Mains
Perdu dans ma solitude, malgré la multitude qui m’entoure, je suis au plus bas et me tourmente. Accablé par le désespoir et gagné par mes regrets, en lieu et place de mes certitudes, je n’attends plus rien si ce n’est, dans l’indifférence imaginée, disparaître loin de mes aspirations.
C’est alors que je ressens une légère pression sur mon épaule lorsque s’y pose une main chaleureuse et que j’entrevois bienveillante. Je n’ose tourner la tête, craignant encore une farce dans cet étrange monde, encore un triste coup du sort dans cette vie qui, déjà, n’en est plus une.
Apeuré d’avoir à nouveau à vivre d’autres aventures dont je suis las de ne rien maîtriser, me vient comme seule réaction l’esquisse d’une chiquenaude en guise d’avertissement : ≪ Laissez-moi donc dépérir dans ma tranquillité espérée. ≫
Cette ébauche gestuelle – que je sais gratuite et un brin méchante – n’a guère l’effet escompté. Pourtant, je m’attendais tout de même, par mon acte grossier, à signifier sur le champ mon manque total d'humeur à l’inconnu. Stupeur, il semble n’en avoir cure et, pire, plutôt que de se contenter de ma seule épaule, il s’empare des deux.
Alors je tressaute, pourquoi, quel qu’il ou qu’elle soit, s’acharner de la sorte ? Sa bonté m’insupporte ; à moins que ce soit de la piété, auquel cas je la blasphème et la maudis ! On devrait me damner une bonne fois pour toutes et ne plus se soucier de ma petite personne. Est-ce, à ce moment précis, vraiment trop demandé au point de paraître déraisonnable ? Ne puis-je faire entendre mes dernières volontés ?
Je n'ai pas le temps de les manifester à haute et intelligible voix ou d’apporter une quelconque réponse corporelle – violente et méritée – que ces deux mains, toujours détestablement affectueuses et prévenantes, insistent, se glissent sous mes aisselles et, œuvrant à ma perte, s’évertuent à me redresser.
Bien entendu je résiste, à quoi bon me laisser faire si le but est de me sortir de mon mouroir ?
J’y suis, j’y reste.
C’est ainsi.
C’est décidé.
C'était acquis, mais, On, du début à la fin, avait tout écrit, tout prévu.

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