Les fils noirs

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La larme dévore l’acier, fend l’armure de la machine et se glisse dans ses entrailles. Elle descend le long des gaînes des câbles, les dénude et révèle les fils qui s’y lovent encore, entortillés. À travers la faille qu’elle a laissée dans le plastron, la lumière s’infiltre dans le corps inerte, et des fils de soie mêlés à ceux de caoutchouc se mettent à vibrer.

La toile brille à la simple présence de la goutte de lumière, tant et si bien que de longues pattes velues se mettent à trembler avant de se rassembler.

Derrière son rempart de baguettes noires, couvertes de fibres qui réagissent à l’invasion des crépitements et de lumières incandescentes, une araignée prostrée dans le coin le plus éloigné de sa demeure se cache de ces agressions sensorielles.

Lorsque son corps s’habitue aux sons et à la lumière, elle écarte deux de ses pattes pour révéler un de ses yeux. Là, elle découvre cet étrange liquide qui roule le long des câbles et les dévorent.

Apeurée, fascinée, les tribochotries tout le long de ses pattes, se mettent à frétiller sous la chaleur de la larme. Elle se lance à la poursuite de cette curieuse apparition. À chaque étage de la machine, elle a tissé un réseau de fil de soie pour y descendre comme dans un immeuble. Sur son chemin, elle croise des formes torturées.

Des pattes crispées, figés dans le temps, la chair dévorée par des éons de silence et d’immobilité.

Huit, recroquevillées sur un corps replié sur lui-même. L’araignée vit avec ses congénères, mais elle est la dernière à avoir de la lumière dans les yeux.

Elle ne sait ce qu’est cette goutte, mais c’est la première chose qu’elle a vu bouger depuis très longtemps.

Cette dernière continue de glisser, si bien qu’elle arrive à un carrefour de plusieurs câbles qui se regroupent avant de s’enfoncer dans un boîtier métallique épais. La lumière révèle des traces sombres sur la formation, ainsi que des boutons et trois signes à côté d’autant de câbles de couleurs respectives : rouge, bleu, et le dernier de jaune et de vert mêlés.

La larme se glisse dans l’interstice des différents câbles, et sa lumière disparaît.

L’araignée s’arrête, à nouveau dans l’obscurité, elle n’a plus que le sillage de braises encore crépitantes de la goutte pour y voir quelque chose. De cette lueur rémanente, elle n’aperçoit guère qu’une diode, dans un coin du boîtier.

D’abord, elle ne peut la voir que parce que les braises l’illuminent encore un peu.

Puis, elle clignote. Orange, orange, orange, trois fois, à rythme régulier.

L’araignée se rapproche, pose une patte sur la diode, tape dessus.

Vert.

Du boîtier jaillit des crépitements qui inondent les entrailles de la machine de lumière. Le sol de métal sous les pattes de l’araignée se met à vibrer, et le métal crisse, hurle. Paniquée, l’arachnide recule…

… jusqu’à ce qu’elle glisse et s’effondre dans le vide.

Des yeux qui n’ont rien d’organique s’illuminent en clignotant.

Le robot se relance.

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