Chapitre XL (1/2)

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A mon réveil le lendemain, il était encore très tôt et tout était noir autour de moi. Le bateau sommeillait dans la moiteur du port, la ville était sombre et silencieuse et pas un souffle d’air ne passait à travers le sabord de la voilerie. Je me levai, revêtis une tunique dont le rose vif et joyeux contrastait fortement avec mon humeur du moment, et passai devant la porte close d’Orcinus pour rejoindre le pont.

Là, je tombai nez-à-nez avec Milos et Rutila, visiblement en grande discussion. Ils regardaient la nuit, épaules basses et traits tirés, et je voulus m’éloigner en m’excusant de les avoir interrompus.

« - Non, Lumi, reste un peu, commença Rutila.

- Je ne veux pas vous déranger…

- Puisque tu es là, tu vas nous donner ton avis. Explique-lui, Milos.

- Eh bien… hésita le médecin. Muraena est très malade. Vraiment très malade.

- Oh… Et tu ne peux pas la soigner ?

- Non. Elle a été mordue par un scorpion des sables, juste avant d’arriver à Port-Eden. Sur le moment, elle n’a rien dit à Orcinus. Mais elle est née ici ! Elle sait très bien que c’est mortel. Après deux jours, la fièvre commence. Après deux semaines, c’est la mort.

- Il n’y a aucun remède ? Aucun antidote ?

- Non, Lumi. Rien. Je ne peux rien faire.

- Je suis désolée, Milos. Je sais que tu tiens beaucoup à elle.

- Si seulement elle n’était pas revenue dans ce pays…

- Lumi, intervint Rutila, Muraena nous a demandé l’autorisation de revenir à bord. De mourir parmi nous. Salmus n’est pas contre… Mais moi, j’hésite. Qu’en penses-tu ?

- Euh, je ne sais pas trop… Cette décision ne m’appartient pas.

- Je te demande un avis, pas une décision.

- Oui. Bon, si j’ai bien compris, la loi des Lointains prévoit que si un réfugié a menti pour obtenir l’asile, son statut lui soit immédiatement retiré.

- Exactement.

- Mais Muraena semble avoir fait cela uniquement pour protéger son petit-fils. C’est aussi pour ça qu’elle l’a entraîné dans cette fuite si étrange ces dernières semaines.

- Oui.

- Alors son intention était bonne… Même si elle a eu tort, on ne peut pas lui reprocher d’avoir voulu protéger Orcinus. Elle n’a plus que lui.

- Moi aussi, je suis là, murmura Milos. Je sais que ce n’est pas pareil, mais quand même.

- Toi, elle n’a pas besoin de te protéger !

- …

- Rutila, repris-je, Muraena vit sur ce bateau depuis des années et des années. Même si elle a eu tort, elle fait partie de la troupe. Si elle veut mourir parmi nous…

- Oui ?

- Je crois qu’il faut l’accepter. Et laisser Milos prendre soin d’elle jusqu’au bout. »

Le médecin me remercia d’un regard où se lisaient quelques larmes, et la capitaine d’un hochement de tête. Je les laissai donc à leurs réflexions et partis m’installer dans le réfectoire avec un thé aux épices et un petit pain de viande que je m’étais offert la veille dans une minuscule échoppe locale. Je restai ainsi un bon moment, seule avec un livre et une chandelle, dans une ambiance un peu fantomatique.

C’est là que Milos me retrouva, près d’une heure plus tard, alors que le jour commençait à poindre et que les étoiles semblaient ranger leurs habits de lumière pour la journée. Il paraissait épuisé, avec ses yeux rougis et ses cheveux anarchiques. Quand il s’assit en face de moi, je me levai pour aller lui préparer une boisson bien chaude puis je revins m’installer à table. Je posai doucement la main sur la sienne.

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