L'attente de Séléné

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En chaussant ses chaussures de randonnée, elle pensait à la beauté de cette vie.

Bientôt cinq ans, qu'elle avait quitté sa vie citadine pour épouser une vie entre collines et forêt.

Elle le disait à qui voulait bien l'entendre : cela était arrivé à point nommé dans sa vie.

Elle ferma son long manteau noir, fit glisser la capuche sur ses longs cheveux blonds. Elle n'était plus une femme mais un individu sortant dans la nuit.

Elle chercha des yeux son bâton de marche, plus destiné à repousser qu'à avancer; et, siffla son berger allemand. Celui-ci sortit de sous la table à l'affût de la balade.

Lorsqu'ils furent équipés, elle fit glisser la porte-fenêtre. L'air frais s'engouffra dans la maison et souffla sa capuche. La lumière du lampadaire éclairait le bassin où les grenouilles croassaient encore.

Ses pieds crissaient sur les graviers; passés le petit portail grinçant, la nuit aurait gagnée.

C'est ce qu'elle cherchait l'anonymat, l'inexistence.

Le chien reniflait un peu partout, les parterres des maisons, les bordures des champs.

Le ciel était opaque, sans vie.

Elle rentra la tête dans ses épaules et pressa le pas jusqu'à l'entrée de la forêt.

Passé le panneau indiquant le nom du village, il semblait que la nuit et la densité de la forêt s'étaient alliées.

Quelques pas encore, il lui semblait que tout pouvait basculer. Dans la nuit, les monstres étaient tapis. Son imagination lui jouait des tours. Encore plus loin; bientôt, l'éclairage public ne pourrait plus rien pour elle.

Ses yeux s'habituèrent à l'obscurité.

Son chien se mit à tirer de sur la laisse : il voulait être détaché. Comme elle, il aspirait à la liberté.

Elle défit le mousqueton. En un clin d'oeil, il disparut.

Seule. Comme elle l'avait toujours été.

Soudainement, le ciel se déchira. Les nuages s'ouvrèrent tel des rideaux sur la clarté.

La nuit se fit moins sombre. Son coeur commença à palpiter. Le chien se mit à hurler.

Elle attendait : avec la lune, il allait venir.

C'était leur rendez-vous. Comme il lui avait manqué.

Elle pressa le pas : peut-être allait t'il se décidé. La nuit n'était plus que lune. Les cîmes des arbres se découpaient en finesse. Son chemin était éclairé .

Il glissa sa main dans la sienne. Elle n'osa pas tourner son visage pour lui faire face. Sa main enveloppait la sienne. L'odeur de la cigarette envahit cet espace, puis l'orange et la canelle; son odeur, mélée à un parfum fauve.

Elle l'entendit presque murmurer son prénom.

Ils avancèrent, leurs visages tournés vers la lune; grâce à elle, ils s'étaient retrouvés : leurs rires, leurs mots, leur tendresse, leur passion.

Elle pouvait redevenir femme : il était son protecteur sous la nuit, dans la vie.

Cela dura peut-être quelques minutes, peut-être plusieurs heures; il était là et son monde lui était revenu.

Ce fût subtil : le paysage commença à s'assombrir. Elle sentit la pression de sa main s'atténuer.

Les larmes perlaient au bord de ses yeux.

La lune était amenée à se dérober : les nuages commençaient à la grignoter. Elle sentait encore les effluves qui le caractérisait.

Quand l'obscurité se fit complète, il avait disparut , la lune aussi.

Elle se retourna pour le chercher, en vain. C'était beau. C'était cruel.

La lune était sa Madeleine de Proust. A son apparition, revenait sa présence, son odeur, le plaisir, le bonheur.

Le chien dût sentir sa détresse : il revînt rapidement à ses côtés.

Dix-huit mois qu'il était mort. La maladie avait tout engloutie. L'amour, l'espoir et tant encore...

C'est à cela qu'elle pensa lorsqu'elle refit le chemin en sens inverse : à ce que l'on perd.

Bien sûr, sa vue se brouilla; se fût le chien qui la guida sur tout le chemin du retour.

Elle n'eut pas conscience d'ouvrir la porte, de détacher le chien, de la refermer.

Elle n'eut pas conscience de monter les marches en bois qui la menait à la chambre, leur chambre.

Elle n'ôta pas ses chaussures, ni son manteau. Remis sa capuche et s'endormit seule, dans ce lit qu'ils avaient partagés, dans ces larmes qui ne parvenaient à se tarir.

Ainsi commença l'attente de la prochaine lune, pleine.

Elle savait qu'elle le retrouverait.

souvenirsamour
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Table des matières

En réponse au défi

Qui rencontrez-vous ? Cette semaine : la Lune

Lancé par Lady Stephanie

Cette semaine, la Lune vient à votre rencontre ! Sous quelle forme ?

La Lune apparaîtra où vous voulez : en rêve, au détour d'un chemin, en ville, sur une plage, chez vous... Libre à vous de vagabonder. Le monde est vaste. Posez un cadre.

Qu'avez-vous à vous dire ? Une discussion s'engagera. Posez-lui toutes les questions qui vous viennent en tête.

Votre rencontre sera furtive. Un arrêt dans le temps. Un tête-à-tête que vous ne vivrez qu'une fois.

A vos stylos, claviers... Et que la force soit avec vous !

Fin du défi : 15 octobre 2025

(5 minutes maximum de lecture)

Si vous utilisez l'IA, passez votre chemin...

Commentaires & Discussions

SélénéChapitre3 messages | 5 mois

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