5.4. Sacerdos, ou l’offrande attendue au nom de la somme du bonheur

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Sasha

Papi Stan et moi nous asseyons sur le canapé de ma suite. Il prend mes mains dans les siennes.

— « Sasha, ma douce, il y a des situations dans lesquelles où, pour le bien-être et la survie d’un groupe, de sa culture, des individus doivent prendre des décisions qui vont à l’encontre de leur intérêt personnel parce que le collectif est plus important que l’individu. Les grandes citées ne se seraient pas construites si chacun n’y avait pas mis du sien, participé à l’effort collectif. Cette forme d’altruisme, de personnes qui s’engagent se produit souvent en temps de guerre, mais pas seulement. Je citerai aussi l’altruisme de la vierge Marie qui accepte de porter l’enfant de Dieu alors qu’elle pourrait être chassée par Joseph. L’humilité qu’il t’est demandé de faire preuve servira à consolider la confiance collective, mais aussi l’espoir d’apporter des filles. C’est en quelque sorte le sacrifice de quelques-uns pour le bonheur du plus grand nombre. C’est la somme totale du bonheur qui compte.

Ce sacrifice te conduira aux plus hauts honneurs, puisque tu es destinée à devenir reine. Nous serons tous très fiers de toi lorsque tu montreras ton dévouement et l’attachement à nos rites et la solidarité dont tu fais preuve avec les autres femmes de ton rang. Notre prince fera attention à toi. Il a ses défauts comme tout le monde, mais il essaie toujours de faire le bien, même quand il se trompe de route comme maintenant. Il n’est pas comme le Comte. Ta vie sera, j’en suis sûre, aussi agréable que celle de ta mère, peut-être même plus. Si nous attendons trop, il y aura encore plus de différence d’âge entre tes coussins et leurs femmes qu’il n’y en a entre toi et Cyril. L’idéal, c’est quand il n’y a pas trop de différences, mais nous sommes dans une situation critique. Alors, je te demande de choisir de respecter la tradition, comme l’ont fait ta mère et ta tante. Tu comprends ? » Il n’attend pas la réponse. « Je sais que tu comprends. Sois à l’heure pour le dîner. »

Il me lâche les mains, m’embrasse sur la tempe et s’en va. Il me faut quelques secondes pour sortir de ma torpeur. J’ai envie de crier, mais n’y arrive pas. Ma gorge est serrée.

Alors que je rejoins ma famille et ma future belle-famille complètement désespérée, j’entends Cyril interpeller papi :

— « Stan attend ! »

— « J’ai donné une de mes filles à Vladimir. Je ne veux plus lui donner personne. Ne me force pas à lui donner Sasha. Vous entendez bien tous les deux et je sais que tu la traiteras bien. Eléna avait 16 ans et Daniela avait 13 ans. Milenka, 14 ans. Beth était l’exception. Pas la règle. Prends tes responsabilités, sinon d’autres le feront. » Il se résigne. Son téléphone émet le bip d’un SMS. Il le regarde, devient blanc.

— « Milenka et Piotr ont eu un accident. Ils sont à l’hôpital. Elle a perdu le bébé, » aboie-t-il. Personne ne lui répond. Il s’en va en claquant la porte derrière lui.

Le silence s’installe quelques instants.

— « Cette défaite est certes cuisante, mais nous ne sommes toujours pas vaincus », affirme Cyril. « Je n’abandonnerai pas. C’est une question de principe : Nous ne marions pas des enfants. » Il a l’approbation de papa et Vlad. Je vais me réfugier dans les bras de papa.

***

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