6.16. La parenthèse
Sasha
Le couloir est vide. Nos voix et nos pas résonnent. Ses murs sont en pierre. Un second couloir coupe le premier, en faisant face à la grande porte de la cuisine. Il permet d’aller de l’autre côté de la terrasse. S’y trouvent au coin droit les escaliers, suivis d’un petit coin lecture encore nu et des toilettes. Les pièces de vie sont presque fonctionnelles. Il ne manque que la déco. Cyril me partage ses idées en me montrant des images grâce à son téléphone. Il a pioché dans certaines des miennes.
Il parle. Explique. Projette. Je regarde. J’acquiesce. Mais, je n’écoute plus vraiment.
Tout est beau. Tout est pensé. C’est son métier. Et pourtant… je n’ai qu’une envie. Revenir à quelque chose de simple. À lui.
Nous retournons vers le grand couloir. Il ouvre une porte verte sur la droite.
— « La salle d’art, » m’annonce-t-il.
Je reste un instant sur le seuil pour observer. De grands miroirs, des barres et différents lecteurs de musique allant du gramophone au lecteur numérique occupent les deux tiers de l’espace. Le dernier tiers, près des fenêtres, est consacré au dessin et à la peinture : toiles blanches, pinceaux, lumière douce.
Cyril m’invite à tester le plancher flottant. Il demande à Domi de jouer Vincent de Don McLean. La musique sort du plafond.
« Starry, Starry Night… » Il me tend la main. J’y dépose la mienne. Il effectue un noble baise main. Je souris. On commence à bouger. À peine. Juste… assez pour se rapprocher. Ses yeux ne quittent pas les miens.
Le reste disparaît. Les odeurs de plâtre. Le couloir qui résonne. Le cottage. Les questions.
On danse lentement. C’est un moment calme et tendre, juste pour nous deux. Pour la première fois depuis que nous sommes entrés, tout redevient simple. Il ne reste que la musique et nous. Je me sens glisser dans quelque chose de calme. De simple. De vrai.
Ses doigts se resserrent légèrement. Je me rapproche encore. Je respire avec lui. Pour la première fois depuis que nous sommes entrés… Je me sens à ma place. Je me sens bien.
*
Il me fait tourner sur la dernière note. Le monde revient, plus léger.
— « Tes yeux sont si beaux, » murmure-t-il. Mon cœur bondit.
— « Les tiens aussi ! » Il sourit, presque timide.
— « J’ai été chanceux d’hériter de ceux de maman. » Sa voix et son regard sont tendres.
***

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