Chapitre 17 : Samy "Une belle liberté."

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Voilà plus d'une heure que j’observe le ballet de PO. Le serveur se faufile de table en table, esquivant les enfants qui courent de droite à gauche. Ils attendent impatiemment de pouvoir dévorer leur goûter. Du haut de ses un mètre quatre-vingt-dix, il est à deux doigts de finir les quatre fers en l'air à plusieurs reprises. En funambule improvisé, ses gestes sont précis. Le plateau dans sa main droite en équilibre reflète un réel talent. Malgré la foule qui se déverse, il garde son sourire charmeur.

PO m’adresse un regard insistant à chaque fois qu'il passe vers ma table. Alors que je dépose une dernière touche de couleur pour finaliser mon dessin, deux petites mains saisissent les rebords de mon bureau improvisé. Une frimousse essaye de se hisser sur la pointe des pieds pour voir ce que je fais.

Touché par cet exploit, je lui propose de venir s'asseoir sur mes genoux. Devant le croquis, l'enfant reste sans voix, hypnotisé, suivant du bout des doigts les contours du dragon. Sa maman, assise à deux pas de là, se lève et vient dans ma direction.

  • Eliott ne dérange pas le jeune homme., dit-elle.
  • Non aucun souci, rassurez-vous, réponds-je avec douceur.
  • Tu vas devoir me donner ta recette, c'est la première fois que je le vois aussi calme. Comment as-tu fait ?

C'est à ce moment-là que PO arrive avec un plateau sur lequel trônent plusieurs coupes de glaces et un pichet d'eau.

  • Avec un tel regard, le dragon l’a envoûté, ajoute-t-il avec malice.

Cette phrase résonne encore et encore dans ma tête. Décidément ce serveur est : soit très prévenant, soit clairement il me drague. Eliott me ramène tout à coup à la réalité, en me tendant un crayon et me chuchote :

- Tu sais dessiner des papillons, maman aime trop. Tu peux m'en faire un petit s'il te plaît.

Devant cette demande inattendue et spontanée, j’accepte.

  • Tu sais que c'est mon insecte préféré, précisè-je.

Tout en posant les contours de ce beau lépidoptère, tout un tas de souvenirs se calquent sur la toile de mes pensées.

Je repense à cette journée où je tenais un cerf-volant au bord de l’eau. Sarah m’avait dit que j’étais son papillon arc-en-ciel. Cette comparaison m'avait charmé. Ma soeur venait de définir avec ses mots, mon orientation sexuelle. Depuis ce jour-là, j’ai compris que ce n'était en rien une tare ni une honte. Ce papillon est tatoué en moi à jamais. Je raccompagne Eliott auprès de sa maman. Le garçon dépose le dessin dans les mains de la jeune femme. La scène est attendrissante, l'enfant se jette dans les bras de cette femme aux yeux couleur miel dans lesquels je perçoit une perle briller avant de glisser sur sa joue. Pour me remercier de cette attention, elle me propose de m’offrir une boisson.

J’accepte et poursuis la conversation avec cette charmante famille. PO s'approche et pose sa main sur mon épaule.

  • Je termine dans cinq minutes. Prends tes affaires pour la plage.
  • Ok et mes sacs ?
  • Laisse-les derrière le bar et ton vélo dans la cour.

Il me montre la pièce qui jouxte la cuisine avec son panneau “privé”. Le lieu idéal où je vais pouvoir me changer. Dans cette cabine de fortune, je me questionne sur la suite des événements et sur les intentions du serveur. J’enfile mon maillot de bain, je suis prêt pour cette aventure, j’ai confiance. J’attrape ma serviette et mon sac avant de rejoindre PO qui m'attend sur le pas de la porte.

Il est torse nu, ses pectoraux et abdominaux sont musclés et halés. Le polo qu'il portait jusqu'à présent les avait mis en exergue. Je comprends rapidement que le jeune homme ne se contente pas de bosser chez son père. Au moment où PO s'approche de moi et me tend une bouteille d'eau, je sens mon corps se réveiller. S’il insiste, je vais devenir un livre ouvert, où chaque parcelle de ma peau trahira mon désir. Je plaque sur mon maillot mon sac pour dissimuler le bazar qui s'invite dans mon caleçon. Mes joues rougissent. Pour le coup, rien ne pourra les dissimuler.

Pour accentuer le tout, le serveur me propose de rejoindre ses potes en moto. Assis à l'arrière du bolide, je m’accroche à la taille du pilote. Nos corps ne font plus qu'un. Mes sens, mes émotions et mon sexe sont au bord de l’explosion. Heureusement, l'air frais qu'offre ce court voyage fait retomber la pression. PO s'arrête sur le parking qui longe la plage, je manque de finir à plat ventre. Je n'ai pas vu la marche au bout du ponton. Le motard me récupère au vol évitant une catastrophe ou pas. Je me retrouve dans ses bras, le nez sur son torse. En peu de temps, il a vu plus de mon anatomie que j’en espérais.

La chaleur m'envahit, je vais finir par me brûler. Je me suis arrêté en début d'après-midi dans ce café pour éviter l'insolation, et là sur ce coin de sable, je suis cramoisi. Au loin, j'aperçois un groupe de garçons. Un grand brun aux cheveux longs pousse une embarcation, à ses côtés un petit rouquin avec un maillot de bain flashy, à sa gauche un crâne d'œuf comme Sarah a surnommé notre père et pour finir un blondinet fluet. Quand nous les rejoignons, ils ont les pieds dans l'eau, encerclant un bateau à moteur. Dès qu'ils nous aperçoivent, ils interpelle leur pote et le plus grand lui crie :

  • Allez PO bouge ton cul, t’en as mis du temps.
  • On arrive, cool. On a la soirée devant nous. Je vous présente Samy, il se joint à nous.
  • Super, allez, grimpez. Le temps est idéal pour une virée sur l'océan.

Je monte à bord, le programme a l'air sympa. Tout ce monde autour de moi m'aidera à apaiser mes envies. Depuis Fabrice, mon ex, c'est le néant absolu. Assis à l'arrière, j’observe le rivage s'éloigner pour ne pas rester à fantasmer sur PO. Le vent s'engouffre dans mes cheveux, fabuleuse sensation. Après une vingtaine de minutes à naviguer sur l'océan, le pilote arrête le moteur et s'écrie:

  • Allez, on est assez loin, à poil.

Je n'en crois pas mes yeux, tous les maillots terminent à mes pieds et j’entends à peine PO me dire :

  • Allez t'inquiète, personne ne te jugera. Viens, tu verras comme c'est agréable de nager tout nu.

Définitivement, j'ai vu tout son corps. Et puis zut, soyons fous après tout quel mal y a-t-il ? Avec mon pied, j’envoie mon slip de bain sur la tête du grand brun qui éclate d'un rire franc. Au moment de me jeter à l'eau, je sens des mains se poser sur mes fesses pour me donner de l'élan. Après mon plongeon, je découvre PO encore sur le bateau. Il se frotte les mains et me fait un clin d'œil avant de me rejoindre au milieu des poissons. Je nage sur quelques mètres, j’adore cette sensation de flotter.

Douce caresse de l’eau sur mon corps nu, je suis heureux. Mon costume trop lourd est au fond de l’océan. Je fais la planche et apprécie l’ondée voluptueuse me couvrir et me recouvrir. Mes yeux se noient dans le ciel, mes pensées se déposent sur les boules de coton parsemées de-ci de-là. Je découvre le lâcher prise. Je m'abandonne et libère toutes mes chaînes, dérivant au gré de mes songes. Chaque mouvement d'eau est une respiration dont je me délecte.

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