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Axel et Alexandre se faisaient face dans le bureau de l’instructeur, tous deux assis dans un fauteuil en cuir. Sur le meuble, un ordinateur et une photo des enfants du vétéran. Sur le côté le long d’un mur, une penderie contenant la tenue de sortie et le nouveau costume d’Axel. Celui-ci, les mains jointes, ne quittait pas Alexandre du regard, alors que le jeune homme fixait ses pieds en se triturant les mains. Axel finit par prendre la parole au bout d’une longue minute de silence pesant.
— Tu voulais me voir en tête à tête ?
Alexandre acquiesça, mais ne parla pas, et Axel décida de lui laisser le temps. Il avait une très nette idée de pourquoi la recrue était venue le voir, et le brusquer n’apporterait rien de constructif. Le jeune homme essaya de prendre la parole une dizaine de fois, en vain, et Axel comprit alors. Il ne le pourrait pas. Il fallait que quelqu’un d’autre commence la discussion.
— Tu veux parler de Goliath, c’est ça ?
Alexandre acquiesça de nouveau, mais cette fois-ci, il regarda Axel. Ses yeux étaient rouges, et les larmes ne demandaient qu’à s’échapper. Axel soupira.
— Tu veux savoir s’il y a d’autres solutions… Une alternative dans laquelle tu n’aurais pas à le tuer ?
Alexandre opina du chef en reniflant, mais ne parla toujours pas. Axel pinça les lèvres avant de reprendre.
— Je cherche sincèrement. Mais, pour l’instant, la seule autre idée que j’ai eue est irréalisable…
— Vous faire exploser comme à Melun…
Ça n’avait été qu’un murmure, mais il avait suffi à ébranler Axel.
— Vous pensez qu’en vous sacrifiant, vous pourriez y arriver, mais vous avez juré de ne jamais repartir en mission. Et puis, en plus, vous avez des enfants… Ce serait injuste de les priver de leur père alors que je peux régler le problème, j’en ai bien conscience… Et, crois-moi, je suis prêt à le faire.
Il explosa en sanglots, et Axel se leva pour aller l’enlacer.
— Allons, mon garçon… C’est normal d’appréhender. Ce qui t’est demandé, c’est colossal… Te demander à toi, l’âme la plus pure et la plus gentille que je connaisse, d’ôter la vie à quelqu’un… C’est la plus mauvaise blague que la vie ne m’ait jamais faite…
Alexandre renifla.
— Ce n’est pas ça, le problème…
Axel fronça les sourcils avant de dévisager Alexandre, sceptique.
— Alors, quel est le problème ?
Alexandre plongea un regard désespéré dans celui d’Axel.
— Et si je n’y arrivais pas ? Si je n’étais pas assez fort ? Tout repose sur moi, mais, si j’échoue, que se passera-t-il ?
Axel se raidit. Alexandre n’avait pas peur de devoir tuer, il craignait d’échouer. Typique de ce si gentil garçon. Son instructeur réfléchit en urgence avant de répondre.
— Est-ce que ça te dirait qu’on teste ta puissance maximale, et qu’on essaye de te la faire croître ?
Alexandre fit un petit sourire discret en acquiesçant.
— Oui, je veux bien…
Axel acquiesça à son tour.
— Bien. Je ne sais pas encore trop comment on va faire, mais je m’engage à trouver une solution dès lundi, ça te va ?
Le sourire d’Axel devint lumineux.
— Oui, je te fais confiance.
— Super.
Axel sortit une boîte de mouchoirs en papier de son tiroir et la tendit à Alexandre.
— Il faut que tu sèches ces larmes et que tu te vides les sinus. Le karaoké commence dans cinq minutes, et tu ne pourras jamais chanter dans cet état…
Alexandre se moucha avant de regarder son mentor en souriant.
— Tu vas chanter, ce soir ?
Axel sourit.
— Ça te ferait plaisir ?
— Grave.
Axel haussa les épaules.
— Comment pourrais-je dire non à un si gentil garçon ?
Il lui ébouriffa les cheveux et reprit.
— Sache que Victorine et moi sommes très fiers de toi, mon grand. Tu dépasses tes limites tous les jours tout en gardant ta grandeur d’âme. Oui, on est très fiers, fils.
Alexandre se remit à pleurer, mais cette fois-ci c’était des larmes de joie, et il dut s’y reprendre à deux fois pour réussir à articuler.
— Merci… J’aurais aimé que mon père me dise ça…
Axel s’agenouilla devant lui et l’enlaça tendrement.
— Moi, je te le dis. Et, quelque part, c’est encore mieux, non ?
Alexandre murmura une réponse affirmative, et Axel le garda encore un peu dans ses bras avant de se relever.
— Allez, mon garçon. Sèche tes larmes, mouche ton nez, et on va pousser la chansonnette, d’accord ?
— Oui, papa.
Le sourire d’Axel s’élargit, pour devenir presque aussi grand que celui d’Alexandre.

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