en tête.

J’ouvre un moteur de recherche bien connu et y tape les patronymes au hasard.

L’un d’eux me saisit avec plus de force que les autres.

Son visage me revient, des souvenirs, certains gênants, d’autres excitants, mais surtout amers.

J’appuie sur la touche Entrée et le résultat me glace.

Avis de décès.

Nécrologie.

Sa photo, celle de notre dernière année de collège.

Mon cœur se serre tandis que je clique sur le premier lien.

Été 2010.

Il avait 27 ans.

Condoléances.

Je n’avais pas pensé à lui depuis un temps certain et voilà que sa mort me serre le cœur avec plus d’intensité que je ne l’aurais imaginé.

Je ferme les yeux, laisse une larme s’échapper à mesure que les regrets se ravivent en moi.

L’adolescence.

Les hormones en ébullition, chatouilleuses.

Les découvertes, les expériences.

Mais surtout la peur.

Le rejet, la discrimination.

Puis vient le temps des moqueries.

Celui du harcèlement.

L’échec.

Les idées sombres.

Et dans cet imbroglio d’émotions contraires et d’idées noires, les premiers émois.

Parfois réciproques.

Parfois forcés.

Il m’aura fallu presque 30 ans pour me rendre compte de l’influence de nos souvenirs sur ma vie d’aujourd’hui.

Bien que l’intensité et la violence de nos rapports soient encore très vifs dans ma mémoire, je me suis rendu compte de tout ce que j’avais « raté ».

Ses cicatrices.

Ses douleurs.

Ses combats.

Les coups qu’il donnait et ceux qu’il prenait.

Il faisait de son mieux pour ne rien laisser transparaître, campant son rôle de caïd, de dur à cuire, sans jamais sourciller.

Pourtant, je me souviens de l’étincelle dans son regard. De ses phalanges abîmées. De sa peau tailladée.

La douceur de ses doigts sur mon corps. De ses lèvres sur les miennes. De nos corps nus qui s’embrasaient. De cette sexualité que nous découvrions ensemble…

Eux ne mentaient pas.

Mais j’étais jeune, insouciant, peut-être, inexpérimenté, sûrement.

Je n’ai pas osé.

Me dévoiler trop vite, trop tôt.

Prendre le risque de m’exposer au grand jour.

Il était d’une beauté simple et pourtant si unique.

Son emprise sur moi était totale.

Il n’avait qu’à demander, j’étais à ses pieds.

J’avais peur de lui, mais je ne pouvais résister.

Pourtant, il n’a jamais exigé.

Encore moins promis.

J’ai voulu savoir ce qui lui était arrivé.

Suicide ?

Overdose ?

Je n’ai pas trouvé de réponse.

Je n’en aurais probablement jamais.

Aujourd’hui, il m’arrive, dans les moments de nostalgie les plus irrépressibles, d’imaginer ce que serait ma vie si j’avais osé.

J’adore me faire des films.

Ou est-ce peut-être pour me rassurer.

Allez savoir.

Aurait-il choisi une autre voie ?

Serions-nous heureux ?

Amoureux ?

Mon esprit me pousse à croire à une idylle frôlant la perfection, mais je sais que les obstacles auraient été nombreux.

Il n’était pas de ceux qu’on apprivoise.

Je ne suis pas de ceux qu’on enchaîne.

J’aurais déposé des baisers sur ses blessures.

Lui sur mes doutes et mes angoisses.

Je lui aurais donné toute la tendresse qui lui manquait cruellement.

Il m’aurait appris à vivre sans m’oublier pour les autres.

Chaque jour, nous nous serions montrés l’un à l’autre que la vie vaut la peine d’être vécue…

Un petit appartement.

Lui rentrant du travail.

Moi affairé dans la cuisine.

Nos lèvres qui s’étirent, les yeux brillants.

Nos bras qui nous enlacent, contre nos cœurs qui battent trop fort.

Et ces baisers… encore.

Il s’appelait Nicolas.

Mon premier amour.

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