3.15. Face aux contradictions
Cyril
Je donne trois lapins à Vlad. Sasha s’est endormie il y a 10 minutes. Il semble assez dépité. Il reste silencieux. J’espérais des excuses.
« Est-ce qu’elle… » je commence
« Non ! » me coupe-t-il vivement.
« Ok. OK. »
« Ma propre famille m’accuse d’avoir voulu tuer ma sœur. Parfois, elle est une vraie casse-pied, mais elle reste MA casse-pied. » Il pointe un doigt vers son torse.
« Je sais. J’ai… Chacun de nous a… »
« Chacun de nous a… Tu ne peux pas faire mieux ! » Vlad secoue sa tête. « Je vais chasser. Ne la touche pas. Ne rentre pas dans sa chambre non plus. » La suite est celle de ma grand-mère et ma mère avant tout. Mais, je ne veux pas lui faire peur. Elle ne dort pas si profondément que ça encore.
« Vlad, tu as été sidéré un temps, et après tu as paniqué. Je n’ai pas besoin de t’apprendre ce que cela aurait pu nous couter. Tu aurais dû comprendre pour le poisson et la conduire à l’infirmerie. Ce n’est pas une accusation. J’ai vu la peur dans tes yeux. Ça ne se simule pas. Ceux qui ont fait ça le payeront très cher, » j’assure.
« Quel pourrait être la raison ? Sasha est… J’ai du mal à concevoir que quelqu'un puisse lui vouloir du mal. »
« Moi aussi. Il serait bien de faire croire qu’il reste des tensions entre nous. Sasha n’était peut-être pas la victime prévue. L’objectif aurait pu être de décrédibiliser Stan, moi et toi. Sais. En cuisine, ils sont dévastés et choqués. Une partie de l’équipe était dans la cuisine du haut à inventer un dessert d’appariement. Ordre de Stan." Vlad secoue la tête. "Un commis a réchauffé des poches sous vide, cuit les steaks, frit les frites. Tout a été préparé par le personnel habituel. »
« Je suis allé chercher les burgers. Je n’ai rien senti d’inhabituel. Une seule partie de la cuisine était en cours d’utilisation, l’autre en train d’être nettoyer. Ce soir… Je veux épouser Emily et continuer de protéger ma famille. Sans elle, je ne pourrai pas. Il faut que la loi de succession change. Je vais redemander la formation pour ne pas geler. » Il se tait quelques instants. « Durant le trajet vers l'hôpital, elle… Deux jours. Il ne t’aura fallu que deux jours ! » s’agace-t-il.
« Deux jours pour quoi ? » je l'interroge. Il me regarde avec effroi.
« Tu… Tu… Tu… » Il soupire. « Ne brise pas son petit cœur fragile. »
« Pour la deuxième fois aujourd’hui, Vlad. Je ne lui veux aucun mal. Je ne l’ai jamais voulu. Je veux pouvoir lui parler de tout. Tu as Emily. Lorsqu’elle sera ma reine, je n’aurais pas à feindre. Pas à lisser mes mots. Pas à taire qui je suis réellement. Aucun contrôle ne tient indéfiniment, je le sais. Au moins qu’elle le sache, qu’on puisse en parler. » Combien de temps vais-je pouvoir attendre ce que je désire vraiment. La solitude et me contrôler me pèsent. Pourtant, je vais devoir trouver des stratagèmes et des précautions pour tenir encore. Je savais que le temps serait long. Je devrais commencer par éviter les tête-à-tête. Cette idée me peine. Je ne dois pas la voler au présent. Elle doit terminer son enfance normalement. « C’est la première fois que j’exprime mes difficultés à voix haute. »
« As-tu réalisé que… ? »
« Réaliser quoi ? » Sasha se met à pleurer dans son sommeil. Vlad me quitte sans un mot. Je ne nie pas notre attirance physique réciproque. L’avouer à haute voix est hors de question, cependant. Je ne touche pas à des ados. J’ai mes perversions, mais pas celle-là. La tendresse est certaine. L’admiration ? Est-ce que je l’admire ? Je l’estime et la respecte. L’estime et l’admiration sont sans doute proches, mais différentes. L’admiration que je ressens pour une œuvre… Puis-je comparer Sasha à une œuvre ? Oui et non. J’admirais mes grands-parents. Est-ce la même chose pour Sasha ? Ce que je ressens est différent. La perdre aurait été une tragédie. Pas seulement pour notre futur. CONTRADICTIONS ! je réalise. Cyril, tu dois faire attention à te tenir à une ligne et non à naviguer entre deux contradictions.
Il lui dit quelques mots à voix basse. Elle se calme. Est-ce que je veux être celui qui termine par « je t’aime, baby girl » lorsqu’elle cauchemarde ? Je n’aurai pas la patience. Peut-être dans 10 ans. Elle soupire longuement, apaisée.
Je dois prévenir papa. Il ne va pas aimer la nouvelle.
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