Chapitre 14 : confidentiel

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Le marbre pâle du sol brillait sous ses pas alors qu’Eren s’engageait dans le grand bâtiment du quartier céleste. L’ancienne bâtisse aux allures antiques, sculptée dans une pierre blanche, semblait boire la lumière sans jamais en refléter la chaleur. Les colonnes, hautes et élancées, encadraient la façade d’une symétrie millimétrée. Des motifs géométriques ornaient les frises, gravés à même la pierre. Une allée de statues d’anciens archanges menait à ce bâtiment. Ailes déployées, visages impassibles, le regard figé pour l’éternité.

Tout respirait la puissance, l’ordre et la discipline.

Cela faisait des jours qu’il n’était pas revenu ici. Il aurait dû se sentir chez lui. Mais chaque détail lui semblait désormais trop éclatant, transperçant. Il se sentait comme un traître et avait la désagréable impression que personne ne serait dupe.

A l’intérieur, les voûtes s’élançaient si haut qu’on aurait dit qu'elles s’ouvraient directement sur le ciel. Le sol de marbre, veiné de bleu, renvoyait l’écho du moindre pas, comme pour rappeler qu’ici, rien ne passait inaperçu. Les murs étaient couverts de fresques représentant des batailles célestes, où les anges glorieux triomphaient, encore et encore, des légions démoniaques.

Eren avait grandi entre ces murs, façonné par une rigueur, éduqué dans la pure tradition angélique. Et pourtant, aujourd’hui, il avait l’impression de ne plus en être digne, d’être un intrus, un imposteur.

Tu ne fais que servir la cause des anges, se répétait-il. Tu n’as rien à te reprocher.

Mais il ne se trouvait pas très convaincant. Pourquoi en doutait-il autant ?

L’affrontement avec le démon qui suivait Arinna avait été brutal. Si le jeune Ange était bien formé, c’était la première fois que son chemin croisait celui d’un démon. Eren s’était longtemps entraîné pour ce genre de rencontre, il en avait lu les rapports, étudié les schémas de combat, mémorisé les faiblesses des créatures infernales. Toutes ces années de théorie ne valaient pas la mise en pratique. Le choc de la puissance brute l’avait désarçonné. Le démon le frappait comme une tempête, sans grâce mais avec une efficacité dévastatrice. Eren tenait bon, esquivait, ripostait avec la précision d’un élève modèle. Il encaissait les coups reçus. Mais ce duel trop équilibré s’était éternisé et la frustration du démon avait fini par éclater. Dans un ultime assaut, le démon avait envoyé Eren valser contre un mur. L’impact l’avait coupé du monde pendant quelques secondes. Quand il avait rouvert les yeux, il était seul. Le démon avait choisi de partir, le laissant sonné, les côtes douloureuses et l’esprit en vrac. Il se relevait à peine qu’une silhouette familière faisait irruption dans l’entrée de sa maison. Son mentor arrivait, accompagné de deux femmes qu’il reconnut aussitôt. La situation échappait à Eren. Que se passait-il maintenant ? Son mentor avait poussé les deux femmes à l’intérieur de la maison et celles-ci s’étaient laissées faire sans opposer de résistance.

— Tu ne vas pas me croire Eren ! lançait-il d’un ton faussement enjoué, presque moqueur.

Eren se relevait, n’osant croiser le regard ni de l’une, ni de l’autre de peur que l’on découvre qu’il les connaissait.

— Je te présente Cybèle Montclair, ou Chevalier maintenant si j’ai bien suivi.

Le mentor se tournait vers elle avec un sourire acide.

— Sentinelle des Héritiers. Disparue des radars depuis... quoi ? Quinze ? Seize ans ? J’ai arrêté de compter.

Ryan, son mentor, était de ces anges imprévisibles que tous redoutaient. Il était cruel, méprisant à l’égard des humains qu’il pouvait comparer à du bétail, intolérant envers les faibles. L’ange s’était laissé tomber lourdement dans un fauteuil du salon, poussant un soupir surjoué. Eren restait figé, chaque muscle tendu à l’extrême. Il voyait toute la cruauté de son mentor. Il se jouait de leurs peurs. Elles étaient effrayées, bien qu’elles gardaient un masque neutre, Eren lisait toutes les émotions qui les bouleversaient l’une et l’autre.

— Et bien, installe-toi Cybèle, en attendant l’arrivée de ta fille tu vas bien nous raconter ce que t’as foutu tout ce temps, et d’où sortent ces gamines que tu n’as jamais pris la peine de nous présenter.

Eren blémissait. Le nom Arinna résonnait dans sa tête comme une alarme.

Il cherchait à assembler les pièces d’un puzzle qu’il ne comprenait pas. A l’origine, lors de cette soirée lycéenne, son mentor avait voulu s’amuser, aller s’abreuver de l’énergie vitale de quelques adolescents éméchés. Et il avait jeté son dévolu sur Arinna, au plus grand désarroi de son jeune protégé. Avant qu’Eren n’ai pu trouvé comment sortir la demoiselle de là, un démon avait surgi de nulle part, volant à son secours, lui offrant un court répit. Mais voilà que le cas était devenu beaucoup plus intéressant. Ainsi, ils avaient déniché des démons qui s’étaient entichés d’humains. Il n’en avait pas fallu plus à Ryan pour trembler d’excitation. La joie du chasseur en pleine traque. Arinna était devenue un appât, et ce serait un excellent exercice pour son jeune protégé. Et avec la révélation de la nature angélique de sa mère et sa sœur, la situation venait encore d’évoluer. Eren avait du mal à s’imaginer qu’Arinna ait pu dissimuler une nature d’ange. Et pourtant, si sa mère en était une, nul doute qu’elle l’était elle aussi. Comment expliquer qu’elles se soient acoquinées avec des démons ?

— Elle est déjà venue, avait dit Eren d’une voix trop neutre.

Ryan s’était alors tourné vers lui, lentement, laissant un silence pesant s'installer. Les yeux du mentor s'étaient plissés. Toujours affalé dans son fauteuil, il cessait de jouer les désinvoltes.

— Vraiment ? avait-il soufflé, alors comment expliques-tu que je ne la vois pas ?

Ryan se relevait lentement, comme un prédateur qui change de position, nonchalant en apparence. Mais Eren connaissait ce ton-là, ce calme glacial. Il serrait ses poings pour ne pas reculer.

— Les démons sont intervenus.

— Où sont leurs cadavres alors ?

Cybèle s’agitait, son regard pendu aux lèvres du jeune ange. Elle se souvenait de ce jeune garçon. Il était venu de nombreuses fois chez eux, retrouver sa fille. Du jour au lendemain, il avait disparu de leur vie. Cybèle n’avait rien vu venir, elle n’avait pas un instant soupçonné la nature profonde de ce petit garçon. Iris posait sur lui un regard intense. Il sentait toute la colère et la haine que lui vouait la demoiselle.

Ryan s’était approché à pas lents, mains croisées dans le dos, le regard rivé sur Eren.

— Tu veux dire… Des démons sont venus, ont affronté un ange de ton niveau, et sont partis sans laisser la moindre trace ? C’est ça, ton rapport ?

La voix était douce, presque moqueuse, mais chaque mot vibrait d’une menace sous-jacente. Eren tentait de soutenir ce regard transperçant. Il sentait le piège se refermer autour de lui. Face au silence de son apprenti, un air de désapprobation s’était dessiné sur le visage de Ryan. Eren aurait pu se défendre, rappeler qu’il n’en avait jamais affronté, que le démon avait fini par fuir. Mais il n’en fit rien car il savait que le moindre aveu de faiblesse serait bien pire.

— C’est bien ce que je pensais, avait conclu Ryan dans un souffle. On va devoir reprendre ta formation.

Puis il se tournait de nouveau vers la mère et la fille, restées silencieuses.

— Dis-moi Cybèle, comment as-tu pu laisser des démons s’approcher de ta famille au point que l’un puisse marquer ta fille ?

— Je n’ai aucun compte à te rendre Ryan, avait-elle répondu, gardant toute sa contenance pour ne rien laisser paraître.

Ryan avait alors haussé un sourcil amusé.

— Comme tu voudras, on verra ce que tu dirais devant le conseil.

Cybèle soutenait le regard de Ryan sans fléchir, mais son cœur battait à tout rompre. Même si l’attitude de la mère restait impassible, Eren avait senti son angoisse monter à la mention du conseil céleste. L’attention de Ryan s’était alors détournée d’elle pour se poser de nouveau sur Eren. Un silence lourd s’abattait dans la pièce. Ryan le détaillait lentement, de la tête aux pieds, comme s’il le voyait pour la première fois. Toute l’amertume qu’il éprouvait à son égard résonnait dans la tête d’Eren.

— Quelle déception… avait-il enfin soufflé. Tu étais le plus prometteur. Tellement de potentiel. Et pourtant, regarde-toi.

Il laissait planer un silence plus douloureux que n’importe quelle sentence.

— J’ai rarement été aussi déçu, Eren.

Le reproche claquait comme une gifle.

— Tu comprendras bientôt que cette faiblesse aura un prix.

À cet instant, des pas avaient résonné dans le couloir. Deux Sentinelles pénétraient dans la pièce, leurs visages masqués par l’ombre de leur capuche. Sur un simple signe de Ryan, ils s’emparaient de Cybèle et d’Iris. Elles n'avaient opposé aucune résistance, même si leurs regards lançaient des éclairs. La mère avait jeté un dernier regard à Eren, à la fois accusatrice et inquiète.

L’élève et le mentor se retrouvaient seuls. Ryan avait fait quelques pas, s’éloignant lentement, dans le silence désormais pesant.

— Je te laisse une chance de te racheter. Mais tu vas devoir mériter mon pardon, avait-il dit sans se retourner.

Et les jours qui suivirent furent un enfer. Prouver sa loyauté n’avait rien d’un simple retour sur les bancs. C’était une épreuve, une dissection. Ryan s’était amusé à briser chaque certitude, chaque faiblesse. Il connaissait les failles d’Eren, les coins d’ombre où se logeaient ses doutes. Et il les avait exploités, avec la patience et la cruauté d’un maître d’armes sculptant son soldat.

Eren encaissa. Par orgueil, par loyauté, par peur aussi. Il savait que toute contestation, toute résistance rendrait l’épreuve bien pire encore. Mais quelque chose en lui, lentement, commença à se fissurer.

Se porter volontaire pour monter la garde au logement de la famille Chevalier avait été pour lui une porte de sortie, lui permettant d’échapper à l’enfer. Il savait cependant qu’il avait cette épée de Damoclès prête à s’abattre sur sa tête s’il commettait un impair.

Mais lorsqu’il l’avait vue sortir de la voiture ce matin-là, s’avancer vers l’immeuble le démon sur ses talons, son cœur s’était figé. Arinna. Son esprit s’était voilé, ses pensées embrouillées. Il lui avait semblé évident qu’elle était prisonnière. Manipulée. Peut-être même marquée plus profondément qu’il ne l’avait cru. Eren savait que face à ce démon, il ne ferait pas le poids. La ramener auprès des siens, c’était la sauver. La tirer des griffes de ces créatures infernales. Il en était convaincu. Mais il ne pouvait se résoudre à employer la force. Pas contre elle. Non, elle viendrait de son plein gré, comme sa mère, comme sa sœur. Il saurait trouver les mots. Il saurait lui faire entendre raison. Et quand elle franchirait la porte par choix, Ryan reconnaîtrait enfin ses qualités. Il verrait que son protégé n’avait pas failli. Qu’il savait encore où était sa place.

Être naturel, chasser son trouble intérieur, se convaincre qu’il agissait dans l’intérêt des siens. Mais alors, pourquoi ne pas en informer son mentor ? Eren chassa cette idée aussitôt. Il connaissant les méthodes de Ryan et face aux réticences d’Arinna, il n’y aurait pas mis les mêmes formes. Il pouvait gérer cela seul, pas besoin de chaperon. Il s’avança dans le grand hall, ses pas résonnant sur le marbre pâle. Une tension sourde lui nouait le ventre. Il atteignit enfin le comptoir d’accueil, et força son visage à s’éclairer d’un sourire convenu.

— Eren ! Quel bon vent t’amène ? gloussa une voix familière.

Il inspira profondément, prenant énormément sur lui. Olympe. Elle rayonnait, comme toujours. Une beauté soignée, des boucles blondes savamment relevées, des ailes impeccables repliées dans son dos. Elle avait le même âge qu’Eren, et ils avaient été formés ensemble, dans les classes préparatoires de la garde céleste. Il savait depuis longtemps qu’elle avait un faible pour lui. Mais jamais il ne s’était laissé séduire par ses regards appuyés et ses gloussements agaçants.

— Olympe, quelle surprise de te voir ici, répondit-il d’un ton faussement enjoué.

Elle se pencha un peu au-dessus du comptoir, les yeux pétillants. Il faillit soupirer. En temps normal, il l’aurait ignorée, elle et ses minauderies agaçantes. Mais aujourd’hui, il pouvait peut-être en tirer avantage. Il prit une inspiration discrète et adopta un ton plus doux.

— Tu as déjà passé tes dernières classes j’imagine ? reprit-il, feignant un intérêt pour elle.

— Oh oui ! Mais ça n’a pas été facile. Ma mentor ne m’a rien épargné. Et toi alors ? Tu as terminé ?

Le visage d’Eren se ferma un instant. Elle n’avait aucune idée de ce que cela signifiait d’être l’élève de Ryan. Aucune idée de ce que cela coûtait, de ce que ça broyait en vous. Mais il aurait été bien trop imprudent de sa part que d’oser formuler une quelconque plainte à l’égard de son mentor. Pas ici, pas à elle.

— Oui, finit-il par répondre d’un ton neutre. C’était… formateur.

Et puis il se pencha lui aussi, se rapprochant d’elle. Plantant son regard dans le sien. La voix plus basse, sur un ton confidentiel.

— Dis-moi Olympe, je voudrais accéder aux derniers rapports du Conseil. Tu pourrais m’aider ?

— Les rapports publics ? Je peux te trouver celui que tu veux.

— Non, pas de ceux-là. Je voudrais le rapport d’une audition qu’ils ont mené récemment… L’audition de Cybèle Montclair. Elle a dû avoir lieu la semaine dernière.

Olympe opina du chef. Après une rapide recherche informatique, elle revint à Eren.

— Tu as un mandat ?

Le garçon resta silencieux, cherchant par quelle pirouette il pourrait parvenir à ses fins. Un sourire étira les lèvres d’Olympe, voyant plus clair dans les intentions d’Eren.

— Ne te fatigues pas à me tricoter un mensonge Eren. Dis moi plutôt pourquoi je devrais te laisser accéder à des rapports confidentiels.

Une bouffée d’agacement monta en Eren. Elle avait les cartes en main. Tout ce qu’il ne voulait pas.

— C’est pour une mission que m’a confiée mon mentor, souffla-t-il à voix basse, craignant d’être entendu.

— Alors pourquoi ne pas passer par lui pour obtenir ce que tu veux ?

Eren soupira, agacé. Il ne voulait pas perdre la face devant elle.

— Tu le sais comme moi, nos mentors sont exigeants. Nous devons constamment faire nos preuves. Je ne peux pas, en fin de parcours, encore le solliciter à la moindre embûche.

Olympe recula sur sa chaise, toisant son ancien camarade. Elle voyait bien qu’elle le tenait, au creux de sa main. La question qu’elle se posait était de savoir ce qu’il serait prêt à donner pour qu’elle accède à sa demande. Elle laissa un silence s’installer, histoire de le faire transpirer un peu.

— Ce n’est pas rien, Eren, d’accéder à ce type de document. Tu demandes une faveur… délicate.

Il acquiesça d’un discret signe de tête.

— Tu es toujours aussi brillante pour rappeler les règles Olympe. Mais je me disais que… tu n’avais jamais reculé devant un petit défi.

Un sourire vint fleurir sur les lèvres d’Olympe. Elle l’étudia un instant, comme un chat observe une proie trop docile pour être amusante.

— Tu veux flatter mon ego, ou tu veux vraiment ces documents ? Parce que si c’est la deuxième option, va falloir être plus convaincant que ça Eren.

Eren soupira intérieurement. Il lisait en elle avec tant de facilité, voyant parfaitement ce qu’elle désirait, ce qu’elle avait toujours désiré. Alors il se pencha un peu plus, rapprochant son visage du sien, sa voix glissant doucement, la faisant frissonner :

— Quel est ton prix Olympe ?

Elle sourit, rêveuse, s’imaginant ce qu’elle exigerait du jeune homme. Toutes ces années d’attente l’avaient finalement conduit à cet instant. Elle ne connaissait que trop bien la réputation intransigeante du mentor d’Eren. Elle n’avait pas de doute sur l’urgence de la demande de son camarade. Ryan était si terrifiant. Elle avait été si soulagée de ne pas avoir hérité de lui comme mentor. Mais elle devait être raisonnable. Eren n’en restait pas moins un ange brillant et exemplaire. Il ne manquait pas de ressources et il n’accepterait pas n’importe quoi.

— Ce n’est pas tous les jours qu’Eren Valcourt vient supplier pour une faveur.

Le garçon s’agaça, s’éloignant brusquement de la demoiselle, rompant cette proximité.

— N’exagère rien Olympe. Si cela t’en coûte trop, ne te dérange pas.

Elle attrapa son poignet pour le retenir, effrayée d’avoir mal joué. Les rôles s’inversaient, elle ne voulait pas le perdre, il le savait, sentant tout le désir qu’elle avait pour lui et la peur de perdre cette opportunité. Mais Olympe était une jeune fille très intelligente qui ne manquait pas de répondant. Un sourire narquois étira la commissure de ses lèvres alors qu’elle enchaîna :

— Tu sais, je pourrais signaler ta demande. Te faire convoquer. Tu aurais une belle occasion de briller sous les projecteurs. Ryan serait ravi de t’interroger sur tes lectures clandestines.

Le nom jeta un froid. Eren se figea une fraction de seconde. Assez pour qu’Olympe le remarque. Elle avait repris le contrôle, satisfaite, elle se pencha alors, murmurant tout bas.

— Une soirée. Rien que toi et moi, en dehors du quartier céleste.

Elle vit l’ombre d’un doute passer dans le regard d’Eren. Il hésita. Mais elle savait déjà qu’il allait dire oui. Il avait trop besoin de ce rapport. Et elle avait su rester raisonnable.

— D’accord, répondit-il sans détour, le ton calme, mais les mâchoires légèrement contractées. Une soirée.

— Une soirée, confirma-t-elle, ravie, avant d’ouvrir un onglet sécurisé sur son terminal. Je vais voir ce que je peux faire.

Les doigts d’Olympe dansèrent sur le clavier. Elle entra plusieurs identifiants, contourna deux protocoles de sécurité avec l’aisance d’une habituée des subtilités bureaucratiques. Un écran noir s’ouvrit. Une simple phrase en haut s'afficha :
"Audience confidentielle – Conseil disciplinaire – Sujet : Cybèle Montclair."

Elle se redressa, le regard sérieux cette fois en tournant l’écran vers son camarade.

— Tu as dix minutes, Eren. Tu lis, tu retiens. Pas un mot à personne. Et si je tombe pour ça… tu tombes avec moi.

Eren hocha la tête, déjà absorbé par sa lecture. Il lisait en diagonale, parcourant rapidement les premiers paragraphes. Il savait déjà ce qu’on lui reprochait. Sa disparition, la naissance clandestine de ses filles, son rapprochement avec des démons. Rien de nouveau. Eren n’oubliait pas sa mission de découvrir où elles étaient actuellement. Et l’issue de cette audience l’éclairerait sur la question. Mais la curiosité fut trop forte et son attention s’attarda sur la défense qu’avait présenté Cybèle.

“ L’accusée déclare avoir découvert sa grossesse après le décès de leur père présumé, Gavriel Belrose, ange de second ordre tombé en mission. L’accusée déclare avoir voulu élever seule ses filles. Pas de réponse quant à l’obligation de recensement qui n’a pas été respecté. Concernant la présence de démons, l’accusée déclare avoir été piégée sans possibilité de fuite. Les démons l’ont empêchée de trouver l’aide de la garde céleste, la maintenant isolée.”

La mâchoire d’Eren se contracta. Arinna était donc bien prisonnière. Il était urgent de la sortir de cette impasse. Mais une part de lui résistait à cette version. Cybèle, sentinelle des héritiers, formée pour affronter le pire, prisonnière d’une petite famille démoniaque ? C’était absurde. Elle aurait dû avoir confiance dans l’ordre des anges, elle devrait savoir qu’ils n’auraient fait qu’une bouchée de ces démons. Et pourtant, les faits étaient là. L’isolement, le silence, l’absence de signalement. Quelque chose clochait.

Eren passa une main dans ses cheveux, agacé de ne parvenir à déceler la vérité.

S’il s’était tenu loin d’Arinna, il n’avait pas cessé de la surveiller malgré lui. Par inquiétude, par habitude.

Il avait vu ce garçon, Alexander, entrer dans sa vie. Il n’avait pas soupçonné une seconde qu’il s’agissait d’un démon. Lui et son frère, deux types un peu trop bruyants, un peu trop présents, mais pas franchement menaçants. Il s’en serait aperçu, si Arinna et sa famille avaient été menacées par les Fanon. Et puis leur père, médecin de quartier, avait tout l’air d’être quelqu’un de simple. Un homme discret qui soignait le voisinage avec bienveillance. Comment soupçonner sa nature démoniaque ? Comment soupçonner l'oppression qu’il exerçait sur Cybèle et ses filles ? L’envie de revoir Arinna le brûlait.

Il continua de parcourir le rapport pour en lire les conclusions.

“ La fille présente sera recensée à la première heure. Une escouade chargée de retrouver la deuxième fille. Ordre de ramener la fille et abattre tous les démons à vue. L’accusée et sa fille seront maintenues à l’isolement dans les quartiers de haute sécurité. Elles seront entendues par des Veritas. Un mentor sera attribué à la fille dès que ses capacités auront été testées. ”

A la fin de sa lecture, Eren se recula, lâchant un profond soupir. Olympe remit l’écran face à elle.

— Autre chose ?

— Non, je te remercie.

— Alors on se voit demain soir, conclue-t-elle avec un sourire charmeur au coin des lèvres.

Eren acquiesça silencieusement avant de quitter les lieux, laissant son esprit se faire accaparé par toutes les questions que ce rapport soulevait.

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