​6.18. En harmonie

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Sasha

Je suis touchée qu’il ait prévu une entrée pour ma famille. Je pourrai aménager ce porche nord comme je le souhaite. Je suis certaine qu’il y a même la place pour mon château fort. Les deux suites sont vides. Des lignes au sol esquissent déjà les salles de bain. Tout est encore à imaginer. Près des escaliers, il a prévu un petit espace pour lire confortablement, puis les toilettes.

Nous terminons par le « grand » salon. Je suis agréablement surprise d’y découvrir l’ensemble de canapés modulaires que j’affectionne tant dans les catalogues. Il est accompagné de son tapis vert velours. Je n’ose y toucher de peur de l’abimer. Recouvert d’une grande bâche transparente, il fait face à la piscine naturelle.

Alors que j’observe la gigantesque bibliothèque et ses centaines de vieux livres aux couvertures de cuir, les odeurs du soir entrent par la baie vitrée qu’il a ouverte. Comme pour la salle à manger, une partie du toit est en verre. La pièce est ouverte grâce à des arches vers la salle à manger et les escaliers. Elle est à l’opposé du bureau autant pour son ouverture que pour sa situation géographique !

Je fais quelques pas sur la terrasse. Les lumières s’allument. Je découvre un petit jardin et diverses plantations dans des pots. Pas encore de grands et beaux jardins. Aster vient les renifler. Je fixe la lune quelques instants. Cyril me rejoint et me prend dans ses bras.

— « Le salon, la terrasse ainsi que la piscine sont pour toi ! »

— « Je n’ai pas besoin d’aussi grand, Cyril. »

— « Tu as trois frères et une grande bande de copines. Je suis certain que tu rempliras l’espace assez vite. Les fêtes seront organisées au sous-sol. Un bar est prévu. »

— « Humm. J’aime les fêtes à l’espace enfant. »

— « Comme tu veux. »

*

Le premier étage est encore en chantier : pas de garde-corps à l’escalier, sol en béton, des murs à peine montés dans les suites et non peints. Cyril me montre le parquet qui est entreposé dans une des suites. L’espace le plus avancé est le coin bibliothèque avec le télescope. Il est grand, occupé par une bibliothèque d’angle en chêne blanc, des baies vitrées sur deux côtés et un petit canapé deux places. Là, les murs sont de la même pierre claire que la maison. Une partie du toit est vitrée​. Il est possible de sortir le télescope sur la terrasse qui l’entoure. Cet espace a du potentiel.

— « J’aime observer les étoiles, » déclare Cyril. J’ai réussi à attraper la plus brillante et à la faire danser une fois, » termine-t-il en me caressant la main.

— « Quel poète ! » J’ironise pour cacher que je rougis de la flatterie.

— « Je fais de mon mieux pour mériter un autre bisou. » Je lui embrasse la main après avoir levé les yeux au ciel.

— « C’est mieux que rien », reprend-il. « Je pensais avoir encore quelques années pour le finir et te faire une surprise. »

J’acquiesce.

— « C’est quand même une belle surprise. Merci beaucoup, Cyril. » Je me serre contre lui.

— « Je t’en prie, Sasha. Si tu veux, le fond de certaines cases peut être peint ou recouvert de papier peint. Je vais faire venir des catalogues et des échantillons. »

— « Ok. »

— « Je te laisse découvrir le dernier étage le temps que je trouve les constellations. »

— « Sasha… Euh, comme dire… C’est délicat. Veux-tu regarder quelle suite tu préfères ? Lever du soleil ? Coucher du soleil ? Normalement, notre suite est celle avec la porte double. Je peux diviser l’espace et faire mettre des portes à chaque bout du dressing. Tu aurais ta chambre à côté de la mienne ainsi. Aucune des salles de bain n’est fonctionnelle pour le moment. Celle de la grande suite est la plus avancée. Je vais faire de mon mieux pour qu’il y en ait deux. Toutefois, le délai est très court. Je crains donc que… »

— « Ok. »

— « OK ? » vérifie-t-il. J’acquiesce.

— « Je partage la salle de bain avec mes frères à la résidence et au cottage, » je précise.

— « Sasha, es-tu certaine de vouloir partager la salle de bain avec moi ? »

Je regarde autour de moi. Cyril saisit mes deux mains entre les siennes.

— « Sasha, je comprends que ce soit intimidant, et que… »

— « Non, ça ira. »

— « Certaine ? »

— « Oui. »

— « Parfait, alors, » sourit-il.

Je fais le tour des pièces. Certaines sont encore à nu, d’autres à peine esquissées. La salle de bain de la grande suite est la plus avancée : carrelage, une douche immense, une baignoire d’angle, deux lavabos. Les autres espaces restent à imaginer.

*

— « Alors, comment aimerais-tu que les étages soient décorés ? » me demande-t-il sans s’être retourné.

— « Épuré, comme en bas. Des couleurs très douces… pas du blanc pur. Peut-être un blanc cassé ou beige rosé, avec une touche de vert — amande ou eau. Quelques plantes, et des images de paysages… mais sans surcharger. »

Il acquiesce.

— « Quelque chose de lumineux, même quand le ciel est gris. »

Je me tourne vers lui pour l’embrasser sur la joue. Sa main glisse contre mes côtes. C’est agréable.

— « Hum… donc, style japandi ? » J’acquiesce. Il sourit. « Je préfère voir tes yeux comme ça, » murmure-t-il en caressant ma joue. « Je garde une ligne simple, et je me laisse une marge de manœuvre ? »

— « Oui… tant que ça reste harmonieux. Quelques détails suffiront, je pense. »

— « Je vais me concentrer sur les pièces essentielles pour que ce soit confortable rapidement. Pour le reste… on prendra le temps. »

— « D’accord. »

Il hésite un instant.

— « Est-ce que ça te va si j’engage des artisans pour aller plus vite ? » Je regarde autour de moi. Je n’y connais rien…

— « Je ne saurai pas comment faire alors que construire des maisons est ton métier. »

— « Si, je pense que pour les photos, les cadres et les décos, tu pourrais les choisir sur les sites des musées ou fabriquer quelque chose. » J’acquiesce. « Est-ce que ça te va si je demande à Tiffany d’aider à trouver les meubles comme nous avons peu de temps ? »

— « Je suppose. »

— « Je vais commencer à regarder ce soir. Nous en reparlerons demain ? Ne t’inquiète pas. Elle connait les fournisseurs. Veux-tu que maman prête main-forte ? » Sofia a des goûts plus excentriques que les miens, mais ses aménagements sont beaux.

— « Cyril, je me sens… C’est bizarre. À la fois de la joie que tu aies pensé à tout ça, et je me sens un peu noyée parce qu’il y a beaucoup à faire et mes émotions… Je ne sais pas trop comment les décrire. Tout est mélangé. C’est nouveau et beaucoup en même temps. »

— « Je suis ravi qu’il y ait un peu de joie. Pour le reste, c’est normal. Je pensais avoir du temps. Tu pensais avoir du temps. C’est beaucoup d’un coup, aussi bien pour toi que pour moi. Nous irons à ton rythme. Il va être tard, rentrons. »

— « Juste 5 minutes. Je me sens bien avec toi. » Je l’embrasse dans le cou. Il me fait un rapide bec et me serre pour un câlin. « Ça fait longtemps que tu as commencé à construire ce cottage ? »

— « Il y a une dizaine d’années. » Dix ans. Surprise, je relève brusquement la tête. « J’avais déjà été initié et je m’ennuyais. »

Dix ans… Je suis stupéfaite.

— « Pourquoi n’avoir rien dit ? » Ma voix m’échappe, plus faible que je ne l’aurais voulu. Quelque chose se serre dans ma poitrine. Savoir m’aurait évité bien des doutes, m’aurait permis d’éviter des angoisses.

  • « Tes parents et Vlad ne voulaient pas que tu aies la pression, j’imagine. »
  • « Qui savait ? »

— « Presque tout le monde, je pense. Mes principaux cadeaux de la famille étaient des bons dans des magasins de bricolage. Le mini ensemble de jardinage était une blague. Mais, tu l’as aimé. Je te l’ai laissé. »

  • « J’aurais aimé savoir et participer, Cyril. »

— « Il n’y aurait plus eu de surprises, » m’indique-t-il en caressant doucement ma joue. « Les enfants construisent des cabanes, pas des maisons. Tu devais être une enfant encore quelques années. » J’émets un couinement involontaire. Cyril lève un sourcil d’un air amusé.

— « Ce son était des plus mignons. »

— « Ta déclaration était très belle. » Je soupire. « J’aimerais que tu me considères comme une femme. » Ses yeux verts capturent les miens, comme s’il cherchait une issue. Il soupire.

— « Je n’ai jamais douté un instant que tu serais celle que j’épouserai un jour. Nous ne sommes qu’à l’étape du flirt. Habituellement, les personnes ne parlent pas de cela le premier jour. » Il désigne ce qui nous entoure. « Nous sommes dans un contexte inhabituel, même pour moi. »

— « On se connait déjà, Cyril. »

— « En partie, mais pas tout. Tu as grandi et moi aussi. Tu te souviens de l’ado qui aimait passait du temps avec sa famille, ses amis, jouer au baseball. Aujourd’hui, je suis un adulte, responsable d’une branche d’une grande entreprise. Nous devons renouer, découvrir comment chacun a vécu ses années, grandi, évolué. »

— « Tu m’as manqué, » je soupire.

— « Tu m’as manqué également, ma princesse, beaucoup. Le manque n’est pas un sentiment sur lequel une relation se construit. »

— « Pourtant, tu as passé ton temps à construire. » C’est à mon tour de désigner le cottage qui nous abrite. Je réalise mieux pourquoi il est si grand. Il est aussi grand que son manque.

— « Construire une maison et construire une relation n’est pas la même chose. Tu le sais pertinemment. Il faut du temps pour les deux. »

— « On aura toute la vie, non ? »

— « Oui, Sasha, nous aurons toute la vie. » Il sourit. « Ton idéalisme est un peu déroutant. Je l’étais sans doute autant à 15 ans… Nous devons faire attention à ça, d’accord ? »

— « D’accord. » Je ne suis pas certaine d’avoir compris. « Cyril, merci de nouveau. Tout à l’heure, je n’avais pas réalisé ce que ce cottage représentait pour toi. Maintenant, je sais. » Je l’embrasse sur la joue, sur sa barbe qui pique mes lèvres. Il m’embrasse aussi, mais plus près de ma bouche. Ses yeux verts fixent longuement les miens, cherchant à décrypter mon regard. Mon cœur s’emballe. Je rougis… Je me hisse légèrement vers lui. Mes lèvres frôlent les siennes, hésitent une seconde… Je sens son souffle chaud. Il déglutit. J’humecte mes lèvres.

— « J’ai envie d’un autre baiser, » je susurre. Son regard s’assombrit, comme s’il luttait contre lui-même. Puis, il hoche la tête, lentement.

— « D’accord, Sasha, » répond-il ses yeux dans les miens. « À une condition : je veux t’entendre le dire. »

— « Je veux t’embrasser, Cyril. » Un muscle tressaute dans sa mâchoire. Il acquiesce.

— « Alors, viens le chercher. »

Mon cœur bat contre mes côtes. Je pourrais m’arrêter là. Je ne le fais pas. Je comble l’espace entre nous, l’embrasse. Il prolonge le baiser tout en me serrant contre lui. J’oublie les étoiles. Je m’abandonne dans ses bras. Je me laisse aller, sans réfléchir. J’ai besoin de respirer. Il me donne le souffle. J’ignorai que c’était possible. Nos langues n’hésitent plus.

Je ne sais pas comment nous avons atterri sur le canapé. Tout devient flou autour de nous. Ses mains glissent de mes joues à mes cheveux. Tout devient plus intense. Je sens que ça m’échappe un peu, mais je ne veux pas que ça s’arrête.

Quand nous nous séparons, essoufflés, ma main trouve la sienne. Elle semble si petite dans la sienne. Il la porte à ses lèvres, silencieux. Je souris, émue, et dépose un baiser dans son cou. Il frissonne, puis me serre contre lui.

  • « As-tu aimé ce baiser, mon Aphrodite ? »
  • « Oui, beaucoup, » je souris. « Pourquoi avoir stoppé ? »
  • « Te laisser le temps et savoir si tu aimes. C’est important que tu aimes chaque chose que nous faisons. » Je souris.
  • « Si je pouvais, je passerais ma journée à t’embrasser. » Il sourit, embrasse de nouveau ma main.
  • « Je me sens très flattée de ce compliment. Merci. Mais, je dois t’avouer quelque chose : Sasha, même les vampires ont besoin de respirer de temps en temps ! » Je souris. Il m’embrasse sur la tempe. Il a promis de ne plus rien me cacher alors que Nicolaï m’a demandé d’en garder un.
  • « Cyril… » J’hésite. « Après que nous ayons terminé de déjeuner, ton père est venu me voir. Il m’a donné une boite que m’a laissée Baboonya. Est-ce que je savais ? »
  • « Tu ne te souvenais pas ? »
  • « Non. C’est assez flou. J’avais froid quand Baboonya... » je serre sa chemise sans terminer, avale ma salive. « Dans la grande boite, il y a au moins quinze boites à bijoux, dont ses boucles d’oreilles camélia. »
  • « Elles sont pour toi. Tu les aimais. »
  • « Oui, mais… c’est si étrange. Je ne sais pas trop comment le décrire, ça non plus. »
  • « Sasha, penses-tu que je vais mettre ses boucles d’oreilles ? »
  • « Non. Ton père a remarqué que ce n’était pas vraiment ton style. »
  • « Il a raison. » Ses doigts jouent avec les miens. C’est doux et agréable. « Ici est le lieu pour se poser et ralentir. Profites-en un peu. »
  • « Hum. Je peux ralentir en restant dans tes bras ? »
  • « Absolument, tout ce que tu souhaites, Sasha. Y compris, rester dans mes bras. » Il m’embrasse sur le front. J’aime ses gestes tendres.

Nous restons ainsi, dans les bras l’un de l’autre, quelques minutes. Je respire son parfum envoûtant et me laisse bercer par sa respiration. Je n’ai plus envie de réfléchir. Juste… resté là, paisiblement.

— « Ne t’endors pas, Sasha. »

— « Je ne peux rien promettre... Est-il possible d’avoir un thé ? »

— « Dans quelques jours, ma princesse. » Il se lève, va récupérer son téléphone, et me tend la main. Je lui tends la gourde, puis bâille.

— « Allez, rentrons. Tu as besoin de sommeil. » Il range le thermos, caresse ma joue avec le dos de sa main et prend de la même main la mienne. Il enroule le foulard de Baboonya autour de mon cou et de mes épaules, puis le noue.

Nous sortons par la baie vitrée. « Domi. Fermeture totale », commande-t-il. Les lumières s’éteignent. Des volets roulants en bois s’abaissent.

— « Tu as prévu trois porches, mais tu rentres et sors par la baie vitrée ? » Je m’amuse.

— « Les porches sont faits pour les invités. L’entrée du côté de mes parents, au sud ; l’entrée du côté de tes parents, au nord ; et l’entrée à l’ouest… Au début, je voulais que ce soit l’entrée principale, mais je ne voulais pas qu’il faille passer devant avec la voiture, alors j’ai mis le garage où il est au sous-sol. J’ai gardé le porche pour la lumière. »

— « Ok. »

— « Monte sur mon dos. Tu veux tester le retour en mode vampire ? »

— « Ça ne risque pas de te faire mal au dos ? »

— « Tu ne te rends pas compte encore de ce que je suis capable de porter. Lorsque j’ai compté dans la salle de danse, c’était pour essayer de t’impressionner. Et j’ai fait des trucs pour avoir l’air d’un humain. » Il colle son nez contre le mien et caresse ma joue. « Grimpe. »

***

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