Détourner

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Je démobilise mes paupières et mon regard n’hésite pas la moindre seconde, il se jette à nouveau sur elle.

Qu’est-ce que j’espérais m’être trompé ; mais le temps a bel et bien repris son cours ; elle est toujours là, mais elle ne me regarde plus.

Elle a détourné son regard.

Elle ne me regarde plus.

Elle a tourné la tête.

J’aurais voulu qu’elle me dévisage encore. J’aurais voulu qu’elle me garde sous son emprise. J’aurais voulu encore, encore et toujours plus ressentir sa chaleureuse présence.

Mais elle ne me regarde plus.

M’a-t-elle gracié ?

Suis-je délivré de son emprise ?

Je devrais me sentir à nouveau moi-même, réaliser que je me suis emporté, enfiévré. Je devrais en sourire, me remettre à avancer et passer à autre chose. Déjà. Mais je ne le peux pas. Pour l'instant, je ne peux rien de tout cela. En fait, jamais ne le pourrais ! Je panique, sens la révolte monter et refuse cette liberté qu’elle semble, contre mon gré, vouloir m’accorder.

Pour qui se prend-elle ?

Lui ai-je suggéré de ne plus me regarder ?

Le doute, la crainte, la suspicion me gagnent.

M’a-t-elle seulement vu ?

Ou me suis-je fourvoyé ?

Je me suis noyé, j’ai plus que bu la tasse, j’ai suffoqué mais j'y ai cru...

Elle se prend pour qui ?

Elle qui ne me regarde plus !

Et puisqu’elle brille tant, qu’elle m’éclaire donc !

Te suis-je devenu insignifiant ?

M'as-tu au moins remarqué ?

J’étais ton esclave, de luxe. Totalement corvéable et assujetti ! Consentant, je m’apprêtais à devenir... ton jouet.

Mais elle ne me voit même plus.

Elle qui m’a jeté, classé parmi les indésirables…

J’aurais anéanti le monde si tant est que ce fût son désir. J’aurais été sans pitié, un despotique aux moult génocides ou un tortionnaire aux mille cruautés ; bourreau, j'aurais exécuté les détracteurs et, conquérant, j’aurais en son nom remporté toutes les batailles...

Mais, dès lors qu'elle a détourné le regard, mes intentions guerrières se sont avérées velléités, simples velléités. 

J’aurais créé tout un univers si tant est que ce fût son vœu le plus cher. J’aurais été miséricordieux, un dieu affable garantissant au moindre petit être de pouvoir s'épanouir et de grandir en paix au milieu d'une nature luxuriante…

Mais elle a détourné le regard et mon cœur bienveillant, empli de doutes, s’est fané.

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