6.14. Le cottage aux mille émotions
Sasha
Nous terminons de remonter l’allée, éclairée par de petites lampes solaires. Aster nous précède. Son pelage ressort dans la pénombre. Le cottage s’impose dans la nuit, entouré d’arbres et de silence. Il paraît encore plus grand de près… mais aussi plus calme. Il est vaste. Posé là comme s’il attendait. Je ralentis sans m’en rendre compte.
Une terrasse gigantesque avec vue sur le lac, des marches, des jardinières encore vides.
— « J’y mettrai des plantes, » affirme Cyril. « Pour la fraîcheur et éloigner… les petits nuisibles. »
Je hoche la tête sans vraiment répondre. Je regarde partout, sans arriver à me fixer sur un point. J’essaie de comprendre l’intention et ce que je ressens, mais ça m’échappe encore. Il me guide jusqu’à la baie vitrée.
— « Système à empreinte. Tu nous ouvres, s’il te plait ? »
Je reste une seconde immobile, puis je pose ma main. Un déclic. La porte coulisse lentement.
— « Bienvenue, Sasha, » annonce une voix robotique. Je sursaute légèrement, puis un petit rire m’échappe.
— « Domi, lumière », commande Cyril. La maison s’éveille. Le cottage s’illumine progressivement, comme si elle respirait. La voix souhaite aussi la bienvenue à Cyril.
Je fais quelques pas sur un parquet clair pour entrer. L’espace est ouvert, baigné de lumière douce, de bois et de verre. Je me tourne vers lui, un sourire revenant malgré moi.
— « Que la lumière soit, et hop ! La lumière fut. C’est à cela que l’on sait que ton plus lointain ancêtre est un dieu, » je le taquine. L’odeur qui domine est celle du plâtre et de la peinture.
— « Très drôle, Sasha. Supposé être un dieu. C’est juste une légende. Mon supposé ancêtre divin est le dieu de la nuit. » Il susurre ses derniers mots à mon oreille. Un étrange frisson me traverse. Cyril pose sa main sur ma hanche et sourit. « Domi est le système de domotique, » reprend-il imperturbable. « Ici, j'ai essayé de faire… un endroit où on respire, un paradis végétal déconnecté de tout. Respirer implique des ouvertures et de la place. »
Je regarde autour de moi. Du bois clair. Du verre. De l’espace. Beaucoup d’espace. Trop d’espace. Je tourne lentement sur moi-même.
— « Est-ce que tu aimes ? »
— « C’est… immense. » Un léger rire m’échappe, mais ça tremble un peu. « C’est incroyable, » j’ajoute dans un souffle. « C’est une folie, Cyril ! Comment… ? » Mes mots se perdent. Une sensation étrange s’installe dans ma poitrine. Comme si quelque chose était déjà là… avant moi. Comme si cet endroit racontait une histoire que je ne connaissais pas encore. Je serre inconsciemment mes doigts. On dirait que… Je relève les yeux vers Cyril.
Et soudain, j’ai envie de me rapprocher. Juste un peu. Pour vérifier que lui au moins… est bien réel.
— « Hey ! Tout va bien ? » s’assure-t-il. Je respire son odeur. La douceur des agrumes me calme.
— « Je ne m’attendais pas à tout cela. J’avais besoin de te toucher. Est-ce OK ? »
— « Oui. J’étais juste inquiet. »
— « Je sais. » Il m’embrasse sur le crâne.
***

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