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Axel termina d’enfiler son masque avec calme. Son équipe et lui étaient au mémorial de Melun, pour la commémoration annuelle de l’accident qui avait rasé la ville et coûté la vie à son ancienne équipe, et Axel était serein. Le président faisait un discours qu’il n’écoutait pas vraiment, attendant simplement le moment où son équipe et lui seraient appelés. Ceux qui n’étaient que des recrues il y a presque un an avaient enfin fait leurs classes et en étaient sortis vainqueurs. Les héros indépendants avaient eux aussi été intégrés à l’armée. Victorine, promue capitaine, les dirigeait tous d’une main de maître, bien mieux que lui-même ne l’avait jamais fait.
De son côté, il s’était partiellement rétabli. Ses mains tremblaient un peu quand il stressait ou qu’il était fatigué, il lui arrivait de perdre ses mots ou d’avoir des troubles de la concentration, mais il s’en sortait globalement bien, et continuait d’officier en tant qu’instructeur, avec beaucoup plus de diplomatie et d’humanité qu’à ses débuts. Ses pouvoirs, en revanche, ne s’étaient jamais pleinement rétablis. Il peinait à simplement léviter, et le mieux qu’il puisse produire comme feu servait à peine à allumer le barbecue dominical de l’équipe. Mais il s’en moquait. Il savourait chaque respiration qu’il pouvait faire, trop conscient de la chance qu’il avait d’être en vie.
Enfin, le mot-clé du président retentit, et l’équipe put se mettre en marche. Link donna le pas, et ils avancèrent tous au pas jusqu’au mémorial sous les bravos de la foule. Pourtant, si Axel sourit, ce n’était pas pour cette ultime consécration. Dans les tribunes d’honneur se trouvaient ses enfants, et leurs sourires valaient tous les applaudissements et toutes les médailles du monde.
Link arrêta le peloton en rang devant l’estrade du président qui reprit son discours avant de les décorer tous, puis d’appeler Axel au pupitre. Il inspira un grand coup, pour se donner du courage, et alla prendre place. Son regard balaya la foule, conscient de ce qu’ils attendaient tous et de la déception qu’il risquait de provoquer, mais il devait le faire. Il baissa les yeux vers le pupitre et commença à lire le discours qu’il avait écrit.
— Françaises, français, merci à vous d’être avec moi aujourd’hui pour célébrer mon équipe. Quand, il y a plus d’un an, notre président m’a forcé à sortir de ma grotte pour les former, je ne croyais pas au projet. Mais ces jeunes et vaillants héros auront su me prouver leur valeur en relevant tous mes défis. Et ce, jusqu’au dénouement que vous connaissez tous. Ils ont payé dans leur chaire pour votre liberté, en bons soldats de la République, et c’est parce que je sais qu’ils sont bien meilleurs que je ne l’ai jamais été que je peux enfin vous annoncer ceci. Je prends aujourd’hui ma retraite.
Un silence de plomb s’abattit sur l’assistance alors qu’il reprenait, la gorge nouée par l’inéluctabilité de sa décision qui, maintenant qu’elle était formulée à voix haute, devenait réelle.
— Mon combat contre Goliath m’a laissé affaibli. Je n’ai plus la force de combattre, mes pouvoirs…
Il retint des sanglots et se força à reprendre.
— Mes pouvoirs m’ont abandonné… Mais la relève est assurée, et c’est le cœur confiant que je vous demande d’applaudir la Force d’Action Immédiate Méta-Humaine !
Il s’attendait à une absence de réaction, mais le public réagit immédiatement. Un tonnerre d’applaudissements roula sur lui en lui arrachant un sourire alors qu’il applaudissait ses hommes, ses recrues devenues de vrais super héros à l’avenir prometteur. Après quelques secondes, il se détourna du pupitre et alla faire face au mémorial alors que le calme revenait comme pour marquer l’importance du moment. Il posa une main sur les noms gravés dans le marbre et sourit.
— Merci. Merci de ne pas m’avoir abandonné. Merci d’avoir donné un nouveau sens à ma vie. Vous me manquez toujours autant, mais, grâce à vous, j’ai une nouvelle famille. Je vous aime. Adieu.
Il fit demi-tour et retourna dans les rangs, puis son équipe retourna en coulisse sous les applaudissements de la foule.
Cinq heures plus tard, il retournait des steaks sur un barbecue de ses mains tremblantes en souriant, alors que son fils jouait à la bagarre avec Wolfgang et Alexandre tandis que sa fille coiffait Clarice sous les conseils avisés de Fatima. Victorine vint l’enlacer tendrement.
— Ça va, monsieur le retraité ?
Axel sourit en se retournant.
— Je suis heureux. Et je ne vois sincèrement pas comment je pourrais l’être plus.
Victorine sourit avant de lui tendre un test de grossesse positif et en haussant les sourcils.
— Tu es sûr ?

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