Au violon
D’aucuns savent que l’expression « pisser dans un violon » sert à signifier l’inutilité d’une action. Toutefois, même s’il est vrai que pisser dans un instrument à quatre cordes n’a aucun intérêt – et moins encore s’il s’agit d’un Stradivarius au prix exorbitant – il n’en reste pas moins que le monde de la musique n’a rien à voir dans l’histoire.
Pour bien comprendre, il nous faut revenir à ce funeste jour où Jojo et René sortirent de la bijouterie de l’avenue de Clichy, qu’ils venaient de braquer.
Quatre mille francs en petites coupures, plus quelques belles parures en or et des pierres précieuses en poche, les deux amis s’apprêtaient à rejoindre la voiture postée au coin de la rue, une 403 Peugeot quasi identique à celle du lieutenant Columbo, mais plus cabossée encore. Au volant, Dédé, lequel s’empressa de déserter les lieux dès qu’il vit pointer le fourgon de police. Les deux compères furent arrêtés à mi-chemin, emmenés au poste, interrogés et transférés illico presto à la prison de la Santé.
L’espace d’un instant, ils avaient espéré partager la même cellule, mais mieux vaut ne pas enfermer deux loups dans la même bergerie, d’autant plus s’ils souffrent de la même pathologie.
En effet, l’un et l’autre présentaient des symptômes similaires : ils se levaient plusieurs fois par nuit et ressentaient le besoin de soulager leur vessie une quinzaine de fois par jour, au moins. En résumé, leur volumineuse prostate les gardait en éveil et leurs allers-retours incessants entre leur lit et les toilettes troublaient le sommeil et la tranquillité des détenus de la prison.
Si bien que l’on finit par les surnommer : « Jojo et René, ceux qui passent leur temps à pisser dans un violon ».
Voilà résumé en quelques mots la véritable origine de cette expression si élégante et tellement imagée. Surtout que personne n’en doute ; la vérité ne se situe pas toujours là où l’on vous dit qu’elle se trouve.

Annotations