Entrouverte...
Quelques instants oniriques, et l'homme a disparu. Fruit d'un désir immense, l'apparition s'est dissolue en une fraction de seconde, me laissant désarmée .
Il ne reste que la porte entrebaillée, témoin d'une éventuelle présence.
Ma main droite épouse le bois bleu de la porte. Les rainures prennent vie sous mes doigts : la bâtisse respire. Cela ne s'explique pas.
Elle respire les instants en famille, lorsque les garçons jouaient en criant dans l'herbe folle.
Elle respire les cafés pris en refaisant le monde à la tombée de la nuit.
Elle respire l'amitié, les barbecues, le brasero , les bières et les fous rires échangés.
De cela, je ne sais rien. La maison me l'a raconté.
Dans cette vie, j'ai l'impression d'être née hier.
Elle s'ouvre, la porte bleue, dans une douce mélodie, faite de bois et d'intempéries.
Une autre porte lui succède me laissant désappointée. Quelques chaussures prennent la pause en attendant que l'on vienne les trouver. Les carreaux vitrés de la seconde porte laisse passés la lumière caressant les photos et cartes égaillant le contour de la porte.
J'approche mon visage. Des effluves familières viennent chercher mon coeur.
Le café, l'encens, le linge propre, parfois même les odeurs de peinture viennent me cueillir mon regard transperçant les vitres. J'ai 5 ans, une partie de cache-cache commence.
Le piano pourraint émettre une mélodie profonde et gracile, mais, cela je l'aurais perçu dès l'extérieur. Souvent, je l'espère. Dans ces instants- là , il est dans cette bulle qu'aucun ne saurait pénétrer. Il y a quelque chose de beau, de brut et de fragile. Son front plissé à force d'être concentré, ses longues mains déployées sur le clavier. Il finirait par lever le menton et m'offrir un immense sourire.
La maison est silencieuse, juste quelques bruits de radio, de ci de là.
Je me penche de l'autre côté...
Je pourrais rentrer, mais je m'en délecterai beaucoup moins de cette attente qui fait battre mon coeur et remplir mes yeux d'espièglerie.
Sur le divan, je ne vois pas ses pieds dépasser. Dommage, cela voudrait dire qu'il aurait lâché prise sur le quotidien qui nous emporte avec son pragmatisme et son trop tout le temps ou alors, je l'imagine les pinceaux à la main et je le sais heureux.

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