Annexe 2
Quelques jours plus tard, dans la salle de repos des médecins et des infirmières, son indispensable café à la main, Lilian consulte ses horaires de travail sur les fiches du planning.
- Bonjour, princesse inatteignable.
La jeune femme se retourne aussitôt, reconnaissant le timbre rieur du surfeur de la plage.
- Toi ?
Élior, blouse blanche et stéthoscope autour du cou, appuyé nonchalamment contre le plan de travail qui supporte les deux machines à café, lui adresse un sourire éclatant.
- Je me joins à votre service. Médecin pédiatre, enchanté, chère collègue.
Lilian fronce les sourcils et attrape son badge pour le lire.
- Elios Délios, pédiatrie. Sérieux ? Depuis quand les médecins sont aussi surfeurs ? Et puis… tu as quel âge ?
- Je suis bien plus vieux que tu ne pourrais le croire. Un éclat amusé passe dans ses yeux dorés. Et tu es bien infirmière et surfeuse. Pourquoi pas moi ?
Lilian lève les yeux au ciel.
- Ne me fais pas croire que tout ceci est une coïncidence.
Elior lève les mains en signe de défense.
- Je suis aussi surpris que toi ! Je ne m’en plains pas, néanmoins.
- Tu m’étonnes… marmonne-t-elle.
- Tu ne me crois pas ?
- Disons que je vais te laisser le bénéfice du doute.
Ses lèvres s’étirent, un sourire franc illuminant son visage.
- Hâte de travailler avec toi !
Lilian revient à la lecture du planning.
- Et qu’on ait les mêmes patients, c’est aussi une coïncidence ? pointe-t-elle.
Elior esquisse un demi-sourire amusé.
- Ou alors… c’est le destin.
Les jours passent. Elior est étonnamment professionnel.
Trop, peut-être. Pas de remarques charmeuses, pas de regards appuyés. Rien qui laisse penser au surfeur espiègle rencontré sur la plage.
Il se concentre sur ses patients, les rassure avec une douceur naturelle, écoute les parents comme si chaque mot comptait. Lilian doit l’admettre : il est bon. Très bon.
Parfois, elle croise son regard au détour d’un couloir. Un éclat doré, une ombre de sourire… et c’est tout.
Lilian ne sait pas comment le prendre. N’est-il plus intéressé ? Fait-il exprès de garder ses distances, juste pour qu’elle fasse le premier pas ? Ou est-il simplement… respectueux ?
Elle n’en sait rien. Et ça l’agace.
À chaque sourire furtif, à chaque échange bref dans le service, elle se surprend à chercher un signe, un indice. Rien.
Il est là, présent, mais insaisissable. Comme une vague qui approche, frôle, et repart avant de toucher le rivage.
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Ce soir-là, depuis la plage, Lilian observe Elior dompter les vagues avec le même talent qu’il met à soigner les maladies de ses petits patients.
Elle n’arrive pas à détacher son regard de sa silhouette athlétique, découpée par le soleil couchant, ses cheveux bouclés trempés collant à son front.
Quand il passe à quelques pas d’elle, elle se redresse brusquement.
- À quoi tu joues ?
- Moi ?
Il l’observe d’un air faussement innocent.
- Oui, toi ! Tu me dragues, tu intègres mon service, tu travailles avec moi… et d’un coup, c’est comme si je n’existais plus !
Il fronce les sourcils.
- J’ai fait ça ?
- Oui !
- Est-ce que ça voudrait dire que tu aimerais que je porte de nouveau mon attention sur toi ? demande-t-il, la tête légèrement penchée, un sourire moqueur aux lèvres.
Lilian rougit jusqu’à la pointe des oreilles.
- Euh, je… euh…
Elior s’approche et, d’un geste délicat, glisse une mèche de cheveux derrière son oreille.
- Je vais prendre ça pour un oui, murmure-t-il, à quelques centimètres de son visage écarlate.
Elle se détourne vivement et croise les bras, boudeuse.
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La nuit s’était installée depuis longtemps sur North Beach, enveloppant la plage d’un manteau d’ombre et de murmures d’écume.
Le feu de camp projetait sur leurs visages une lumière chaude et vacillante. Elior, assis dans le sable, tenait sa guitare contre lui.
Lilian, blottie entre ses jambes, sentait la chaleur de son corps à travers le tissu léger de sa robe.
Ses doigts glissaient sur les cordes avec une lenteur presque sensuelle, tissant des mélodies douces qui se mêlaient au fracas régulier des vagues.
Par moments, il se penchait vers elle, son souffle effleurant sa nuque, et fredonnait quelques notes, assez bas pour que seul son cœur les entende.
Ils avaient partagé des marshmallows grillés, leurs doigts se touchant parfois plus longtemps que nécessaire.
Maintenant, ils ne parlaient plus, se contentant de ce silence intime que l’on ne partage qu’avec quelqu’un qui nous trouble.
Lilian leva les yeux vers lui, et dans la lumière dansante des flammes, ses iris dorés semblaient briller d’un éclat presque irréel.
- Si un jour… j’avais un fils, dit-elle dans un murmure, je l’appellerais Lucifer.
Un coin de sa bouche s’étira.
- "Porteur de lumière"… Ça me plairait.
Elior posa sa guitare sur le sable, ses mains glissant autour d’elle pour la ramener contre lui.
Ses lèvres trouvèrent les siennes, d’abord tendres, puis plus pressantes, comme si la nuit elle-même les incitait à se perdre l’un dans l’autre.
Le feu crépitait, témoin discret, tandis que leurs ombres s’emmêlaient sur le sable… jusqu’à disparaître dans l’obscurité du bungalow, portes closes sur un destin déjà tracé.

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