Désespérance…

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La femme s’approche du rebord de la falaise

Sans crainte, sans empressement, sans fadaise

Les yeux désespérés elle observe le mouvement

Du ressac au pied de la muraille, cheveux au vent

« Il fut un temps où je m’amusais abondamment

Chaque jour était une fête où se succédaient les hommes

Avec leurs drogues, leurs alcools et leur entrejambe

Je profitais de ma beauté, j’en jouissais au maximum

Mais un jour j’ai senti le venin s’infiltrer dans mes veines

Avec son amertume, ses souffrances et son injustice

J’ai tenté de fuir, mais sans succès, retenue par les démons,

Les sorcières, les esprits diaboliques, de haine et de misère

Déjà le désespoir avait envahi mon esprit, y tuant tout espoir

La bête en moi étouffa toute joie, et je me mis à broyer du noir

J’ai hurlé aux loups pour leur mordre la queue, me suis immergée

Dans les sables mouvants des marais illimités, gluants, fangeux,

Malodorants, pestilentiels, empoisonnés, insensibles, meurtriers,

Hantés par des fantômes qui devinrent mes dieux de malheur

Je me suis roulée dans cette saleté, vautrée dans les méandres

De la folie, me suis accoquinée avec les meneurs du crime,

M’affublant du sourire de la stupide inconsciente, absente

En suis-je arrivée au dernier acte ? Puis-je espérer je ne sais quoi ?

Retrouver le goût de vivre, de déguster, de savourer, de jouir ?

Tu es née pour être malheureuse, me hurle le loup-garou

Tu n’échapperas pas à ta nature, en rajoute le diable de mes nuits

Il ne te reste plus qu’une sortie avec tous tes malheurs et tes idioties

Tu le sais, c’est la mort, qui te libérera et fera cesser tes souffrances

Mais j’hésite, cher Belzébuth, il me semble que je peux retrouver la joie

Il n’est pas trop tard, je pense, pour moi de transformer ma chienne de vie

Accordez-moi une dernière chance, je vous en conjure, je veux essayer

Non, c'est le moment d'en finir, ton temps est expiré, vas-y, lance-toi. »

Alors, la dame avance d’un pas et passe bien près de perdre pied

Cependant, à cet instant, un rayon de Soleil perce la couverture de nuages noirs,

Vient l’éblouir en plein dans ses iris et la pénètre jusque dans son âme torturée

Sur le coup, elle a l’impression de se noyer et réussit difficilement à respirer

Néanmoins, elle finit par retrouver sa respiration et ressent soudain l’espoir

S’insinuer dans son âme et se répandre ensuite dans son être tout entier

Toujours au bord du gouffre, elle se ressaisit, le visage illuminé,

Et, avec précaution, elle recule un pied après l’autre pour s’éloigner

Du rebord de la falaise où sa désespérance a failli la faire plonger

À présent, elle sait

Oui, elle sait

Que toute âme balafrée

Peut être régénérée

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