LE BERCEAU DE LA VIE

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Dans ce petit motel perdu du Quartier du Chaos, j'observe des gens incroyables faire des choses extraordinaires. Ils ne sauvent pas le monde, mais chaque jour, ils déplacent des montagnes. Ils font juste leur travail. Avec le cœur. Des lucioles qui, fusionnant autour d'un seul objectif, finissent par éclairer les lieux, tel un astre chatoyant réchauffant l'atmosphère par son rayonnement phénoménal. Je suis restée pour le café, mais aussi, pour eux. Afin d'observer, chaque jour, comme ils transforment le désastre en poésie.

Les Orcs-Juges sont repartis vaquer à leurs occupations de sentinelles. Le calme est revenu.

En apparence.

Sylass - surnommé Frozen Sy parce que son sérieux givre tout autour - est concentré à faire léviter une petite cuillère au-dessus de l'évier. Brusquement, un couteau se plante dans une électro-sangsue, la cuillère tombe: :

— Nine, sérieux !

— Et ça te sert à quoi de faire léviter des cuillères ?

Bah, à servir plus vite !

— Tu peux faire léviter la vaisselle, qu'elle aille dans la plonge, Sy ?

— Je suis pas Mary Poppins !

— Et les couteaux ?

— Tu le fais déjà, non ?

— Je les lance, pas pareil !

— Tu devrais bosser dans un cirque, Nine !

— J'y pense...

Nine s'éloigne. À la réception, tout semble plutôt calme, quand soudain, un cri retentit dans tout le motel :

Hiiiiiiii ! Trop miiiiiiim's ! s'écrie Janelle tenant un poussin entre ses mains.

— Qu'est-ce que c'est que ce truc ? lance Sylass concentré sur les tickets de caisse, ne prenant pas la peine de se tourner vers sa collègue.

— Un poussin, la machine à œufs s'est transformée en couveuse ! Regarde-moi ça, comme ils sont trop choupi !

Janelle s'approche de Sylass et lui pose l'oisillon sur l'épaule. Le jeune homme continue de compter ses tickets sans réagir.

— Faut les nourrir, ils vont grossir, on pourra les manger ! annonce Tricio le regard affamé, en revenant de la salle de restaurant.

— Et tu penses les ranger où, sur le toit ? rétorque Sylass, toujours aussi concentré.

Bah, pourquoi pas, tiens…

— Faudra que tu investisses dans un baril !

— Pourquoi faire, Sy ?

Bah, si tu veux les bouffer, tu devras les buter, ça évitera de foutre du sang partout et d'avoir des poulets sans tête qui courent dans tout le motel !

— Mec, t'es crade !

— C'est la vie... lance le barman, sourire en coin.

Dans la cuisine, une armada de petites peluches jaunes envahit chaque recoin comme une légion de cafards. Les poussins courent partout : sur le plan de travail, sous les tables, dans la réserve... Raanee, les mains sur les hanches, contemple le désastre, l'air dubitatif et attendri à la fois :

— Llewe. Explique-moi. Encore une fois. Pourquoi on a une armée de bestioles dans ma cuisine ?

Llewe, tournevis en main, regarde la machine à œufs qui continue de faire des bruits bizarres :

— J'ai changé le fusible. C'est tout. On a eu les Orcs hier, les sangsues ont pompé presque tout le jus, elle a pris cher ! Bizarre qu'elle puisse encore produire quelque chose...

— On a plus qu'à se lancer dans de l'élevage de poulets ! s'exclame Raanee, blasée.

Matthiew, adossé au poteau à côté de la réception, suit la scène avec un sourire amusé. Il lance un coup d'œil à Sylass, qui range des tasses avec une concentration extrême :

Hey, la Reine des Neiges, tu peux me faire un café givré ?

— Tu peux te le faire toi-même, y'a des glaçons dans la machine à glaçons !

Ah, non ! Je veux un spécial Frozen Sy !

— Ce surnom, ma parole, je suis pas un cocktail !

À l'accueil, Janelle papote avec La Cliente habituée. Elle regarde les poussins avec des étoiles dans les yeux :

— Ils sont trop mignons !

— Et ils sont tout doux ! rajoute La Cliente, caressant du bout du doigt l'un d'entre eux.

Soudain, Tricio émerge de la réserve, un poussin dans chaque main, l'air songeur, puis s'engouffre dans la cuisine :

— Ils sont combien, sérieusement ? Ça va en faire de la cuisse de poulet pour le barbecue de cet été !

— TRICIO ! On ne mange PAS les poussins ! s'écrie Raanee, outrée.

— Pourquoi on les mangerait pas ? Il suffit d'attendre qu'ils grandissent...

— Et tu vas les stocker où ?

— Sur le toit ! lance Tricio en pleine réflexion logistique.

— Tu vas où avec ça, proteste Rhis, le collègue de la réception, sorti de nulle part.

— Sur le toit !

— Tu t'es cru chez toi ou quoi ? lance Rhis qui, ne prenant pas la peine de débattre, retourne aussitôt vaquer à ses occupations.

Va falloir sortir la camisole, au bout d'un moment...

Le réceptionniste retourne à sa pause, levant les yeux au ciel. Tricio, vaincu, repose les poussins qui s'éparpillent immédiatement.

Tranquillement installée au salon, La Cliente observe son petit manège enchanté favori. Au bout de quelques minutes, elle finit par se lever, puis s'approche du comptoir pour poser sa tasse à côté de l'évier du bar. Elle regarde en direction de la cuisine.

Et dans ce chaos magnifique, il y a ce moment. Un café. Un sourire. Rien de plus.

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