Seul

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Je marche, contourne, bifurque, me place, me déplace ou me replace et finalement, à ne pas vouloir trop gêner ou déranger, n’avance guère. Le rythme lent, nécessaire ou que je m’impose, me laisse le temps de remarquer, exactement comme je viens d’en faire l’expérience, que les couples autour de moi se lâchent et se séparent pour mieux se reformer ailleurs. Et alors qu’ils s’échangent et se succèdent, je comprends, au milieu de tous, qu’il était d’emblée prévu que tous ces duos s’alternent.


Enfin, je dis "duo" pour ne pas trop vous perdre car, en réalité, croyez-moi, ici ou là, j’aperçois quelques trios et même des quatuors s’enlasser et s’apprêter à danser ou à se lancer dans un étrange multi-slow.


Notez que je relève une importante différence : ce qui s’est produit pour moi, ne se réalise pour aucun autre, je suis seul là où tous sont unis. J’ai beau me retourner, me dévisser le cou, je suis le seul à être seul.


Je pourrais me lamenter, m’arrêter net, pleurnicher et subodorer une explication vaine mais, cette fois-ci, je n’en fais rien ! Au contraire, ma solitude me conforte et renforce encore cette conviction profonde que je ne suis plus à ma place, que mon tour est passé et que je me dois de quitter la partie car les réponses, s’il en reste, ne sont définitivement plus ici !


Je presse le pas, plus question d’y aller par quatre chemins, je brusque celui-la, heurte celle-ci et trace en ligne droite sans plus m’embarrasser de la politesse; mais au final rien n'y fait, j'ai la désagréable impression que le chemin est sans fin ! À croire qu’aussitôt un couple passé un autre s’arrange pour se retrouver sur ma route.


Seul et désorienté, faute de point de repère et de destination précise, je me demande si, dans ce flot continue et dans la danse qui doucement commence à reprendre, je ne serais pas en train de tourner en rond et de me perdre sans aucun espoir d’en réchapper.


Fan de films d’horreur, me vient en tête “Blair Witch” – c’était bien le moment –, jamais je ne retrouverai une quelconque issue, je vais commencer à paniquer, me mettre à courir et – attention spoil – à coup sûr tomber sur une sinistre bâtisse délabrée où la sorcière qui, c’est inévitable est déjà en train de me pourchasser, viendra me tuer !


Dommage, empli de certitudes j’avais, je le rappelle, décidé de regagner ma vie et comptais bien y parvenir; tant pis, me voilà piégé, perdu, seul, dans cette forêt dense de danseurs et de danseuses.


Tant pis, vraiment ? En suis-je arrivé à renoncer ?

Non, il est impossible d'avoir vécu cette improbable aventure pour connaître une telle funeste conclusion ! Je me ressaisis et me sors de l’esprit ce sinistre film.


Pendant au moins trois secondes, car…


L’angoisse me gagne, j’accélère, je décanille, au passage expédie celui-ci là-bas, précipite celle-la ici, ne me soucie point des regards froncés, reste sourd aux invectives et, démuni d'orientation, me démène en tous sens jusqu’à perdre la raison.


Jusqu’à m’arrêter.


Jusqu’à m’effondrer.


Jusqu’à m’écrouler au sol.


Jusqu’à me faire une raison :


C’est terminé, il n’y pas d’issues, On ne veut pas que je m’en sorte. Alors, seul, ne me reste plus qu'à attendre la fin… Qu’elle soit sinistre, éternelle, incongrue, enjouée… ou, simplement, mystique.

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